‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 174 sur 190 · mSs rà · texte numérisé non relu

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vidence en prolongeant d’une facon exceptionnelle la durée de votre carrière royale, atteste visiblement l’amour qu’Elle porte à l’illustre nation anglaise, C’est un bonheur pour nous et pour toute l’Église catholique de la province de Québec, dont nous sommes les fidèles interprètes, d'apporter au pied de votre trône l’hommage de notre attachement et l'assurance de nos vœux les plus ardents pour que le Dieu tout-puissant accorde encore à Votre Majesté, pour le bonheur de toutes les parties de son immense royaume, de longues et pacifiques années.

Détachés jadis de notre ancienne mère patrie, cette France de nos pères que nous aimons encore d’un amour filial, nous avons trouvé, à l'ombre du drapeau britannique, la protection à laquelle nous donnait droit notre titre de premiers colons de ce pays. Le changement d’allégeance ne pouvait s’accomplir sans de grandes difficultés, de pénibles efforts et des conflits sérieux. Mais Dieu qui pour les grandes épreuves tient en réserve de grandes consolations, a su mettre sur le trône d'Angleterre une reine aux vues larges, au cœur noble et généreux, qui, en respectant nos droits nationaux et religieux, nous a donné à maintes reprises les marques les moins équivoques de sa sympathie et de son affection. Nous pourrions en citer un grand nombre : qu’il nous suffise de mentionner la charte vraiment royale accordée par Votre Majesté à une institution catholique, l’Université Laval ; la sanction donnée de votre main royale au jugement de votre Honorable Conseil Privé qui reconnaît à la minorité catholique du Manitoba le droit de faire instruire ses enfants dans des écoles catholiques séparées ; enfin les attentions sympathiques et si délicates

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dont Votre Majesté a entouré un premier ministre catholique du Dominion, mort foudroyé sur les marches mêmes du trône de sa Souveraine.

Ces faits particuliers, comme tant d’autres d’un caractère plus général, sont profondément gravés dans notre souvenir, Et si nous aimons à les rappeler, à l’occasion de ce

jubilé qui suscite des réjouissances si sincères dans cette :

province francaise et catholique, c’est qu’ils contribuent, comme il est juste, à entretenir dans le cœur de notre peuple, cette loyauté franche et entière à la couronne britannique que nos vénérables prédécesseurs lui inculquèrent si fortement lors de la cession du pays à l’Angleterre, et qui depuis n’a pas subi la moindre altération.

La loyauté de nos pères est parfaitement connue à Votre Majesté. Notre histoire en fait foi, et des faits éclatants la proclament.

En 1775, Franklin, l'illustre inventeur du paratonnerre, vint au Canada avec la mission d’enrôler dans le mouvement de la rébellion américaine la colonie canadienne, Franklin avait bien pu, par la force de son génie, faire dévier les éclats de la foudre ; il fut impuissant, grâce à la ferme attitude de l’épiscopat canadien, à faire dévier les Canadiens-Francais de leur loyal attachement à l’Angleterre, leur nouvelle mère patrie.

En 1812, lorsque l’illustre de Salaberry et ses braves allèrent se battre à Châteauguay pour défendre le drapeau britannique devenu notre drapeau, ils emportèrent avec eux sur le champ de la victoire les bénédictions du clergé canadien dont le cœur vibrait des plus purs sentiments de dévouement à la couronne d'Angleterre,

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En 1837, lorsque quelques-uns de nos compatriotes, aigris par une oppression injuste dont le Trône lui-même n'était nullement responsable, essayèrent de soulever la colonie entière ct de l’entraîner dans la rébellion, nos prédécesseurs, et à leur tête l’illustre Mer Lartigue, élevèrent la voix, bravèrent les préjugés populaires et, par l’ascendant de leur autorité, parvinrent à maintenir la masse du peuple dans le sentier du devoir.

Madame,

Tels étaient les sentiments, tels furent les actes de nos prédécesseurs et du peuple confié à leur sollicitude. Nous avons recueilli ces traditions et nous voulons les suivre. Nous prêchons au peuple canadien-francais cette même loyauté envers le pouvoir établi. Nous le faisons par devoir, sans doute, et parce que c’est l’enseignement même de l’Église catholique, notre mère. Mais à l’accomplissement du devoir s'ajoute un sentiment profond de joie et de bonheur, lorsque le pouvoir légitime, dont la source première est Dieu lui-même, s’incarne dans une souveraire dont les vertus privées et publiques égalent la grâce et la majesté.

Aussi, Madame, à l’occasion de ce mémorable jubilé, élevant vers le ciel des mains suppliantes, nous faisons des vœux et des prières pour que le Dieu de toute bonté, qui a déjà comblé votre règne de tant et si précieuses faveurs, accorde encore de longues années à une souveraine aimée dont le nom retentit aujourd’hui, avec les acclamations les plus enthousiastes, d’une extrémité à l’autre d’un immense empire. Empruntant les paroles

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mêmes que la liturgie catholique met sur nos lèvres dans nos offices publics les plus solennels, nous disons avec bonheur, unis de cœur et d'âme avec notre peuple, comme un témoignage de notre attachement loyal et affectueux à Votre Auguste Personne: Domine, salvum fuc Regem. Seigneur, prenez sous votre garde et conduisez dans les voies de la justice et du salut la femme exemplaire qui, depuis soixante ans, fidèle à ses devoirs de reine, d’épouse, de mère, fait la gloire et le bonheur d’un grand peuple, en même temps qu’elle présente au monde entier un modèle accompli des qualités et des vertus qui font les souverains chéris de Dieu et des hommes.

Juin 1897.

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