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Lecture prononcée par l'Hon. A.N. Morin [microforme]

DE L'ÉDUCATION ÉLÉMENTAIRE DANS LE BAS- CANADA ; CE QU'ELLE EST ET CE QU'ELLE DEVRAIT ÊTRE.

C’est à votre pressante sollicitation seulement, Messieurs de l’Institut Canadien, que j'ai pu me résoudre à paraître devant vous et devant d’autres de mes concitoyens avec cet essai. Mes occupations ne m’ont permis d'y donner que de courts moments de travail, et l’on sait d’ailleurs qu'une infirmité physique, m’empêche de mettre par écrit des notes suffisantes pour suppléer à ma mémoire. Ce sont là, j'espère, autant de motifs d’indulgence à mon égard. Je ne puis oublier pourtant que ceux à qui je m’adresse principalement, et que je pourrais appeler mes jeunes maîtres, en savent plus que moi sur tous les sujets entre lesquels il m'était libre de choisir. Oui messieurs, plus rapprochés de l’époque de

vos premières études, eyant plus de moyens

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d'apprendre que nous n’en avions de mot temps, vous avez dévoué conscientieusement vos loisirs à la recherche de tout ce qui est bien et bon ; vous recueillez la riche moisson due à vos travaux, utiles à vous-mêmes et

aux autres; ceux que vous êtes ainsi appelés

à surpasser n’en seront pas jaloux. Pour moi, si avantage de vous avoir précédé quelque peu dans la vie m’a donné l’occasion de me trouver aujourd’hui au milieu de vous, et de vous avoir vus déjà associer mon nom aux vôtres, c’est un honneur que je sais apprécier si je n’y puis répondre autrement.

Le sujet de l'éducation, dont j’ai entrepris d'exposer une partie minime, comprendrait dans sa généralité toute la science des choses, et toute celle de l’homme ; un abrégé universel de toutes les connaissances humaines, avec l’exposé de leur application dans toutes les circonstances possibles, le tout coordonné et dirigé vers la fin morale de l’homme au moyen de toute une philosophie. Ce n’est pas vers un but si haut que j’ai tendu en préparant ces lignes. J’aurais dû plutôt dire que je parlerais de l’Enstruction, c’est-à-dire des moyens de s’instruire soi-même et de communiquer avec les autres, que l’on acquiert ordinairement par les livres dans les écoles

publiques ou privées. En me bornant à la partie élémentaire de mon sujet, j’ai du moins commencé par le besoin principal du peuple, et par ce qui est d’une nécessité absolue, les écoles communes, indépendamment de nos institutions supérieures d'éducation, qui laissent peu à renrenüre ou à conseiller. Arrivé jusqu’au seuil de nos colléges franco-canadiens, je m’arrêterai là avec respect, croyant avoir rempli ma tâche, félicitant mes compatriotes de même origine de ce-qu’ils possèdent d’aussi belles institutions nationales, félicitant aussi mes compatriotes parlant la langue anglaise de la haute volée qu’ont prise dès le début, les institutions récentes connues sous le nom de Lycées on High Schools.

Il serait à désirer que ce fût en effet une éducation et non une instruction simplement qu’on reçut dans la jeunesse, qu’il y eût des établissemens qui,prenant homme dans l’enfance, le rendissent tout formé à la société, propre à divers états, ou du moins à certaines spécialités ; comme chez les Egyptiens, dans les écoles de la Grèce, etc. Notre état social, les nombreuses carrières qu’on y exploite, les besoins variés qui exigent des connaïissances diverses, s’y opposent. Et encore plus, le dirai-je, la multiplicité et la versatilité de nos

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croyances religieuses et politiques, le défaut d’homogénéité des peuples et qui font que l’homme n’a pas foi dans l’homme, que les liens qui rattachent les sociétés sont plutôt d’intérêt et de calcul que de croyance. En faisant ces comparaisons, je ne prétends pas certes déprécier lesgraves études et ies connaissances positives des temps modernes au profit de la philosophie et des mystères antiques, par suite desquels l’homme cbéissait aveuglément à ce qu’on lui-dictait et à ce qu’il trouvait établi. Aujourd’hui l’on se rend raison de tout, et la comparaison si on voulait la faire, serait au profit des temps modernes. Mais ma proposition n’en est pas moins vraie, qu’ n'existe pas dans les institutions de notre civilisation moderne, de moyens de rendre Phomme dans son jeune âge ce qu’il doit être dans un âge plus avancé, quelle que soit sa position dans la vie. Quelques gouvernemens, comme celuï de Prusse, y ont essayé par une coërcition quelque peu spartiate, mais cette tentative échoue encore devant les craintes gouvernementales, et encore plus devant le protéisme de nos idées religieuses politiques et morales ; on est obligé d’élaguer tout ce qui y tient, et de faire par là même de l’éducation un squelette sans vie et sans couleur, et l’on se

convainc qu’il faut des heures et des jours passés ailleurs qu’à l’école pour faire d’un enfant presque réduit aux forces matérielles un membre éclairé et utile dans la société.

C’est aussi le défaut trop évident de toutes nos éducations canadiennes, comme c’est celui de léducation dans les deux pays dont nous tirons notre origine, la France et l’Anægleterre. De là sont venues des contentions Aombreuses, chaque grande institution, chaquè parti, voulant arracher pour soi l’enfance toute entière, la façonner à l’exclusion de tous les autres, arguant, posant de chaque côté des bases vraies lorsqu’on ne les applique pas exclusivement, pour en tirer des conséquences universelles inapplicables à l’état du monde. L’on ne s’est pas apperçu que le lien commun manque, que les problèmes principaux sont encore à résoudre, celui d’une même forme d'institutions politiques, celui d’une croyance religieuse unique à laquelle s’adapteraient ces institutions. La solution du premier peut dépendre des hommes ; celle du second, l’être suprême se l’est réservée dans son éternelle providence. L’éducation de nos écoles, grandes et petites, ne peut donc être à proprement parler, qu’une instruction dont sont l’objet des signes convenus et communs pour parvenir

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à d’autres connaissances plus immédiatement applicables. Si l’on veut y réfléchir, on verra que nos études élémentaires ne sont dans le fait rien autre choses, à l’exception des études spéciales pour l’homme dont la carrière est déjà déterminée, comme par exemple les études ecclésiastiques, celles de la médecine, du droit. Ce défaut d’actualité dans nos études générales, se fait sentir partout, et malheureusement s’il procède des causes que nous avons assignées, le remède se fera attendre longtemps.

Puis donc que nous sommes réduits à des signes dans nos institutions les meilleures et les plus élevées, force nous est d’accepter les imêmes limites pour les écoles de la première enfance, dont nous voulons principalement nous occuper aujourd’hui. Souvenons-nous bien que par suite du vice radical dans leur constitution ques nous avons signalé, ces écales ne peuvent commander à l’enfance que pendant une partie de ses jeunes loisirs. Nous laissons le reste à faire pour la façonner, à la famille chrétienne, première source de nos connaissances véritables, à l'instruction religieuse, bien ainsi nommée parce qu’elle rattache l’homme par de nouveaux et plus forts lisns à tout ce qui mérite

ses hommages ou son aflection, à son créateur, conservateur et rédempteur, à sa famille, à sa patrie, à l’humanité ; les voyages et la comparaison, de proche en proche à commencer par sa ville ou son village, achèveront de perfectionner le jeune homme, du moins sous les rapports matériels.

Prenons donc l’école primaire comme un répertoire de signes conventionnels ; et comme le langage entre présens, l’écriture entre absens soit à une même époque, soit des temps passés au temps présent, et même pour se rappeler à soi-même ce que l’on a fait, dit, pensé, appris, sont les principaux et les plus rapides de ces signes, on commence très judicieusement par eux. Les ékémens de la parole ont été puisés par l’enfant dès le berceau même dans les soins caressans d’une mère, d’un père, de bons vieux aieux, d’une sœur ; il ne reste qu’à exploiter en les poussant plus loin ces p'emiers rudimens, Si la règleest vraie que dans toute recherche on doit procéder du connu à l'inconnu, l’on se convaincra que la langue matérielle est celle dont il importe le plus de se servir dans ses premiers pas vers la science, et au moyen de laquelle on avancera le plus. Dans un pays comme celui-ci où deux langues sont d’une égale nécessité, les enfans pourront avec

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avantage fréquenter une école mixte, surtout pour habituer leurs organes aux sons particuliers de la langue qui leur est la moins familière. | L'écriture phonétique, admirable bienfait de la providence, donnée à l’homme dès les temps primitifs pour peindre et suppléer la parole, est la seule complète, parce que ses élémens simples et peu nombreux, suffisent àtoutce qui a été imagé et nommé par l’homme, soit directement où par association avec d’autres objets antérieurement connus. Les écritures symboliques et hiéroglyphiques des Egyptiens, celles purement artificielles des Chinois, doivent se trouver sans cesse en défaut, avec la marche des idées, des découvertes et des événemens. Je voudrais que nous eussions en ce pays assez de loisirs et de livres pour nous satisfire sur ce qui concerne les Chinois ; quant aux Egyptiens, l’on a appris dans ce siècle par les recherches de Champollion et autres laborieux savans, qu’elles ne sont pour la plûpart rien moins que ce qu’on les a dit être, et qu’au lieu de trouver des dieux et des déesses dans tous les signes bizarres que les siècles ont laissé debout, l’on n’y doit voir qu’un genre de signes phonétiques ou alphabétiques d’où nos lettres phénico-gréco-romaines procèdent évi-

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demment. Mais ne nous écartons pas de notre sujet.

Les sons de la voix étant peu nombreux, comment se fait-il que l’on mette tant de temps à apprendre à lire, même des années entières ? C’est que nos mots écrits ne sont pas aussi simples que la parole, c’est que les mêmes lettres et les mêmes combinaisons de lettres correspondent à des sons différens,et que l’élève, dérouté à chaque instant.est obligé d’apprendre et de désapprendre sans cesse, sans règles auxquelles ils puissent rapporter ces variantes. Cet inconvénient grave a engagé à proposer pour la lecture une méthode synthétique, la même qu'on emploie pour l'instruction des sourds-muets, la même aussi que dans l’étude des langues on a appelé système hamiltonien.

L’on donnerait ainsi d’abord le mot écrit, puis le mot parlé, et suivant le cas l’image peinte, commençant par les mots les plus courts et les mieux épelés ; bientôt l’enfant, faisant de luimême l’analyse, trouverait d’après la langue parlée la signification d’autres mots rapprochés. Je ne sache pas qu’une pareille méthode ait été suffisamment éprouvée ; elle mériterait de l'être. En attendant il faut continuer à fausser la mémoire et le jugement des enfans en les faisant épeler pendant des années entières.

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L'autre remède celui de changer la langue en écrivant comme on parle, contredirait tant de données, que l’essai qu’on en a fait en France a de suite couvert son auteur d’un ridicule que l’idée du moins ne méritait pas.

Je ne vous parlerai pas des méthodes d’enseignement que l’on suit ou que l’on devrait suivre dans les écoles publiques ; méthode individuelle, méthode shnultanée, et autres. J’ai dans ma jeunesse acquis, quelques connaissances en fait d’enseignement privé; je n’ai pu suivre l’enseignement public que dans les collèges. Là, la méthode individuelle fait bien, parce que l’enseignement dans une même classe est uniforme, que l’attention de chaque élève est exigée pour tout ce qui s’y fait, et que les livres et cahiers de répétition sont pour tous les mêmes. La plus mauvaise méthode est celle où le maître dévoue à chaque enfant un certain nombre de minutes pendant la durée de la classe, à chaque élève suivant son degré d'avancement et le livre dont il se sert, sans égard à l’uniformité, laissant les autres enfans à préparer leurs leçons sinon à jouer en arrière de l’œil de l’instituteur. Ce mal existe dans beaucoup d'écoles par manque de réflexion, lorsqu'on y pourrait faire mieux en suivant un système opposé,

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Nous le signalons comme très grave à messieurs les curés, commissaires d’écoles et instituteurs qui peuvent y remédier, du moins en partie. L'introduction de livres uniformes, dans chaque même école, deviendra indispensable aussitôt que les ressources publiques et privées de ces écoles les permettront. La division par classes, suivant l’âge et les progrès, diminuera le mal, lorsqu’on ne peut avoir qu’un seul instituteur, comme dans toutes les écoles communales. La meilleur méthode, que je crais être composée de celle individuelle et simultanée, doit être celle des Frères des Ecoles Chrétiennes, si on en juge par le nombre et les progrès de leurs élèves, par l’attachement à leurs études que ces élèves manifestent, sans compter les idées religieuses et morales infusées dans des populations souvent irréfléchies sous ces importants rapports. Les règles particulières d’association et de manière de vivre de ces dignes instituteurs, les empêcheront de diriger les écoles communes, et même les écoles principales de paroisses, excepté dans un petit nombre de localités plus aisées. Mais si des écoles de comté s'organisent et sont reconnues et aidées par l’autorité publique, qu’on les mette sans hésiter sous la direction des Fières des Ecoles Chrétiennes, partout où

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