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tier entra dans la Baie de Gaspé et mit le pied pour la première fois sur le sol canadien, son premier acte fut de planter une croix, et son second d'écrire sur cette croix ces mots : Vive France ! De ce jour le Canada est devenu le représentant de la France et le fils ainé de Eglise en Amérique. Le temps n’a fait que consacrer notre double dignité, et le sentiment profond que nous avons toujours eu de l’éminence de la mission qu'elle nous impose nous a préservés de ce qui aurait pu la compromettre.
C'est par cette fidélité à nos traditions que nous avonsassuré notre avenir. Voyez la Louisiane. Pour une raison ou pour une autre, la population française de cet état n’a point conservé sa nationalité, et qu'estelle aujourd’hui ? Elle a produit des individualités marquantes, sans doute; mais, comme groupe national, elle n’a aucune influence, elle s’est affaissée sur elle-même. Pourquoi? sinon parce qu’elle n’a pas main tenu les liens qui l’unissaient à la France.
Notre destinée est toute différente. Nous avons dans cette immense Confédération canadienne qui s'étend d’un océan à l’autre, une influence considérable et souvent pré-
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pondérante comme corps, non pas seulement comme individus. Le nom de là France a fait notre prestige et notre force : ceux mêmes qui ne s’en rendraient pas compte d’une manière raisonnée en sont avertis par les sympathies qu’ils éprouvent tout spontanément pour la France dans la terrible crise qu’elle traverse aujourd'hui.
N'en doutez pas, l’intérèt est pour quelque chose dans nos sympathies ; nous sentons bien que si la France est vaincue, nonseulement la civilisation et l'Eglise en souffriront, mais que le Canada français aura perdu son principal point d'appui.
Il faut reconnaître que le clergé nous à toujours soutenus dans notre voie. Les ministres du culte, comprenant que nous pourrions servir à la diffusion de la vérité évangélique surtout en étant Français, se sont voués avec d'autant plus de courage au service de notre nationalité en même temps qu'au service des autels. Leurs colléges ont été les foyers de la nationalité canadienne, comme les monastères étaient dans le moyen-âge le refuge des lettres et des sciences, et nous devons admettre qu'un clergé parfaitement orga-
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nisé, composé d'hommes instruits, patriotes et populaires, a dû contribuer pour une large part à nous faire sortir victorieux des luttes que nous avons eues à soutenir.
Aussi l'histoire nous dit-elle que Mgr. Laval et Mgr. Plessis étaient de grands évêques, mais de plus de grands citoyens.
Ce sera la gloire du corps clérical en ce pays d’avoir identifié la religion avec nos intérêts nationaux. Nous devons à cette heureuse alliance de ne point voir ici cet antagonisme entre le clergé et le peuple, cause de tant de désastres en Europe. Lorsque nous disons ‘‘ le peuple,” nous comprenons les prêtres sous cette appellation générale ; les prêtres et le peuple ne font qu'un au Canada : c’est notre bonheur et à la fois notre récompense des luttes généreuses du passé.
Ainsi donc, mesdames et messieurs, obéissant, d'une part, à cette prédilection naturelle qui fait aimer la nation dont on descend, et à cet instinct individuel qui sépare ceux qui diffèrent par l'éducation, la langue et le caractère. et, d'autre part, soutenus par l'ambition noble de jouer un rôle particulier en Amérique, nos pères
ont voulu rester Français et profiter, pour y arriver, de toutes les libertés que leur a octroyées l’Angleterre. Les mêmes raisons inspirent à leurs fils la même volonté ferme.
Cette volonté est invincible, car elle vient du cœur du peuple. Ge que le peuple veut, il le peut. Notre passé le prouve. Nous avons traversé des époques moins calmes que le temps présent ; il fut un jour où des fanatiques nous ont attaqués en face, mais vous savez qu'ils ont appris à leurs dépens s’il est facile de changer le sang qui coule dans les veines d’une nation virile. Notre | triomphe a été complet : nous le devons à notre énergie, à la conception claire que nous avons toujours eue de nos destinées, et à l’heureuse chance d’avoir été servis par des hommes comme Bédard, Papineau, Lafontaine, Morin, et tant d’autres.
Et si quelqu'un veut savoir maintenant jusqu’à quel point nous sommes Français.
je lui dirai : Allez dans les villes, allez dans } les campagnes, adressez-vous au plus humble d’entre nous, et racontez-lui les péripéties de cette lutte gigantesque qui fixe l'attention du monde; annoncez-lui que la France à été vaincue, puis mettez la
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main sur sa poitrine, et dites-moi ce qui peut faire battre son cœur aussi fort, si ce n’est l'amour de la patrie.
Oui,'la France est encore notre patrie.
Nous le sentons vivement aujourd’hui qu’elle traverse la plusterrible desépreuves, Vraiment, nous ignorions peut-être nousmêmes la force de notre affection pour la France, et nous ne savions pas que ses défaites pourraient nous attrister à ce point ; on dirait que chaque revers de ses armes nous atteint dans nos personnes ; ses dou.
leurs sont nos douleurs, et Dieu sait avec quelle impatience nous attendons le jour de son triomphe pour chanter l'hymne d’allégresse, jour qui certainement, je le crois pour ma part, luira bientôt, quelles que soient les apparences du moment. *
Montréal, le 14 octobre 1870.
* Vœux inutiles, et quelle illusion ! Que de fois, à l'instar des Zrançais de France, nous avons mené Trochu à la victoire et délivré Paris !