‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 127 sur 190 · EL SES · texte numérisé non relu

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Songez-vous qu’il est 1à sous le givre et la neige,

Ce père sans travail que la famine assiège ?

Et qu'il se dit tout bas : ‘‘ Pour un seul que de biens!

A son large festin que d'amis se récrient !

Ce riche est bien heureux, ses enfants lui sourient !

Rien que dans leurs jouets que de pain pour les miens ! ””

Et puis à votre fête il compare en son âme Son foyer où jamais ne rayonne une flamme, Ses enfants affamés, et leur mère en lambeau, Et, suf un peu de païlle, étendue et muette, L’aïeule, que l’hiver, hélas ! a déjà faite Assez froide pour le tombeau !

Car Dieu mit ces degrés aux fortunes humaines.

Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines ; Au banquet du bonheur bien peu sont conviés.

Tous n’y sont point assis également à l’aise.

Une loi, qui d’en bas semble injuste et mauvaise, ! Dit aux uns: /ouissez !/ aux autres : ÆZnviez !

Cette pensée est sombre, amère, inexorable,

Et fermente en silence au cœur du misérable.

Riches, heureux du jour, qu’endort la volupté,

Que ce ne soit pas lui qui des maïins vous arrache

Tous ces biens superflus où son regard s'attache ;— Oh ! que ce soit la charité !

L'ardente charité, que le pauvre idolâtre,

Mère de ceux pour qui la fortune est marâtre,

Qui relève et soutient ceux qu’on foule en passant,

Qui, lorsqu'il le faudra, se sacrifiant toute,

Comme le Dieu martyr dont elle suit la route, Dira : ‘‘ Buvez ! mangez! c’est ma chair et mon sang.”’

1. Cette loi ne semble injuste et mauvaise qu’à ceux qui ne croient pas à une autre vie. Elle ne ditpasaux uns: Jouissez, maisbien: soyez sobres É dans vos jouissances, faites la part du pauvre. Elle ne dit pasaux autres : Enviez, mais : soyez patients dans l'attente des biens éternels.—Chose remarquable, écrit le P. Cahour, dans cette pièce, la plus belle des Feuilles d'automne, l’aile du poète faiblit au milieu de son vol, et c’est juste au moment où son christianisme est en défaut. Un peu plus bas il s’oublie encore quand il attribue à la charité les paroles de Jésus-Christ

Donnez, riches ! L’aumôûône est sœur de la prière. Hélas ! quand un vieillard, sur votre seuil de pierre, Tout raidi par l'hiver, en vain tombe à genoux, Quand les petits enfants, les mains de froid rougies, Ramassent sous vos pieds les miettes des orgies,

» La face du Seigneur se détourne de vous.

Donnez ! afin que Dieu, qui dote les familles, Donne à vos fils la force, et la grâce à vos filles ; Afin que votre vigne ait toujours un doux fruit ; Afin qu’un blé plus mûr fasse plier vos granges ; Afin d’être meilleurs, afin de voir les anges Passer dans vos rêves la nuit !

Donne: ! il vient un jour où la terre nous laisse. Vos aumônes là-haut vous font une richesse.

Donnez ! afin qu’on dise : ‘‘ Il a pitié de nous ! ”’ Afin que l’indigent que glacent les tempêtes, Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes, Au seuil de vos palais fixe un œil moins jaloux.

Donnez! pour être aimés du Dieu qui se fit homme, Pour que le méchant même en s’inclinant vous nomme, Pour que votre foyer soit calme et fraternel ; Donnez ! afin qu’un jour à votre heure dernière Contre tous vos péchés vous ayez la prière

D'un mendiant puissant au ciel !

ViCcToR HUGo, Feuilles d'cntomne.!

1. Ie Feuilles d'automne (1834), poésies intimes, toutes de sentiment, chantent dans des vers étincelants, la famille, l'amour, les enfants, Mais déjà l’on sent que le poète est en proie aux angoisses du doute, qu’il s'éloigne du jour de la pensée et des clartés de la foi.

croient pas soyez sobres aux autres :

els.—Chose sg belle des vol, et c’est plus bas il ésus-Christ

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