‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 149 sur 190 · JEANNE D’ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D’ARC

Jeanne est l’héroïne chrétienne par excellence. Ce que les hommes admirent en elle, est ce que Dieu couronne. Voyez-la dès le berceau.

Dans la solitude de ce riant vallon qu’arrose la Meuse, À sur l'herbe émaillée 4 des prairies, à l’ombre des saules et des hêtres, alors que ses mains portaient la houlette ou tournaient les fuseaux,

| sous les ailes d’une | mère chaste et pieuse qui, en mêlant les ca- | resses à la leçon, lui ! avait appris pour toute À science à invoquer ce | père des hommes qui } est aux cieux, à saluer avec l'ange la Vierge pleine de grâce, les icommencements de Jeanne la bergère Ktaient heureux. Dès dses plus jeunes années elle fut immaculée dans sa voie ; l’exuise sensibilité de ce cœur si tendre ne s’épancha jamais jue sur des objets innocents ou sacrés, comme ces fontaines Qui n’égarent jamais hors de leur lit leurs ondes limpides. Si

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ses doigts tressaient en guirlandes les fleurs des champs, c'était pour en couronner l’image chérie de Notre-Dame de l’Ermitage. Elle priait tendrement sous les ombrages du vieux chêne ; mais l’accent religieux des cloches, dont elle aussi, comme le plus célèbre guerrier de notre siècle, ne voulait pas perdre une seule vibration, venait-il frapper son oreille pieuse, ses délices étaient de courir à l’église du village pour y prier encore, y pleurer et se cacher à l’ombre des autels.

Jamais jeunesse ne fut plus pure et plus fervente : innocence de la vie pastorale, paix, silence des vallons, douceur du toit maternel, air embaumé de la maison de Dieu, parfums des campagnes, saintes joies de son matin, vous ne sembliez guère annoncer Les pleurs du soir douloureux de La vie ! La bonté divine aime à ménager le jeune âge; elle ne jette pas d'ordinaire sur le front de l'aurore, sur ses teintes gracieuses, les noirs nuages de la tempête. Prévoyant un soir si orageux, Dieu prit en pitié Jeanne, sa douce petite créature, et répandit la paix sur son enfance, sur les premières heures du jour de sa vie, k par une touchante compensation que le cœur rencontre

presque toujours comme une loi providentielle qui le con- À HE sole,

1 | Mais le brillant midi de Jeanne révéla dans cette âme À lE si pure des richesses auxquelles rien ne se compare, | RE Ardente comme un lion, elle est tendre et sensible À LUE |! comme un agneau. Timide et naïve comme une pauvre petite bergère qui ne sait À ni B; ignorante dans tout le} reste, quand le ciel lui a parlé, elle a toute la sublimité du génie, toute l'autorité de l'inspiration, Les chefs del

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guerre, assemblés en conseil, se cachent de Jeanne par la conscience de leur infériorité ; et la jeune fille heurtant de sa lance à la porte de la salle, faisait presque pâlir les Gaucourt et les Xaintrailles. “ Vous avez été à votre conseil et moi au mien. En mon Dieu, le conseil de Notre- Seigneur est plus sûr et plus habile que le vôtre.” Ses manières de dire sont nubles, courtoises, princières; le tutoiement chevaleresque vient à propos se placer sur ses lèvres virginales ; et les plus fiers guerriers, les princes même du sang royal, subissent l’inévitable ascendant de cette parole humaine et surhumaine à la fois. “ En avant, gentil duc, à l'assaut! Ah! gentil duc, as-tu peur? ne sais-tu pas que j'ai promis à la duchesse de te ramencr sain et sauf?” C’est au duc d'Alençon qu’elle parle ainsi, Dunoiïs lui-même entend son commandement ; il s'incline et promet humblement d’obéir,

L'idiome de Jeanne n’a point vieilli, Que dis-je ? comme ces teintes de vétusté qui sont un mérite de plus dans certaines merveilles de l’art, il efface la phrase moderne, de jour en jour plus terne et plus pauvre, quoi qu’en puisse dire notre orgueil. Ses répliques étaient vives, justes, animées ; c’étaient des éclairs inattendus ; et s’il est permis de parler ainsi, ses répliques ne souffraient pas de répliques. “ Si Dieu est pour nous, lui dit un docteur, à quoi bon les gens d'armes ?—KEn mon Dieu, :épond-elle, les gens d'armes combattront, et Dieu donnera la victoire.”

Enfin, jetée au milieu des camps et dans l’arène de la guerre, elle est pieuse et recueillie comme une fille du Carmel. Pour elle, la cellule et l’oratoire sont auprès du champ de bataille, Toutes ses amours sont pour Jésus.

Elle ne l’oublie pas plus dans la poudre brûlante des luttes guerrières qu'au pied des autels, soit que le sacrifice s'offre dans le silence du lieu saint, ou dans la campagne encore humide des gouttes de la nuit. Et là, comme elle redevient petite en présence de son Dieu ! Quel oubli d'elle-même dans l'ivresse des triomphes! A l'exemple du Sauveur, qu’elle aime si tendrement, elle ne cherche pas sa gloire, mais la gloire de Celui qui l’a envoyée, la gloire de son Roi qui est au ciel, et de son roi aussi qui est sur la terre. Tant de sainteté, jointe à tant de bravoure, exerce une heureuse séduction sur les cœurs. Dunois est chrétien ; La Hire, qui ne blasphème plus, prie à sa facon ; le camp est un temple, et mille guerriers s’écrient : “ Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées !”

O Dieu, dont les voies sont belles et les sentiers pacifiques, vous qui marchez par un chemin virginal, soyez béni d’être venu à notre aide par des mains si pures et si dignes de vous ; soyez béni d’avoir fait Jeanne si belle, si sainte, si immaculée !

Le CARDINAL PIE, ! Éloge de Jeanne d'Arc.

1, MGR EpoUARD PIE (1815-1880) est un des prélats qui ont le plus illustré l’épiscopat contemporain par l’ardeur du zèle, la pureté de la doctrine, l'éloquence et le talent d’écrire. Il fut promu à l’évêché de Poitiers, en 1849, et aux honneurs de la pourpre romaine en 1879. Ecrivain de la meilleure veine, orateur comme il convient à son haut ministère,capable de tous les tons et de toutes les nuances, Mgr Pie, durant un épiscopat de trente années, consacra ces dons splendides à la défense des doctrines catholiques romaines, des droits de l’Église et du Saint-Siège. Ses Homélies sont particulièrement célèbres. De tous les prélats contemporains, Mgr Pie est peut-être celui qui rappelle le plus la grande manière de Bossuet,

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QUESTIONS. - Quelle était la détresse du royaume de France en 1422?—Ta France n’avait-elle pas alors de braves généraux ?—Parlez de Jeanne d’Arc,—de sa naissance,—de ses voix,—de ses victoires, -de son procès et de sa mort.—Indiquez le nom des lieux qui se rapportent à son histoire.

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