Lecture littérale des hiéroglyphes et des cunéiformes
Ce mince volume renferme l'application de la doctrine dactylologique, dont l'exposition se trouve dans les ouvrages que nous avons publiés précédemment ". Il met en évidence l'inanité de la science officielle, qui , malgré le vide et l'incohérence de ses explications imaginaires, prétend interpréter les hiéroglyphes et les cunéiformes; il donne en même temps un éclatant démenti aux journalistes, qui, enchérissant sur des allégations gratuites, ne craignent point d'affirmer qu'on est parvenu à lire les hiéroglyphes et les cunéiformes, sans s'inquiéter le moins du monde de la langue que ces caractères sont chargés de reproduire, langue d'ailleurs totalement ignorée des égyptologues. Cet opuscule vient ainsi fournir la preuve non-seu-
' Dactylologie et Langage primitif restitués d'après les Monuments , Paris, i85o, in-4°, fig., faisant suite aux Éléments carlovingiens ; 1846, in-4°, fig.
lement qu'on ne lisait pas, mais encore qu'on ne pourra jamais lire ni les hiéroglyphes ni les cunéiformes, sans avoir recours à l'application de la doctrine dactylologique, doctrine qui révèle à la fois et la langue primitive et l'acrologie ou emploi des seules initiales, moyen adopté uniformément dès le commencement du monde.
11 ne s'agit plus de discuter : une expérience constante de trois années de lecture littérale des hiéroglyphes, et de près d'une année de lecture des cunéiformes, a pleinement sanctionné la nouvelle découverte, et répond à tout. Les nombreuses inscriptions graphiques exhinnées à Babylone et à Ninive renversent toutes les objections et réduisent au néant les idées préconçues. Cette lecture dévoile un nouvel univers :• la religion, l'histoire, les institutions, les mœurs pi'imitives, tout nous est révélé avec l'ingénuité des premiers âges, et forme un contraste frappant avec les interprétations idéologiques des égyptologues , descendus jusqu'à la dérision par un déplorable abus de la science, et se débattant péniblement dans un cercle étroit de lieux communs, de non-sens, qui n'ont entre eux ni connexion, ni suite. Selon la remarque d'un esprit judicieux, il est toujours facile de fabriquer, pour les besoins de la cause, des mots empruntés aux
innombrables idiomes antiques, auxquels on'assigne tel ou tel sens; mais plus ce procédé est examiné de près, plus la solution s'éloigne. Il est curieux de voir les égyptologues chercher à se taire un titre à la confiance par l'interprétation des noms propres d'hommes ou de lieux , dont la lecture est précisément la plus problématique, à cause de la difficulté de saisir leur rapport avec le texte; les cartouches égyptiens seuls renferment parfois des noms écrits en toutes lettres. Ainsi condamnés au supplice de Sisyphe, les égyptologues roulent sans cesse le pesant fardeau de la stérile erreur, tandis que les traductions des textes restitués par myriades, à l'aide de la langue prohellénique et de l'acrologie, sont marquées au coin de la logique, de la simplicité et de la vérité.
Nous en sommes arrivés à ce point, que l'appui ou la désapprobation des corps savants ne prouve plus rien pour la vérité, rien contre l'erreur.
La publication successive de la restitution des textes assyriens et égyptiens ne peut manquer d'exciter le plus vif intérêt, surtout mise en regard avec la nullité des longues tentatives de la science officielle, telle qu'elle a été professée jusqu'à nos jours.
Dans une question de cette nature, seul on peut
avoir raison contre tous ; la nouveauté inspirant la défiance, la hardiesse renversant tout et se créant ainsi des adversaires, ne font plus obstacle ; car la puissance de faits multiples à l'infini est et sera toujours invincible.
Voici la clef des arcanes archéologiques ; en en faisant usage, on est immédiatement initié. L'obstination à la repousser, au contraire, condamnerait l'homme à demeurer éternellement sur le seuil d'une porte fermée jusqu'alors, et que cette clef seule peut ouvrir.
ACROLOGIE.
Vera religio, non defuit ab initio generis humani '.
Les traditions œuvres du vulgaire n'étaient vivantes que par lui; elles se purifiaient par l'assentiment de tous, et la voix du peuple devenait la voix de Dieu.
Dès le principe, l'acrologie s'établit simultanément avec la dactylologie phonétique.
Moïse connaissait les traditions établies dès le commencement du monde : les monuments hiéroglyphiques, premiers dépositaires des faits, redirent la chute de nos premiers parents par l'acrologie appliquée à la langue primitive; le récit en fut consigné sur la pierre au moyen de figures hiéroglyphiques2. L'Orgueil, ce premier instigateur du mal 3, s'appela Oyxo;; il fut représenté acrologiquement par un serpent, Ocptç. Dans la suite, le divin
1 Sancti Auguslini Retract. , lib. I, cap. xm, n° 3.
> La Bible de Brentano et Dereser (Bibl. cath. allem.) rapporte une opinion semblable , et ajoute : « Il est à croire que Moïse, en transportant ce raohu- « ment dans son histoire graphiée littéralement, a conservé le serpent qui , « sur la pierre, était un signe dénotant l'orgueil. » (2e ch. de la Genèse.)
1 Initium omnis peccati est superbia. (Er.cl., X, i5.) — In ipsa (superbia) enim initium snmpsit omnis perditio. (Tob. , IV, 1/4.) -
2 ACROLOGIE.
législateur laissa subsister le serpent protophonétique , pour personnifier l'orgueil, si difficile à peindre, comme tous les êtres intellectuels '.
Cette concordance des deux O initiaux existe dans la seule langue prohellénique2; il demeure évident que les mots ocp-.ç et oyxoç appartiennent à la première langue que les hommes aient parlée.
Des autorités modernes, respectables d'ailleurs, se fondant sur ce que rien d'imparfait n'était sorti de la main de Dieu , ont avancé que le Créateur avait dû doter l'homme d'une langueprimitive complète : les choses ontelles pu se passer ainsi, alorsqu'il estconstant que ce sont les idées qui enfantent et forment le langage? Au commencement du monde, les idées, peu nombreuses, naissaient de sentiments très- simples, de besoins trèsbornés, auxquels suffisait un vocabulaire de quelques mots. Le temps multiplia les idées, et le langage s'accrut en raison de ce développement. Les idées n'ont pas été données à l'homme inglobo, c'eût été de la prescience, une usurpation sur l'avenir. Aujourd'hui même, qui oserait prophétiser le vocabulaire des mots que les idées modernes introduites dans les sciences, les- ails et les mœurs produiront dans le courant même de ce siècle? C'est l'ouvrage successif du temps et non une
1 Voy. Weiller, Hist. et développements de la foi religieuse. Munich, 1812, p. 40-46. — Annales de Théologie. Ulm, 1808, t. II, liv. I, p. 127.
» En hébreu, le mot Orgueil, mNJ , gheoulh, et celui de Serpent, Un3, nah/tasck, ne commencent point par la même lettre; par conséquent ce dernier (le serpent) ne saurait fournir le sigle nécessaire pour rappeler la phonie du nom donné à l'Orgueil.
ACROLOGIE. 3
œuvre complète et instantanée. L'homme fut-il donc imparfait, pour ne posséder ni l'omniscience ni le don de prophétie? Doué des organes nécessaires à sa conservation, à son perfectionnement et à ses autres besoins, le geste lui donna immédiatement les moyens de transmettre sa pensée. Si la voix, suivant l'expression de Diodore de Sicile, était à l'origine sans signification 1, le geste, auquel elle fut associée, détermina sa valeur, tandis que jusque-là elle se bornait à l'onomatopée. Adam reçut du Créateur l'aptitude, le libre arbitre, et non la perfection; sa chute en est la preuve.
Dès l'enfance du monde, on voit les hommes se diviser en deux classes : le vulgaire ou les ignorants, les prêtres ou les savants; mais tous étaient attachés à la tradition : les signes, les images, l'acrologie, qui la transmirent si longtemps, furent délaissés par suite du développement des idées, de la parole et des lettres.
Le respect porté aux traditions s'affaiblit dès que les Grecs se familiarisèrent avec la graphie; leur histoire, dès lors, devint un tissu de fables et de déceptions.
Le Sauveur n'employa jamais la graphie, ses enseignements sublimes furent confiés à la seule tradition.
Les Évangiles, les Actes des apôtres, comme les pratiques chrétiennes, sont essentiellement traditionnels; la graphie ne les fixa sur la matière que postérieurement. La loi civile elle-même ne fut d'abord qu'une tradition, et prit le nom de coutume.
Les gestes françaises, véritables traditions historiques,
1 Tï); çùw,; S'affrinou xai auYxsyBu(i.evTi; outrr];. (Diodore de Sicile, B. H., liv. I.eh. 8.)
4 ACR0L0G1E.
répétées par des chants mnémoniques divers comme les
localités, furent recueillies au xi6 siècle seulement.
La graphie vulgaire tardive ne s'exerça guère que sur les produits de l'imagination, sur les phénomènes de l'esprit, sur tout ce qui flattait les érudits et en faisait une classe privilégiée, plus avide de succès. et de triomphes, que des bienfaisantes maximes traditionnelles.
La tradition consacre tous les droits, et spécialement celui d'hérédité, sans lequel il n'y a pas de civilisation ; et la délégation continuée à travers les siècles en faveur d'une race qui a constitué la patrie parla réunion progressive de ses parties éparses, et par une bienfaisance incessante , forme l'institution la plus respectable qui soit donnée aux hommes: la légitimité, c'est la reconnaissance des peuples envers leurs bienfaiteurs ' ; ici la tradition, c'est la grâce de Dieu. Peutêtre n'est-il pas inutile de faire remarquer qu'entre la grâce de Dieu et le droit divin, il y a une immense différence : le droit divin n'est pas du ressort temporel; il caractérise le chef visible de l'Église, de là son infaillibilité spirituelle.
Les pharisiens étaient entièrement dévoués à leurs traditions proévangéliques, et les scribes D"HSD, supherim, engendrèrent les sophismes et les sophistes.
Les Gaulois et les Francs furent exclusivement tradilionnaires; chez ces derniers, la graphie vulgaire ne prit naissance qu'avec Otfrid au ixe siècle, et mit plus de deux siècles à s'établir. Nous croyons pouvoir ajouter que l'invention de l'imprimerie porta la plus rude atteinte
' Voir l'obélisque de Louqsor, cartouche ihéocratique.
ACR0L0G1E. au respect des traditions; l'empressement qu'on mil à s'initier à la lecture et à l'écriture, fit négliger, puis oublier les vieilles coutumes dactylologiques: tous voulaient « lire dans les livres:» bientôt on ambitionna l'écriture, et le papier se multiplia. À la même époque, le mépris pour les traditions porta des novateurs à protester contre l'autorité de l'Église.
11 y a des ennemis nés de l'expérience des siècles, de l'autorité de l'histoire, du respect envers les ancêtres, de la progression, naturellement lente, de tout ce que le temps fait éclore et développer avec calme, ordre et avantage pour tous : nouveaux Icares, ils n'admettent que ce qui est hostile à toutes les traditions.
L'ancien monde, loin de porter aucun préjudice au moderne, 'lui ouvrait au contraire une source d'utiles enseignements, si la transmission des principes vulgaires et traditionnels se fût faite comme la transmission des travaux de l'esprit et des arts.
Les générations nouvelles ignorent les anciens principes qui avaient favorisé le développement de la société; et pourrhommeinitiéàcespiincipes,l'obélisquedeLouqsor est un antique Moniteur de la plus grande autorité.
La tradition s'établit d'ordinaire dans les localités illustrées par les personnages célèbres, ou parles faits éclalanls, aux lieux mêmes qui en furent le théâtre et presque immédiatement après qu'ils se furent produits: le temps, qui tout détruit et renouvelle, en parcourant sa carrière amène de nouveaux événements, de nouveaux exploits, et l'attrait de la nouveauté force le passé à céder le pas au présent.
6 ACR0L0G1E.
Ainsi nous avons avancé que les originaux de nos chansons de gestes françaises devaient se trouver primitivement dans les traditions des Francs au ixe siècle, et graphiées plus tard dans leur langue vulgaire. Nous apprenons qu'on vient de découvrir le texte en prose rhythmique, théolisque et original de la loi salique (lex (iulica). Malheureusement cette langue vulgaire, dédaignée des savants, reçut des qualifications différentes; on l'appela tour à tour langue franque ou francisque, thyoise ou théolisque, ludesque, bas allemand, etc.; de là, les ténèbres qui enveloppent le berceau de nos origines littéraires.
Le prêtre Conrad a écrit au xne siècle une version allemande de la chanson de Roland, Ruolandes Liet1; l'auteur déclare avoir fait sa traduction sur un texte écrit en langue francisque dans les États héréditaires de Charlemagne :
Ich haize der phaffe Chunrat
Also iz an dem bûche gescribin stat
In Franczischer Zungen ,
So han ich iz in die latine bedwngen ,
Danne in di tutifke gekeret.
Le texte franc ou francisque était composé sans doute des traditions orales et primitives.
Nous ne craignons pas de le répéter, ce genre de production , œuvre de tous, ne peut s'attribuer à un seul auteur; l'homme qui prit soin de réunir les différentes traditions, se fait connaître sous le seul titre qui lui appartienne :
1 Ce texte a été publié par M. Guillaume Grimm, à Gottingue, en i838, in-8°.
ACROLOGIE. 7
« Instaurator ipse se Striclierum appellat '. »
Ce restaurateur des traditions n'est autre que le collecteur des divers chants répétés dans les différentes localités (xaTa, secunduni) selon la notoriété publique 2.
Les collecteurs ont reçu à tort le nom de trouvères; cette dénomination n'appartient qu'aux littérateurs arrivés postérieurement aux traditions.
Plein de respect pour tout ce qui est grand et vénérable, nous appelons de tous nos vœux, non un holocauste des traditions consacrées, mais leur triomphe au contraire, afin que l'alliance de toutes les vérités puisse affermir les convictions morales, et assurer le bonheur commun, conséquence du progrès dans le vrai.
Un grand orateur, un grand philosophe de l'antiquité, appréciait ainsi les spéculations philosophiques :
« Nescio quoinodo nihil tam absurde dici potest, quod non « dicatur ab aliquo philosophorum 3. »
Varron les qualifie encore plus sévèrement :
« Postremo, nemo aegrotus quicquam somniat tam infandum, « quod non aliquis dicat philosophus 4. »
1 Voy. Bibliotheca acromatica , Bibliothecœ vindobonensis. Hannoverae, 1702, in-8", p. i36.
' Les noms des lieux et des choses sont restés théotisques dans les traditions. Ainsi , pour en citer quelques-uns, Anséis signifie grand; Anshelm, grand casque; Baldewin, audacieux; Beringer, courageux ; Brechmunda . taille-fer; Chunrat, hardi; Diepolt , prompt; Durandal, tranche-rocher; Héristal, écurie du seigneur; Chrodolant , Hraodland , Ruolant , qui vibre, qui fait du bruit, fameux.
3 Cicero, de Divinatione, lib. IF, cap. 58.
4 Eumenidibus; apud Nonnium Marcellum , de proprietate serm., lib. I.
8 ACROLOGIE.
On s'en tint pourtant au classique, c'est-à-dire à la littérature, tandis que c'était à la sagesse des nations qu'on devait demander les lumières.
Les germes de la linguistique française ont été déposés dans les chansons traditionnelles du cycle carlovingien. Ils furent méconnus, parce que ces chants avaient été défigurés et travestis postérieurement, et de telle sorte que, depuis peu seulement, on consentit à s'en occuper au point de vue littéraire, c'est-à-dire sans en avoir reconnu la source, le mérite et la portée.
La chanson traditionnelle de Roland n'est pas seulement une belle production : c'est le code pratique le plus religieux, le plus monarchique qui puisse se perpétuer parmi les hommes. On y trouve mieux que les lois de Minos, mieux que la législation de Rome païenne: le respect pour tout ce qui est sacré.
L'intelligence de l'homme a ses limites. Les savants, égarés par l'orgueil et l'esprit de corps, montrent chaque jour la fragilité de leurs arrêts! Fulton, déclaré rêveur par les coryphées de la science officielle, n'en vit pas moins ses pyroscaphes sillonner toutes les mers. Un fameux Provençal recueillit toutes les palmes pour prix de sophismes antifrançais, etc.1. Une récapitulation des erreurs de ce genre serait trop pénible; hâtons-nous d'en accuser la fragilité, l'intermittence et l'insuffisance des connaissances humaines : toute lumière vient de
1 La langue des Coptes prise pour la langue des Pharaons, comme la langue provençale pour la langue de Charlemagne , sont encore des erreurs semi-officielles.
ACROLOGIE. 9
Dieu; les grandes découvertes sont dues à un génie providentiel, bien plus qu'aux déductions de la science. Cette conviction de la lenteur et de l'infirmité dans l'intelligence des hommes tourne au profit des traditions, qui s'établissent et se perpétuent alors seulement qu'elles sont morales et bienfaisantes : la confiance dans les traditions, c'est la foi.
Les évangélistes, les apôtres, les Pères de l'Église, les conciles, le suffrage universel catholique subsistant durant dix-neuf siècles, ne peuvent être ébranlés par les efforts orgueilleux de quelques lettrés qui prétendent faire prévaloir leur intelligence isolée, infirme, versatile et passagère, sur des vérités immuables et consacrées par le concours des lumières accumulées durant des siècles, par les hommes les plus éminents chez les nations les plus avancées en morale.
Quel est l'être assez dégradé pour lever les yeux au ciel, ou les porter sur la terre, et oser nier le Créateur? L'omnipotence surnaturelle admise, où commence la difficulté des miracles?
Les premiers monuments s'élèvent, pour consacrer et perpétuer les immuables principes conservés par la tradition : l'obélisque de Louqsor nous montre la reconnaissance enfantant la religion ; l'autorité dévolue à l'agriculteur, c'est-à-dire à l'homme pouvant nourrir le plus grand nombre d'individus, et l'orgueil, son antagoniste, voulant usurper cette autorité au mépris de la tradition des bienfaits, qui seule peut la légitimer.
10 ACROLOGIE.
« Les traditions sont la racine de la société; malheur au « peuple qui répudie son passé! il commet un suicide. »
La sagesse des Egyptiens est proverbiale dans l'antiquité ';
Les Pharaons étaient fiers de s'intituler fils des sages 2 et nourriciers des peuples;
Les auteurs anciens célèbrent à l'envi la haute science des Égyptiens;
Le législateur du Sinaï était initié à la sagesse, aux sciences et aux arts des Égyptiens 3;
Macrobe appelle l'Egypte, mère des sciences 4, et les Égyptiens, pères des connaissances philosophiques5.
C'est en Egypte que les hommes les plus illustres puisèrent les connaissances par lesquelles ils se sont immortalisés 6.
Par une monstrueuse aberration de l'intelligence humaine, on prétendit plus tard que ce peuple, le plus éclairé de la terre, reconnaissait pour dieux les animaux les plus immondes, les végétaux, les stercoraires.
L'oubli des coutumes acrologiqnes fit prendre le change aux générations suivantes ; on vit dans les objets
1 Et praecedebat sapientia Salomonis, sapientiam omnium Orientalium et JEgyptiorum. Regum,IV, 3o.
2 Isaias, xix, n et 12.
3 Et eruditus est Moïses omni sapientia iEgyptiorum, et evat polens in verbis et operibus suis. (Acta, VII, 2a.)
■• Satuin., lib. I, cap. i5.
5 De Somnio Scipionis, lib. I , cap. 19.
6 Dédale, Mélampe, Pythagore, Homère, Solon , Musée, Démocritc , Apollonius de Tyane, etc. Crclius Rhodigiruis, liv. XVI, ch. 5.
ACROLOGIE. 1 1
représentés pour faire connaître le sigle littéral, l'image des dieux, tandis que ces images rappelaient simplement la phonie initiale d'un nom; eu un mot, on prit l'acrologie pour la théologie '.
Le bon Rollin ne pouvait s'expliquer la superstition grossière qu'on attribue à la plus morale des nations. On entre, dit-il, dans un temple magnifique où brillent de toutes parts l'or et l'argent; les yeux avides y cherchent un Dieu, et n'y rencontrent qu'une cigogne, un singe, un chat et un bouc. (Lucian, Imag., § n.) a.
Notre savant ajoute une meilleure raison : « On dit que ce n'était pas à ces animaux , mais aux dieux dont ils étaient les symboles, que se terminait ce culte 3. » Changez symbole en acrologie, et le mot de l'énigme est trouvé.
L'hiéroglyphie, comme la dactylologie, se compose de sigles acrologiques : ce fut la loi primitive de la transmission des idées. Les figures étaient choisies de préférence dans l'ordre des idées qu'il s'agissait de transmettre.
Les modernes n'ayant aucune notion sur ce procédé 4,
1 Fut-on plus heureux lorsque les inventions mnémoniques firent croire à une mythologie positive? Voir Dactylologie, ch. vm, p. 137.
2 Opvi;, Osiris : IcAXoç, Isis : AiXoupo;, Anubis : Aprjv, etc. — L'antique principe prescrivait aux hommes de respecter dans tous les animaux la vie qu'ils tenaient du Créateur; on les honorait après leur mort par respect pour le dieu que leur acrologie avait été chargée de représenter.
3 Œuvres complètes de Rollin; Paris, 1821, in-8", t. I, p. 65.
<1 Voir Complément du Dictionnaire de l'Académie, au mot Acrologie , p. 14, col. 3.
12 ACROLOGIE.
ont pris pour des dieux égyptiens les figures acrologiques d'animaux placés sur les épaules des personnages; prenant l'objet matériel au lieu de sa prolophonie, ils firent descendre le peuple le plus avancé en morale au plus bas de l'échelle des êtres, et virent en eux de méprisables idolâtres adorant les plus viles créatures.
On trouve sur la tële des trois grands dieux égyptiens les objets suivants :
OS I Kl S.