‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 128 sur 190 · MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINTENON

Madame de Maintenon ! a l'air d’être la raison. même : elle l'est devenue en effet; mais il y avait en elle une imagination hardie, une ardente sensibilité, qu’elle a lentement, douloureusement domptées. Elle, la raison même, Racine était son poète, tandis que Mme de Sévigné était enivrée de Corneille, et que Mme de Montespan goûtait mieux Boileau : ces préférences mettent à nu le fond des âmes.

La vie, qui d’abord lui fut dure, l’obligea à se retrancher tout ce qui n’était pas sens pratique et vertu utile, Née dans une prison, orpheline de bonne heure, enfermée dans un couvent pour y être convertie, nourrie par charité chez des parents sans tendresse, la petite-fille de d’Aubigné épouse à seize ans Scarron, un bouffon infirme, pour échapper à la misère, où le veuvage la replonge. Elle vit d’une petite pension, et des cadeaux de quelques amis, qu’elle s’ingénie à payer par des services: à l'Hôtel d’Albret, à l'Hôtel de Richelieu, chez les Monchevreuil, elle porte sa belle humeur, son activité, son humilité, tenant peu de place, et faisant toutes les besognes. La voilà chargée d'élever les enfants de Mme de Montespan: c’est le coup de fortune qui change sa vie. Peu goûtée de Louis XIV d’abord, elle le séduit à force de douceur et de raison,

1. FRANÇOISE d’'AUBIGNÉ (1685-1718), mariée à seize ans à Scarron, veuve en 1680, devint femme de Louis XIV par un mariage secret; elle tonda Saint-Cyr en 1686, pour l'éducation des filles nobles et pauvres,

ms .

même :

le une a lentemême, né était goûtait ond ‘es

trancher le, Née née dans rité chez » Aubigné e, pour Elle vit 1es amis, tel d’Alreuil, elle té, tenant La voilà ban: c'est e de Louis de raison,

sg à Scarron; , secret; elle pauvres.

æ ms

elle est sa confidente, son amie, jusqu’à ce que la mort de Marie-Thérèse la fasse femme du grand roi. Elle n'avait pas songé d’abord à cette grandeur. Elle avait voulu seulement s'assurer de quoi ne pas manquer de pain en sa vieillesse, Elle resta à la cour, sur le conseil de ses amis, de son confesseur, pour guider le roi dans l'affaire de son salut, Elle le fit dévot.

En une chose, cette femme de sens eut du génie: c’est en matière d'éducation. Elle était née institutrice. De ce côté-là il n’y a presque rien en elle que d’excellent, souvent d’admirable. On sait comment elle fonda Saint-Cyr, pour élever gratuitement deux cent cinquante demoiselles nobles, à qui le roi assurait ensuite des dots pour se marier ou entrer en religion. Mme de Maintenon fut une éducatrice merveilleuse, d’un sens droit et: ferme, d’une finesse singulière, d’un tact exquis, d’un art infini pour manier et façonner les âmes. Elle appliqua aux filles le grand principe pédagogique que Port-Royal avait posé: elle voulut faire des caractères droits et des esprits justes. Pour le détail, elle ramène tout au rôle futur de la femme : il faut qu’elle soit à la hauteur de tous les devoirs, et il faut qu'elle aime tous les devoirs. En somme, son œuvre à Saint-Cyr est excellente, et ses Lettres nous l’y font estimer, aimer même, Là, elle est absolument aimable en effet, étant absolument franche et désintéressée. Elle s’est dévouée à ses filles, mais elle leur a dû toute la joie de sa vieillesse. Là seulement, et quand elle s'occupe d'elles, s’efface ce goût de tristesse amère, de lassitude accablée, d'ennui pesant, qui se fait sentir dans les lettres qu’elle écrit de la cour,

np ag ne Se pu M 72 Le & RE CEE -

2° amet + Te

Re

rames nn EE er ae ner nca

ce FR MZ ep commmgr on.

Page 1