LE CHEVAL-QUI-RUE
Nous atteignons la hauteur des terres; quelques petits lacs se montrent, et semblent indécis de savoir s'ils s’écouleront du côté est ou du côté ouest. |
La passe du Cheval-qui-rue.— (Kicking-Horse.)
Mais voici qu’un petit torrent, profondément enfoncé et resserré entre les rochers, s’élance devant nous vers l’occident, Il est évident qu'il souffre d’être emprisonné au milieu de ces donjons qui l’écrasent, car il dégringole en cascades et va se précipiter au galop au fond d’un ravin
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boisé. C’est le Cheval-qui-rue (Kicking- Horse), et jamais rivière ne fut mieux nommée.
Des pics immenses défilent à gauche. L'un d’eux, isolé, en basalte rougeâtre, ressemble à un dôme gothique, celui de Burgos, qui est moins élancé, mais plus imposant que celui de Cologne.
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A Fietd, nous admirons le mont Stephen, qui a reçu son nom de sir Geoge Stephen et qui l'a redonné à lord Mount- Stephen. Auprès se dressent quatre ou cinq autres sommets, également remarquables, qui doivent être ses associés ; car ils ressemblent fort à des millionnaires,.
L'un d'eux me paraît absorbé par des calculs très compliqués et fronce les sourcils; mais le haut du front est serein, et en pleine lumière. Il doit se nommer Van Horne,
Tantôt les monts se rapprochent et tantôt ils s'éloignent ; mais, loin de s’abaisser, on dirait qu'ils grandissent encore, Évidemment, l'humilité est chez eux une vertu inconnue. Dame ! ils ont joliment raison d’être orgueilleux. Il ne manque pas d'hommes qui le sont autant qu'eux, et qui ne sont pas si haut placés !
Avec ca qu’ils paraissent avoir beaucoup travaillé du cerveau ; car ils ont la tête chauve, comme certains faux Jeunes gens que je connais, et qui n’ont pas perdu leurs cheveux dans les veilles scientifiques.
Plusieurs sont très maigres et même décharnés. En voici un qui est un vrai squelette, mais le squelette d’un géant. Je dirais qu’il a grandi à l'ombre, si quelque autre avait pu lui porter ombrage,
Ce qui étonne tous les voyageurs, c’est que nous puissions circuler, avec une facilité relative, au milieu de ces Pélions et de ces Ossas. Ce dernier nom conviendrait à beaucoup d’entre eux qui sont de véritables épines dorsales desséchées.
Mont Stephen et le pie Cathédrale,
J'ai dit facilité relative; car les difficultés sont innombrables et souvent très grandes.
Le Cheval-qui-rue est un guide fort incommode, et il nous cause bien des tribulations avec ses incartades et ses détours ! Que d’arcs, de demi-cercles, de circonvolutions il uous impose ! Mais il faut bien le suivre, puisque lui seul
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peut nous indiquer la route au milieu de ce labyrinthe de montagnes, de ravins et de gorges traîtresses.
Nous faisons à sa suite une course vertigineuse,, De mon siège, je vois presque constamment la locomotive tantôt à gauche, tantôt à droite, et notre train glisse comme un serpent colgssal} au pied des grands monts, sur le bord des abîmes, sous les rocs qui surplombent, en se repliant sur lui-même et en allongeant sa tête en feu, comme un monstre qui cherche sa voie.
Si le serpent de mer est un mythe, le orand serpent des montagnes Rocheuses n’en est pas un. Il existe, et tous ceux qui vont à la Colombie Britannique le voient passer deux fois par jour, vomissant le feu et la fumée, sifflant et mugissant, allongeant ses anneaux le long des flancs du Cheval-qui-rue, et s'ouvrant un chemin tortueux et fantastique au travers des plus gigantesques obstacles que la nature ait pu jeter sur le passage des êtres vivants,
QUESTIONS. — Décrivez le parcours du Pacifique canadien depuis Manitoba jusqu’à Victoria. —Quelles sont les principales routes à travers les montagnes Rocheunses ?—Qu'est-ce qu’un pic? —Expliquez la comparaison qui se trouve dans le troisième alinéa.— Pourquoi faire allusion à Pélion et à Ossa ?—Qu'est-ce qu’un mythe ?—Qu'est-ce que l’auteur veut dire par “ serpent des
montagnes Rocheuses” ?
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