‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 136 sur 190 · AU CAYLA · texte numérisé non relu

AU CAYLA

Sur la tombe d’Eugénie de Guérin.

C’est là qu’elle vivait, belle fleur solitaire, Entre un rayon du ciel et l'ombre du mystère, Lorsque sur son coteau Dieu la cueillit pour nous.

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1F Sentiers qu’elle foula, vous en souvenez-vous ?

1} 1 ! irs pleins de cl ! 64: O triste et doux passé ! souvenirs pleins de charmes !

LE |! Passant, donne à sa tombe et des chants et des larmes :

m1 Ange, elle a tant prié! femme, elle a tant souffert !

Parfums, brise des bois, murmures, saint concert, Vous aviez pour monter l’aiie de son génie,

Mais le monde ignorait le secret d’Eugénie :

Elle cachait sa lyre et filait son fuseau.

14 Du laurier, bien souvent, le glorieux rameau,

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; En éclairant le front, jette une ombre sur l’âme,

LH Et Dieu, gardien jaloux de ce doux cœur de femme, h,! i Y

JE N'a couronné que son tombeau.

MARIE JENNA !, //évalions poétiques et religieuses.

| 1. MLLE MARIE RENARD (1835-1887), connue dans les lettres sous le nom | de Marie Jenna, mérite d'occuper une place parmi les femmes poètes de la dernière partie de ce siècle. La noblesse des inspirations, la grâce et { l’harmoniedustyle, quelquefois même l'énergie distinguentses Étévations poétiques et religieuses, et quelques pièces de ses Poèmes et souvenirs de 1 | voyage. Le sentiment maternel, dans le recueil Ænfants et mères, est fl qu empreint de mélancolie profonde et de religieux héroïsme, | Les compositions de Marie Jenna sont réellement dignes d’être recom- |

mandées comme une lecture saine et attachante,

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g'ieuses.

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uvenirs de | NAPOLÉON II.

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ftre recom- I È Mil huit cent onze !—O temps où des peuples sans nombre Attendaient, prosternés sous un nuage sombre, À Que le ciel eût dit oui :

à Sentaient trembler sous eux les Etats centenaires, i Et regardaient le Louvre entouré de tonnerres,

Comme un mont Sinaï !

Courbés comme un cheval qui sent venir son maître,

Ils se disaieut entre eux : ‘‘ Quelqu'un de grand va naître, Qu'est-ce que le Seigneur va donner à cet homme

Qui, plus grand que César, plus grand même que Rome, Absorbe dans son sort le sort du genre humain ? ”

Comme ils parlaient, la nue éclatante et profonde

S’entr'ouvrit, et l’on vit se dresser sur le monde L'homme prédestiné ;

Et les peuples béants ne purent que se taire,

Car ses deux bras levés présentaient à la terre Un enfant nouveau-né !

Quand il eut bien fait voir l'héritier de ses trônes Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes, ! Eperdu, l’œil fixé sur quiconque était roi,

W Comme un aigle arrivé sur une haute cime,

Il cria tout joyeux avec un air sublime :

‘* L'avenir ! l’avenir ! l'avenir est à moi ! ”’

| Non, l'avenir n’est à personne !

À Sire! l’avenir est à Dieu !

(h A chaque fois que l’heure sonne, Gi Tout ici-bas nous dit adieu.

| L'avenir ! l’avenir ! mystère !

fil Toutes les choses de la terre, Gloire, fortune militaire, EN Couronne éclatante des rois, (| | | Victoire aux ailes embrasées, UE Ambitions réalisées fl Ne sont jamais sur nous posées Que comme l'oiseau sur nos toits !

Non, si puissant qu'on soit, non, qu’on rie ou qu’on pleure, | Nul ne te fait parler, nul ne peut avant l’heure } Ouvrir ta froide main, O fantôme muet, Ô notre ombre, Ô notre hôte, [ui à Spectre toujours masqué qui nous suit côte à côte, fi Et qu’on nomme demain !

Oh ! demain, c’est la grande chose !

De quoi demain sera-t-il fait ?

L'homme aujourd’hui sème la cause, Demain, Dieu fait mûrir l'effet.

Demain, c’est l’éclair dans la voile, C'est le nuage sur l’étoile,

C’est un traître qui se dévoile,

C’est le bélier qui bat les tours, C'est l’astre qui change de zone, C'est Paris qui suit Babylone ; Demain, c’est le sapin du trône, Aujourd'hui, c'en est le velours !

Demain, c’est le cheval qui s’abat blanc d’écume ; Demain, Ô conquérant, c'est Moscou qui s'allume, La nuit, comme un flambeau ; C'est notre vieille garde au loin jonchant la plaine, Demain, c’est Waterloo ! demain, c’est Sainte-Hélène ! Demain, c'est le tombeau !

Vous pouvez entrer dans les villes Au galop de votre coursier, Dénouer les guerres civiles Avec le tranchant de l’acier ; Vous pouvez, Ô mon capitaine, Barrer la Tamise hautaine, Rendre la victoire incertaine Amoureuse de vos clairons, Briser toutes portes fermées, Dépasser toutes renommées, Donner pour astre à des armées L'étoile de vos éperons !

Dieu garde la durée et vous laisse l’espace ;

Vous pouvez sur la terre avoir toute la place,

Etre aussi grand qu'un front peut l’être sous le ciel Sire, vous pouvez prendre, à votre fantaisie, | L' Europe à Charlemagne, à Mahomet l'Asie ; Mais tu ne prendras pas demain à 1 Éternel !

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O revers ! Ô leçon !—Quand l'enfant de cet homme Eut reçu pour hochet la couronne de Rome ; Lorsqu'on l’eut revêtu d’un nom qui retentit ; Lorsqu'on eut bien montré son front royal qui tremble Au peuple émerveillé qu’on puisse tout ensemble

Etre si grand et si petit;

Quand son père eut pour lui gagné bien des batailles ;

Lorsqu'il eut épaissi de vivantes murailles

Autour du nouveau-né riant sur son chevet ;

Quand ce grand ouvrier, qui savait comme on fonde,

Eut, à coups de cognée, à peu près fait le monde Selon le songe qu’il rêvait ;

Quand tout fut préparé par les mains paternelles, Pour doter l’humble enfant de splendeurs éternelles ; Lorsqu'on eut de sa vie assuré les relais ;

Quand, pour loger un jour ce maître héréditaire,

On eut enraciné bien avant dans la terre Les pieds de marbre des palais ;

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Lorsqu'on eut pour sa soif posé devant la France

Qhil | Un vase tout rempli du vin de l’espérance .

lil Avant qu’il eût goûté de ce poison doré, s | Avant que de sa lèvre il eût touché la coupe,

Un Cosaque survint qui prit l’enfant en croupe

Et l’emporta tout effaré !

Oui, l'aigle, un soir, planait aux voûtes éternelles, Lorsqu'un grand coup de vent lui cassa les deux ailes : TIRE Sa chute fit dans l’air un foudroyant sillon ;

k Tous alors sur son nid fondirent pleins de joie ; fl} À Chacun selon ses dents se partagea la proie : L'Augleterre prit l'aigle, et l’Autriche l’aiglon !

Vous savez ce qu’on fit du géant historique.

Pendant six ans on vit, loin derrière l'Afrique, Sous le verrou des rois prudents, —Oh ! n’exilons personne ! oh ! l’exil est impie !— Cette grande figure en sa cage accroupie, Ployée, et les genoux aux dents !

Encor si ce banni n'eût rien aimé sur terre! . Mais les cœurs de lion sont les vrais cœurs de père. Il aimait son fils, ce vainqueur !

Deux choses lui restaient dans sa cage inféconde, Le portrait d’un enfant et la carte du monde, Tout son génie et tout son cœur !

Le soir, quand son regard se perdait dans l’alcôve, Ce qui se remuait dans cette tête chauve,

Ce que son œil cherchait dans ie passé profond, —Tandis que ses geôliers, sentinelles placées

Pour guetter nuit et jour le vol de ses pensées,

En regardaient passer les ombres sur son front ; —

Ce n’était pas toujours, sire, cette épopée

Que vous aviez naguère écrite avec l'épée, Arcole, Austerlitz, Montmirail ;

Ni l’apparition des vieilles Pyramides ;

Ni le pacha du Caire et ses chevaux numides Qui mordaient le vôtre au poitrail ;

Ce n’était pas le bruit de bombe et de mitraille

Que vingt ans sous ses pieds avait fait la bataille Déchaîné en noirs tourbillons,

Quand son souffle poussait sur eette mer troublée

Les drapeaux frissonnants, penchés dans la mêlée Comme les mâts des bataillons ;

Non, ce qui l’occupait, c’est l'ombre blonde et rose D'un bel enfant qui dort la bouche demi-close.

Il pleurait, d'amour éperdu . Sois béni, pauvre enfant, tête aujourd’hui glacée, Seul être qui pouvais distraire sa pensée

Du trône du monde perdu !

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