‹ Lecture pour tous [microforme]Chapitre 28 sur 38 · CXXXI HOMMES DU NORD ONT OCCUPÉ CE PAYS AVEC THORFINN · texte numérisé non relu

CXXXI HOMMES DU NORD ONT OCCUPÉ CE PAYS AVEC THORFINN

‘ Quant aux figures cryptographiques, il ‘est difficile d’en saisir le sens exact, ainsi ‘ que l’avoue le savant Magnusen. On y ‘ voit cependant assez distinctement une ‘* femme et un petit enfant accompagné du ‘ rune s0/ (knèsol), première lettre du nom ‘‘ de Snorre, dans lesquels on reconnait ‘ aisément Gudrida et son fils On y voit ‘aussi deux personnages qui semblent ‘ combattre et un animal qui court : les ‘ personnages peuvent ètre Thorfinn et ‘ Snorre Thorbrandson ; l'animal est le “ taureau dont la sortie eut desi fâcheuses ‘* conséquences.

* Le fkau affecte la forme d'un P dont la ligne verticale serait un peu allongée du haut,

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‘ De la grossièreté de la partie iconogra- ‘ phique et idéographique de cette inscrip- ‘tion, on n’en peut rien conclure, Il en est ‘ comme des figures héraldiques et des ‘ hiéroglyphes de l'Egypte et du Mexique :

‘ leurs formes sont consacrées par des rites ‘et s'imposent rigoureusement à l'artiste.

‘ En tout cas, le roc de Laghton a révélé ‘‘ une partie assez notable de son secret ‘‘ pour qu'on ne puisse plus mettre en 66 ‘ ñ ç + 4 \vor

doute la présence, sur le Taunton River, ‘ tout au commencement du XIe siècle, de ‘ Thorfinn Karlsefn et des Normands.”

Après avoir exécuté cette inscriplion, Thorfinn partit avec un chargement de boiset se rendit d'abord dans leStraumfiord, où l’on croit qu'il avait laissé une petite colonie. De là il se dirigea versle sud, avec une partie seulement de ses hommes, dans le but d'explorer le pays. Il est tout proba ble qu’il remonta le Potomac. A son retour, il tenta une excursion au nord, pour retrouver Thorhall ; longea les Furdustrandir, atteignit le cap Cod, et jeta l'ancre, un peu

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à l'ouest, à l'embouchure d'une rivière, Il ne put découvrir les traces de son compagnon,

A cet endroit du iscit, l'auteur de la saga deThorfinn rapporte qu'un des explorateurs sut tué sur cette rivière par un unipède ou monocôle (n'ayant qu'une jambe). ‘ Nos i hommes, c'est la vérité pure, ont pour- * suivi sur le rivage un monocôle; mais, * d'une course rapide, cet homme merveil- * leux s’est dirigé vers la mer : Entends-tu,.. ‘* Karisefn?” Et il ajoute qu'après cette apparition, Thorfinn s'empressa de revenir dans le Straumfiord.

Il ne faudrait pas être trop sévère pour l’auteur de ce récit, véritable conte drôlatique. Rappelons-nous qu'Hérodote, avec toute sa science, admettait l'existence des monophtalmes, hommes n'ayant qu'un œil, et que Jacques Cartier tui:môme parle de canadiens unipèdes et de gens plus singuliers encore (Bref récitet succincte narration de la Navigation faite en MDXXXV et MDXXXVI par le capitaine Jacques Cartier aux Iles de Canada, Hochelaga, Saguenay et autres. Paris, Tross, 1863, fol. 40). Si, au seizième siècle, ces fables burlesques étaient accueillies

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par les hommes sér'eux, à plus forte raison s'explique-t-on qu'elles aient trouvé place dans les chants islandais du onzième siècle.

Revenu dans le Straumfiord, Thorfinn se félicita d'une expédition qui lui avait permis de constater que les terres du Nord formaient un mème continent avec le Vinland ; cette découverte donnerait à l'avenir plus d'assurance aux marins qui visiteraient ces parages.

Il s'embarqua pour le Groënland au printemps suivant. Il toucha en passant au Markland, où il s'empara de deuxenfants esquimaux, qu'il fit baptiser plus tard après leur avoir appris la langue du Nord. ‘ Ces enfants leur dirent qu'il y avait, au delà de leur pays, une contrée habitée par des hommes vêtus de blanc qui parlaient trèsfort et portaient des morceaux d'étoffe fixés à de longues perches.” On pense qu'il s’agissait de l’Irland-it-Mikla, ou Grande-Irlande, c'est-à-dire, selon Rafn, la Floride, la Géorgie, les Carolines et la Virginie d’aujourd’hui.—Nous parlerons plus loin des expéditions des Irlandais dans ces régions.

Thorfnn eut une heureuse traversée, et se rendit en Norvége pour vendre ses bois

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américains. On le recut partout avec les plus grands honneurs. En 1016 il s'établit en Irlande, à Glaumbæ, où il passa le reste de ses jours.

Biarne mit à la voile quelques jours après le départ de Thorfinn; mais il ne revit pas les côtes du Groënland. Son navire fut attaqué par le taret, espèce de mollusque vermiforme, qui en perfora la coque d’une manière irrémédiable. Un bateau de sauvetage pouvant contenir la moit'é de l’équipage fut mis à Ja mer, et l'on tira au sort à qui devrait y descendre. Biarne fut de ces derniers. Mais alors se passa une scène caractéristique.

Il allait s'éloigner avec ce bateau, lorsqu'un jeune islandais que le sort n'avait point favorisé, lui dit: “ Biarn, est-ce que “© tu vas me laisser ici ?—Ilm'est impossible ‘* de faire autrement.-—Ce n'est pas ce que ‘tu me promis quanu je partis avec toi de ‘ l'Islande, de la maison de mon père.—Je ‘ne vois pas comment remédier à cela; ‘* toi, vois-tu un moyen ?—Oui, et un bien ‘ simple: viens ici à ma place et j'irai à la “ tienne.—Soit, répon& Biarn, car je maper- ‘‘ cois que tu tiens beaucoup à la vie et que ‘* l'approche de la mort t'épouvante.” Il

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donne alors sa place au jeune homme, et le navire ne tarde pas à disparaitre dans les Hots.

Quelques années après Ia mort de Thor finn, sa veuve, Gudrida, fit un pelerimage à Rome. On ne peut présumer qu'elle ait gardé le silence sur ses voyages, et Rome dut s'intéresser vivement à des découvertes qui pouvaient étendre si loin le domaine de l'Eglise. Cependant il ne reste dans Phistoire aucun vestige des récits qu'elle à pu faire. De retour en Islande, elle entra dans un couvent construit à sa demande par son fils; elle v mourut simple religieuse.

Dansla descendance de Thorfinn Karlsefn et de Gudrida, on compte trois évêques, plusieurs princes islandais, l'historien Snorre Sturlesons, et Magnus Stephensen, juge supérieur de lIslande, mort en 1835.

Nous touchons au terme des récits qui nous restent des expéditions scandinaves en Amérique au XIe siècle. En 1012, Thorvard, avec sa femme Freydisa, sœur de Leif, qui avaient fait partie de la premiere colonie de Thorfinn, et deux islandais, Helge et Finnborge, entreprirent une expé-

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dition commune au Vinland. Ils arrivèrent heureusement à Leifsbudir. Mais Freydisa était une de ces femmes maudites pour qui le crime semble être un besoin : à force de mensonges et de calomnies, elle persuada à son mari de s'emparer des deux chefs islandais ; elle les fit égorger aussitôt ; puis elle tua de sa propre main les cinq femmes qui se trouvaient dans leur bande.

Elle retourna au Groënland avec son mari l’année suivante.

A l'extrémité de Fall-River, dans le Mas.

sachussetts, à l'endroit même où se trouvait Leifshudir, on a trouvé, en 1831, dans un banc de sable, plusieurs squelettes, divers instruments, des parures en bronze et des fers de lance. Ces objets sont semblables à ceux d’origine scandinave découverts antérieurement dans le Groënland et l'Islande :

il se peut donc que ces squelettes soient ceux des victimes de Freydisa. Cependant la Société royale des Antiquaires du Nord à fait une restriction quant aux objets trouvés sur l’un des squelettes, et a suspendu sa décision.

En 1051, Hervador, que les sagas désignent comme un colon du Vinland,

remonta le Potomac, jusqu'à cinq lieues environ au-dessus du site actuel de Washington, où il fut attaqué par les Esquimaux. Une des femmes qui l’accompagnaient tomba à ses côtés. On l’enterra près d’un rocher sur lequel fut gravée une inscription dont Gaffarel donne la traduction suivante :

Ici repose Syasi la Blonde, De l'Islande Orientale, Veuve de Koldr, Sœur de Thorgr par son pire.

Agée de vingt-cinq ans.

Que Dieu lui fasse gräce.

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