LES TOURISTES
Rien de curieux, quand on court le monde, comme d'étudier ses compagnons de voyage; rien d’amusant comme de crayonner sur son calepin les différents types de touristes qui vous passent devant les yeux. |
Il y en a de toute couleur, sur toutes les mesures; on en trouve d’amusants, de charmants, d’ennuyeux et de
maussades.
C’est toute une collection à photographier... Le touriste poseur, d’abord, qui annonce avec fracas l’excursion qu'il compte faire le lendemain. Il s'agit égale-
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de
cas le-
ment de quelque excursion périlleuse, de quelque course de longue haleine; son costume est à la hauteur des circonstances: vareuse en flanelle blanche, pantalon idem, béret rouge, molletière en grosse toile, souliers ferrés, bâton ferré, voile vert, pince-nez à verres noircis, boîte à herboriser sur le dos, petit revolver dans la ceinture, — de quoi se défendre contre les ours ou contre les brigands. L Le guide à été minutieusement choisi; c’est le meilleur
de l'endroit. Avant de monter, on examine non moins
minutieusement le cheval. A-t-il le pied sûr, le jarret solide ? Est-il bien sanglé ?
On part enfin et, à moitié chemin, sous prétexte que le soleil est trop ardent où que le brouillard est trop épais, on s’en retourne en maudissant la mauvaise chance et en jurant bien haut qu’on recommencera demain.
Le touriste blasé.
Celui-là s’en va, la badine à la main, le cigare à la bouche, seul, en se promenant.
Rien ne le frappe.
La neige s’est amassée dans un creux et l'herbe croît à côté : il a vu le Mont-Blanc :
Une cascade bondit de rocher en rocher et son écume voltige, comme une blanche fumée, au-dessus des sapins : il a vu le Mississipi.
Il a tout vu, il connaît tout, on se demande pourquoi il voyage encore. L’habitude peut-être!!!
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Le touriste pressé.
En une semaine il a vu Cologne, Berlin, Amsterdam, Dresde et Stuttgard. Il court sans relâche ; il roule comme une avalanche, de train express en train express.
Qu'il pleuve, qu’il vente, qu’il tonne, toujours en route ; il use des guides, des fiacres et des souliers par douzaines, Il n’a qu’une satisfaction, celle de pouvoir dire: “J'ai été là.”
Ne voyant rien, transpirant beaucoup et attrapant généralement une fluxion de poitrine par-dessus le marché.
Le touriste consultant...
Ne voyage pas sans guide, Son itinéraire est réglé d’après Conty * et Joanne.
Joanne dit qu'on jouit à cette hauteur d'un admirable point de vue.
Il s'arrête à la hauteur indiquée par Joanne, et, se tournant vers ses compagnons, s'écrie :
— Ah! quel point de vue admirable !
Conty affirme que tel vallon est, de tous ceux qu'il a vus, le plus joli.
Il dit comme Conty.
Son guide déclare que telle ascension n’est ni pénible, ni fatigante ; dût-il avoir les pieds en sang, les mains en
1. CONTY (ALEXIS-HENRY) (1828), homme de lettres, auteur etcréateur de la collection des guides,
JOANNE (ADOLPHE) (1813-1882), géographe français, auteur de Guides très répandus.
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lambeaux, le corps brisé, qu’il se déclarerait prêt à recommencer.
Aucune sensation ne lui est personnelle; il ne subit, par lui-même, aucune impression sérieuse ; stupide mouton de Panurge, il admire, parce qu’un autre a admiré avant lui.
C’est évidemment le plus bête de tous, mais ce n’est pas le plus rare.
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Le touriste collectionneur...
Qu'il collectionne des plantes ou des papillons, le paysage n’a de charme pour lui que s’il trouve des échantillons rares manquant à sa collection.
On le voit bondir sur les rochers, pénétrer dans les fourrés les plus épais, se pencher sur un précipice, pour cueillir une fleur ou prendre une phalène.
Le touriste à notes...
Généralement un Anglais, ou mieux encore une Anglaise.
Un journal de voyage.
C'est un gros agenda sur lequel il — ou elle — note
ses impressions.
“ Excursion à Maladetta, Difficile. Temps froid. Brouillard, Pris du thé dans une auberge, Mauvais thé, deux francs, trop cher. Du sucre sale. Nuage cachant une partie de la montagne. Monté sur un beau cheval. Guide
dit qu’il ne coûte que huit cents francs. Pas cher. Descendu avant la nuit. Brouillard augmente. Obligé de faire allumer du feu dans l’auberge, au pied de la montagne, feu, trois francs. Trop cher.”
O poésie !
Le touriste plaisant...
Se moque de tout et de tous, des “ amants de la nature,” des champs et des torrents, des pâtres, des paysans, du patois qu'ils parlent, de la coiffure qu'ils mettent, fournit quelquefois le mot de la fin,
J’en ai rencontré un hier.
—Resterez-vous longtemps ici ? lui demandai-je.
—Quelques jours seulement... Vous comprenez, je ne veux pas inquiéter mes créanciers,
Le touriste, enfin, qui voyage avec des enfants,
Celui-là est occupé à les contempler, à leur rattacher leurs marmottes et à vous faire partager son admiration pour eux,
—Monsieur, me disait un de ces braves touristes, ce garcon-là, qui n’a que cinq ans, possède une intelligence et une vivacité qui me confondent..... Le croiriez-vous ? L'autre jour, .je lui fais une remontrance..….. Eh bien ! ne m’a-t-il pas répondu en me donnant un soufflet !...…..
Aimable enfant ! Heureux père! Tu Marcellus eris
CTE G., Fleurs de N otre-Dame.
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QUESTIONS. — A quel genre appartient le récit que vous venez de lire ?—Qu'’est-ce qu’un touriste ?—Quelle différence etre touriste et voyageur ?—Entre passager et voyageur ?—Qu'’est-ce qu’un poseur ?—Donnez l’étymologie de excursion. —Qu'est-ce qu’une excursion périlleuse ?—Que veut dire herboriser ? 1 quelle classe d'animaux appartiennent les ours ?—Dans quels
pays trouve-t-on des ours ?—Que veut dire : être bla * -Jù est le Mont-Blanc ? — Décrivez le cours du Mississipi.--sur quel fleuve se trouve Cologne ? Par quoi cette ville est-elle «é'ébre ? —Où se trouvent Berlin, Amsterdam, Dresde, Stuttgard 1 }110#5ce qu’un train express ? —Qu’est-ce qu’une avalanche ?— x ;lqnez cette locution proverbiale : Mouton de Panurge.—Qu'est-: rue le
Maladetta ? — Citez deux ironies badines, et définissez L'irte,