‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 80 sur 190 · LORD BYRON · texte numérisé non relu

LORD BYRON

Le 19 avril 1824, une violente tempête éclatait sur Missolonghi, et Byron expirait. Voici ses derniers vers :

Aujourd’hui j'ai complété ma trente-sixième année.

MiIsSOLONGHI, 22 JANVIER 1824.

La Grèce se réveille ! éveille-toi, mou âme !

Mes aïeux de leur fils n'auront point à rougir;

Héritier de leur sang, leur vieil honneur m'’enflamme, Allons vaincre ou mourir !

LE

Enfin des passions je foule aux pieds l'empire ; Mes yeux pour la beauté ne versent plus de pleurs ; Tranquille maintenant, ainsi que son sourire,

Je brave ses rigueurs.

Si la vie a pour toi perdu ses plus doux charmes,

Qui t’oblige à porter ce douloureux fardeau ?

Le champ d'honneur est 1à. Cherche au sein des alarmes Un glorieux tombeau.

A la mort d’un soldat ici tu peux prétendre ;

C'est ici qu’on la donne et reçoit sans effroi ;

Vois, choisis où tu veux que dorme enfin ta cendre, Et puis, repose-toi.

Sa perte fut pleurée de toute la Grèce. Un deuil général de vingt et un jour fut ordonné; des services furent célébrés pour le poète dans toutes les églises.

Son corps, ramené en Angleterre, repose dans la sépulture de sa famille près de Newstead., !

Dans les balances de la miséricorde infinie, puisse la mort de Byron, moissonné à trente-six ans, au service d’une noble cause et sous la bannière guerrière de la croix, avoir fait contrepoids aux égarements regrettables de sa vie! ?

1. Ameélevée,grande chrétienne, Lady Byron (Miss Milbank), héritière de lord Wentworth, après une existence toute vouée à des œuvres charitables en faveur de la classe ouvrière, mourut le 16 mai 186).

Quant à la fille du poète, Ada, elle épousa en lord King, depuis comte de Lovelace, et mourut en 1852. low son désir, elle aétéinhumée à côté de son illustre et malheureu

2. Eu i821, un soulèvement général celata er Grèce, contre la domination turque. Les faits les plus importants sont l’héroïque défense de Missolonghi (1826), la victoire navale remportée à Navarin par les forces combinées de la France, de l’Angleterre et de la Russie (1827), et l’exsédition des Français en Morée (1828). Grâce à l’intervention des puissances européennes, l’indépendance de la Grèce fut proclamée, le 3 février 1830.

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“Je ne crois pas, observe Montaigne en ses ÆEssuis, ce que d’autres ont dit que la science est mère de toute vertu et que tout vice est produit par l'ignorance. Qui nous comptera par nos actions et déportements, il en trouvera plus grand nombre d’excellents entre les ignorants qu'entre les savants : je dis en toutes sortes de vertus.”

Avant lui, Rabelais avait sculpté cette phrase lapidaire : “Science sans conscience n’est que ruine de l'âme.” “ Le cœur se serre, écrit Michelet dans son Histoire de France, quand on voit, dans le progrès de toutes choses, que la force morale n’a pas augmenté.”

Chateaubriand, à la fin de ses Mémoires d'Outre-Tombe, dit à son tour: “ La perception du bien et du mal s’obscurcit souvent à mesure que l'intelligence s’éclaire; la conscience se rétrécit à mesure que les idées s’élargissent.”

Non, le génie, qui illumine le front d’un mortel comme d'une auréole céleste, ne le préserve point des doutes les plus impies de l'esprit, des passions les plus orageuses du cœur.

La vie de lord Byron en est un haut et saisissant témoignage,

L'existence du barde anglais ne fut qu’une course effrénée, vertigineuse comme celle de son Mazeppa, à la poursuite du plaisir, dans les ténèbres du scepticisme. Et sa poésie étant par-dessus tout intime, personnelle, l’écho de son âme, l’auteur de Child-Harold, de Manfred, de Don Juan se trouve par là même l’apôtre de la volupté, du doute et du désespoir. Non que, cà et là, les plus nobles

: inspirations ne s'échappent de sa lÿyre ; on peut lui appli- » quer ce vers de Milton: “ Son aspect n’avait point encore

perdu toute sa splendeur divine ; il était encore un archange, quoique déchu.”

Quant au talent de l’auteur de Child-Harold, ! il est immense.

Walter Scott appelle Byron un génie supérieur. Chateaubriand le proclame le plus grand poète de l’Angieterre depuis Milton. Gœthe a écrit : ‘“ Grandeur naturelle avec quelque chose de sauvage et de pénible, voilà le talent de Byron; nul autre peut-être ne lui est comparable.”

J, D’APPRIEU, Lu Gazette du dimanche.

QUESTIONS.-—-0Q:: savez-vousde lord Byron ?—Dites quelque chose de ses œuvres.—D'’où vient l'influence qu’il a exercée dans le monde entier?—-Quel jugement portez-vous sur Byron ?— Qu'était-ce que Montaigne ?—Rabelais?—Michelet?—Milton?— Walter Scott ?—Gœthe?

1. Child-Harold est une épopée lyrique, en trois chants, présentant une chaîne gracieuse d’odes et d’élégies brillantes. Manfred est une sorte de Faust défiant le désespoir. Beppo, Mazeppa, Marino, Faliero, Sardanapale, Werner, Caïn, surtout Don Juan,sont des poèmes où une triste immortalité est donnée aux désordres de leur auteur.

Byron est tout lyrique, c'est là le secret de l’influence énorme qu’il a exercée dans le monde entier. Et, à défaut du reste, la beauté de l’expression garde à son œuvre un éternel attrait,

Louis Veuillot ne voyait dans Byron qu'un triste esclave de ses passions. Un autre écrivain a dit que l’orage semblait l’état naturel de cette âme violente et passionnée.

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