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la faisant reconnaitre dans les actes otliciels, ils lui ont donné l'existence publique.
Nous devons beaucoup aussi à notre littérature indigène. Bien qu'elle ne soit pas très-considérable, elle a contribué à raffermir notre idiome et à l'incorporer, pour ainsi dire, dans les traditions du passé. Les lettres sont les archives d’une nation, et comme elles se maintiennent au-dessus des sphères orageuses de la politique, elles demeurent toujours l'arche de refuge, l'entrepôt des traditions ct des idées dont le peuple s'est nourri et qu'il aime d'instinct à retrouver pour s'en nourrir encore. Tel est le privilége des lettres, et ce qui en fait un grand moyen de conservation nationale.
Elles répondent au besoin que ressent tout peuple civilisé de lire et de trouver dans les livres le tableau de sa vie intime, l'expression de ses aspirations, le récit de ce qu'ilaaccompli. Le peuple doit pouvoir, en quelque sorte, se mirer dans deslivres écrits pour lui. Nous sommes assez riches sous ce rapport. Garneau et Ferland ont raconté notre histoire: Crémazie, Fréchette et d'autres nous ont fait une poésie nationalr, etplusieurs auteurs ont publié des ouvrages
ciels,
re litit pas ‘afferpour é, Les on, el us des elles », l'enont le istinct e. Tel en fait onale.
it tout * dans +. l’exde ce ir, en écrits s SOUS aconté tte et onaln, ‘rages
agréables et utiles qui peuvent soutenir la comparaison avec les productions de la littérature légère des autres pays. Parmi ceux-ci on trouve au premier rang l'auteur” de Jacques et Marie.
Et puis, permettez-moi de le’dire, les journaux ont beaucoup fait pour entretenir la langue francaise toujours vivace au Canada, car en parlant au peuple de ses affaires en francais, ils ont doté le français d'un intérèt, d'une importance égale à celle que le peuple attache à ses affaires imèêmes. Si l’on interroge le passé, on verra que des journalistes comme MM. Bédard, Etienne Parent, Duvernar père, n'ont pas été des hommes inutiles à la patrie.
Enfin la famille canadienne-francaise tout entiere a montré toujours et partout qu'elle aimait sa langue. Il v à eu des négligences et des défections, mais, à votre honneur. messieurs les Artisans, on constate que ce n’est pas dans vos rangs qu'il s'en rencontre le plus. On vous reproche d'avoir adopté trop de termes anglais pour nommer les choses de votre métier: vous
* M, Napoléon Bourassa, alors président de l'Institut.
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pouvez répondre en demandant que Fon vous apprenne les termes français, el en offrant de comparer votre langage avec celui de toute autre classe de notre société. Vous apprenez l'anglais parce qu'il vous est ntile, vous n'en faites pas une vaine parade ; vous n'ètes pas de ceux qui ne tendent qu'à imiter les manières des autres ; vos femmes et vos filles n'ont pas versé une seule larme au départ des chefs des bataillons anglais ; en un mot, vous ne cherchez pas du tout à vous anglifier. On ne pourrait pas écrire Je mème dioge indistinctement à l'adresse de tous nos compatriotes de cette ville,
Je ne voudrais point pousser celle eri-
lique au-delà des justes limites. Nous !
sommes tous attachés à l'idiome que la France nous à légué, et cet attachement est inhérent à notre nationalité, car rien ne reflète mieux le caractère français que langue francaise elle-même. Le langage, en effet, est un instrnment que chacun manie selon les aptitudes de son esprit :
“est encore un vêtement qui prend les
formes de la pensée et en laisse voir la M taille et les contours. Un homme positif. M calculateur, n'aura pas une phraséologie 8
l'on et el avee ciéte.
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Nous !
que la ent est vien ne que Hi angage, chacun espril : end les vol la
posili f. à
imagée, tandis que le poëte ne parviendrai:
jamais à s'exprimer sil était restreint au vocabulaire d'un homme de chiffres.
Mais si la parole traduit le caractere, il n'en est pas moins certain qu'elle à son charme et ses qualités intrinsèques, et qu'elle peut l'orner, le rehausser, le faire ressortir brillamment; elle sert dans tous les cas à le perpétuer, parce qu'elle le fixe, pour ainsi dire, sur le papier au moyen de l'impression. Si donc nous sommes restés Francais, une des causes en est sans doute que le caractère français est l'antipode du caractère anglais, qu'il se suffit à lui-même, qu'il n'a pas besoin d'aller chercher des modeles à l'étranger, qu'il est énergiquement tranché et tout-à-fait original, et que, par conséquent, loin de désirer en emprunter un nouveau, nous avons dû avoir une répulsion naturelle pour tout autre ; mais c'est aussi parce que nous par:
lions une langue magnifique qui seule pouvait s'adapter à ce caractère et dont nous savions apprécier les richesses incomparables. Ennobli par la langue, l'élément français s’enracine dans les individus ; on reste français parce qu'il y a du bonheur à
parler le français.
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AR. ee Cela est affaire de goût; voyons nos 4 motifs de raison. ï III 4 à >assant à un autre ordre d'idées, si l’on .
examine un peu notre position sur ce Con- e tinent, on comprendra d’une maniere encore ‘4 plus claire pourquoi les Français du Canada 4 | ont voulu avec tant d'énergie demeurer une À | race distincte et autonome. 4 | Le jour où le drapeau fleurdelisé retra- L l versa les mers et fut remplacé sur le cap de L À | Québec par les couleurs britanniques, ce fut j. | un grand deuil pour les habitants de la ‘ Nouvelle-France. Un bon nombre d’entre ‘ eux, pour ne pas subir ce changement, 4 nl quittèrent ce pays que la mère-patrie, gou- M vernée par une courtisane, ne voulait plus 4 et garder. Abandonnés à leurs propres forces 4 de dans un complet isolement, ceux qui res. M tèrent se trouvaient dans une position sin- | gulièrement critique. Régis par un pouvoir \ de hostile, qu’alläient-ils devenir? Quelleligne M ‘| de conduite devaient-ils suivre? Devaient- M . ils abdiquer tout-à-fait, recevoir le vain. M ‘V queur à bras ouverts et s’assimiler à lui? ll di sel
Nos pères crurent qu'il y aurait eu là de leur part une lâcheté, et ils se dirent: Le sol nous appartient, tenons ferme; nous sommes des Français, ne cessons pas de l'être; soyons soumis à l'Angleterre, mais n'oublions pas la France!
Cette attitude ne leur était pas dictée simplement par leurs préférences bien naturelles et légitimes, mais aussi par une raison politique très-saine et très-éclairée. Ils comprirent que s'ils sacrifiaient leur nationalité, ils renoncçaient en mème temps à toute mission sur ce continent, et que pour être quelque chose, pour représenter quelque chose ici, ils devaient continuer d'être Français. Devenir Anglais, c'était se mettre à la remorque des colonies voisines ; rester Français, c'était fonder urie nation et devenir les mandataires de la France et de l'Eglise Catholique.
Cette pensée est évidente dans notre histoire ; elle en est l’âme, le fait dominant, et elle s’est perpétuée jusqu'à nous. Nous comprenons tous que nous ne pouvons avoir d'influence en Amérique qu'à la condition de personnifier l’idée française. Que serions-nous si nous devenions Anglais ?
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Qu'est-ce que représente ici l'idée anglaise ? La monarchie, la liberté, et le protestan- Lisme qui pour nous est synonyme d'erreur.
La liberté ! mais elle règne sans conteste sur tout le continent; ce n'est pas d'elle que nous recevrons une mission spéciale, car elle n'a pas besoin d'apôtres là où elle n'a point de conversions à opérer. La monarchie ! mais elle n’est qu'un détail:
elle est une des formes de la liberté, elle n'est pas la liberté même; et du moment où la liberté existe dans l’ordre, un peuple ne saurait se donner pour tâche nationale de la revêtir des livrées monarchiques plutôt que de Fhabit républicain: cela n'en vaut pas la peine et n'est point digne du travail unique de tout un pays.
L’Anglais n’est donc pas, sur ce continent, une personnalité politique originale, dans le sens absolu du mot, surtout ‘si le pays où il vit cessait d'être colonie pour devenir indépendant; il est seulement un membre de la grande famille saxonne qui domine en Amérique. Devenons un pays indépendant et soyons Anglais, que seronsnous alors, sinon des Américains monarchiques ? Croit-on, en vérité, que celte
qualité nous permettra d'être longtemps un peuple distinct des autres'peuples d'Amérique ?
Etre francais, au contraire, c'est faire souche et fonder une famille nouvelle, c'est représenter la France et Ie Catholicisme. la France! noble pays qui marche à la tête de la civilisation et qu'une pensée généreuse n'a jamais trouvé indifférent ; la France! fille ainée de ce Catholicisme qui est la vérité religieuse. Quelle position pour nous, digne du respect du monde et qui donne à notre existence un but siélevé!
Quelle mission que celle de continuer de ce côté-ci des mers le rôle de la France en Europe ! Répandre au loin les richesses intellectuelles dont notre langue nous met en possession, propager les fécondes notions de politique renfermées dans les ouvrages de Bossuet, Fénélon, De Maistre, Benjamin Constant, Royer-Collard, Montalembert, Prévost-Paradol, faire connaître cette brillante et substantielle littérature qui va de Racine à Victor Hugo et de Massillon au Père Félix, prècher cette philosophie spiri-. tualiste des Descartes, des Malebranche et des Ventura, produire des prêtres par cen-
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taines et les envoyer porter la bonne nouvelle dans les riches cités des Etats-Unis comme dans les plaines glacées de la Rivière-Rouge, donner des religieuses à toutes les peuplades, construire des hôpitaux où ces saintes femmes exercent leur dévouement, former des séminaires où la jeunesse recoit le pain ferme de l'éducation classique et religieuse, voilà, certes! une œuvre digne d'un peuple qui croit en Dieu et qui veut laisser sa marque sur ce globe terrestre.
Cette mission est la nôtre, c’est celle que nos pères avaient entrevue. N'était-elle pas. je vous le demande, assez enviable, assez séduisante, pour entrainer sous un même | drapeau des hommes déjà unis par l'amour | de la patrie absente, et les décider à se lier entre eux pour la remplir en restant fidèles aux principes qu'elle présuppose ? Oui, Pambition de jouer un rôle si important dans l’histoire d'Amérique a guidé les y Canadiens, après la cession comme avant, et les a fait jurer de toujours garder le souvenir de la France, de toujours entretenir avec elle un commerce d'idées et des relaons intellectuelles. Lorsque Jacques-Car-
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