‹ Lecture pour tous [microforme]Chapitre 5 sur 38 · ET · texte numérisé non relu

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manieres et du caractère; cependant, la conformité de leur langage et les lignes principales de leur physionomie accusent la même origine; ils sont parents, cela se voit. Mais peut-on faire de telles comparai.

sons entre le Français et l'Anglais ? Certes,

je ne vois rien de plus différent d’un Anglais

qu'un Francais. Celui-là est flegmatique, celui-ci vif et enthousiaste; l’un s’abime dans le spleen, l'autre est fou de gaieté ; le premier pour une offense va devant les trihunaux, et le second va sur le terrain; Anglais défend sa bourse, le Français son idée, Enfin, leurs caractères n’ont aucun point de contact, et ils ont chacun leur originalité propre qui les rend les deux ètres les plus dissemblables de la création.

Le Français est essentiellement sociable et parleur ; s'il ne rencontre personne à qui communiquer ce qu'il pense, il maigrit à vue d'œil; tandis que PAnglais, lui, vous parle, ma foi! lorsque vous lui avez été présenté. Vous connaissez cette anecdote de l'enfant d’'Albion qui, du haut d’un pont, voyant une femme tomber à l’eau et se noyer, se disait à lui-même : Quel malheur que je n’eusse pas été présenté à cette personne, j'aurais pu la sauver !

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Je me rappelle d'avoir diné à Londres.

en 1868, avec trois Français qui arrivaient!

dans la grande cité au mème instant. [ls ne se connaissaient pas. En se mettant à table, ils se saluent et engagent tout de suite la conversation, racontent à tour de rôle leur traversée, parlent politique.

finances, comparent le climat de Londres avec celui de Paris, et finissent par discuter le prix des asperges dans cette dernière ville—On les a, dit l'un, pour un franc vingt-cinq la botte.—Pardon, dit l'autre, pas moins d’un franc cinquante.—Pardon vous:

mèême.—Allons-donc :—Comment! j'en sais quelque chose.—Et moi donc !:— Vous! vous n'êtes pas même de Paris, cela se voit du premier coup d'œil.

La discussion, ainsi partie, prit un train furieux. Ces messieurs s'emportent, crient à tue-tête, gesticulent, et moi, tout étonné, je me demandais comment les asperges pouvaient causer tant de colère dans l'âme des Français. Je me trompais. Ils n'étaient pas du tout fâchés ; ils s'étaient seulement un peu animés, comme on fait entre amis d'enfance. Mais ils se vovaient pour 1:

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Voilà Le caractere francais, prompt, Hant.

communuicatif, franc et jovial Comment voulez-vous qu'avec ces qualités ou ces défauts qu'ils avaient apportés de France, les Canadiens aient été bien empressés, après la cession, de se mêler à la population anglo-saxonne qui devenait maitresse du pays? Tout les éloignait d'elle. leursmæurs.

leurs habitudes de vie, leurs notions de commerce social, leur langue surtout, cette belle langue si difficile, mais si chere à ceux qui la possedent.

La langue francaise, c'est un diamant d'un prix inestimable : c'est une œuvre d'art travaillée par les siecles, d'une beauté à nulle autre pareille. Tout le monde l’admire, elle charme tout le monde, bien qu'elle ne livre ses secrets qu'à un petit nombre : il faut être amoureux d'elle, l'aimer beaucoup. lui faire longtemps ia cour, et elle ne se donne qu'à celui qui sait la vaincre par un labeur persévérant et une longue constance ; mais quels trésors elle révèle à ses favoris ! Sa délicatesse exquise ravit l'intelligence: elle est tout amour et tout gaieté, pleine de noblesse et d'enthousiasme, accessible aux sciences comme à la

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fantaisie, & toutes les hautes pensées comme itous les sentiments dignes ; elle comprend votre cœur et seconde votre esprit. Si vous la possédez, rien ne vous décidera jamais à v renoncer; vous la garderez comme votre moilleur bien.

Il en fut ainsi de nous. La langue fran- “aise est un héritage sacré que nous nous sommes transmis de génération en génération, intact et sans souillure, et lorsque nous discourons sur le bon vieux temps, lorsque nous nous entretenons de la France, c'est dans sa propre langue que nous Île faisons.

Je dois admettre que nous parles aussi ‘anglais. Notre excuse estqu'il ne peutètre inal de savoir plus d'un idiome, et que, pour nous, c’est une nécessité. De la sorte, nous pratiquons une partie des théories de Charles-Quint, qui disait qu'on devait parler l'italien aux oiseaux, l'allemand aux chevaux et aux chiens, l'anglais aux hommes, le français aux femmes, l'espagnol à Dieu.

Nous ne savons pas toutes ces langues ; nous ne parlons ni l'allemand aux chiens, ni l'espagnol à Dieu, et nous ne chantons que rarement l'italien aux oiseaux. Mais il

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est assez Vrai que nous parlons l'anglais aux hommes: c'estle langages des affaires.

des comptoirs. Et avec vous, mesdames.

nous cultivons le francais, Sans vous langlais serait maître absolu du terrain: j'en conclus que c'est grâce à vous que notre langue est vivante et prospere, On assure.

du reste, que vous la maintenez toujours en pleine activité dans vos cercles,

Vous m'en voudriez sans doute, mes.

dames, de pousser la galanterie jusqu'à vous attribuer exclusivement un mérite que d'autres partagent avec vous: soyons

«donc juste avant tout et rendons à chacun

ce qui lui appartient. D'abord, le clergé, en

| faisant de la langue francaise la base prin- :cipale de son enseignement dans les col-

léges où s'instruit la jeunesse, l'a empèchée de tomber en désuétude ou en décadence, et, en préchant l'évangile en francais, il uous à habitués à identifier notre langue avec nos croyances religieuses. L'imporlance de ce fait n'échappe à personne.

Nous savons ensuite que nos hommes

d'état ont eu de tout temps le courage de revendiquer dans nos assemblées législa-

tives les droits de la langue francaise, En

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