MORT DE LAOCOON
Par un malheur nouveau, pour mieux nous aveugler, Un prodige effrayant vient encore nous troubler. Prêtre du dieu des mers, pour le rendre propice, Laocoon offrait un pompeux sacrifice,
Quand deux serpents affreux, sortis de Ténédos (J'en tremble encor d'horreur), s’allongent sur les flots, Par un calme profond, fendant l’onde écumante,
Le cou dressé, levant une crète sanglante,
De leur tête orgueilleuse ils dominent les eaux : Leur corps au loin se traîne en immenses anneaux, Tous deux nagent de front, tous deux des mers profondes Sous leurs vastes élans font bouillonner les ondes. Enfin, de vague en vague, ils abordent ; leurs yeux Roulent, ardents de rage, et de sang et de feux ;
Et les rapides dards de leur langue brûlante S'agitent en sifflant dans leur gueule béante.
Tout fuit épouvanté. Le couple monstrueux , Marche droit au grand prêtre, et leur corps tortueux D'abord vers ses deux fils en orbes se déploie,
Dans un cercle écaillé saisit sa faible proie,
La ronge de ses dents, l’étouffe de ses plis.
Les armes à la main, au secours de ses fils
Le père accourt : tous deux à son tour le saisissent, D'épouvantables nœuds tout entier l’investissent ; Deux fois par le milieu leurs plis l’ont embrassé,
Par deux fois sur son cou leur corps s'est enlacé ;
Ils redoublent leurs nœuds, et leur superbe crête Dépasse encor son front et domine sa tête,
Lui, dégouttant de sang, souillé de noirs poisons Qui du bandeau sacré profanent les festons, Raidissant ses deux bras contre ces “œuds terribles, Exhale sa douleur en hurlements horribles :
Tel, d'un coup impuissant par le prêtre frappé, Mugit un fier taureau de l'autel échappé,
Qui, du fer suspendu, victime déjà prête,
A la hache trompée a dérobé sa tête !
Enfin, dans les replis de ce couple sanglant, Qui déchire son sein, qui dévore son flanc,
Il expire. . . Aussitôt l’un et l’autre reptile S’éloigne ; et, de Pallas gagnant l’auguste asile, Aux pieds de la déesse, et sous son bouclier, D'un air tranquille et fier va se réfugier.
(ÉNÉIDE,.— 7raduction de DELILLE.)
QUESTIONS.—Qu'était-ce que Laocoon ?—De quel ouvrage ce récit est-il extrait ?—Qu'est-ce que l’Énéide, quel en est le sujet ?—Comment a été surnommé Virgile, et que savez-vous de ce poète ?—A quel siècle littéraire appartient Virgile?—Nommez les écrivains les plus remarquables de ce siècle.—Quels sont les auteurs contemporains d’Auguste ?—Que savez-vous d'Auguste?--A quelle époque la littérature romaine devientelle chrétienne ?—Donnez une courte biographie de Delille.