SCÈNE DEUXIÈME
THÉRÈSE
Totum ! Nous autres vieilles, Nous ne connaissions pas d'inventions pareilles :
Des filles de seize ans avoir des comités!
Présenter des rapports à des sociétés 1 Présider! Être, enfin, membres de quelque chose!
C’est drôle, mais pourtant c’est gentil, et je n’ose Rire de tout cela quand je vois votre sœur :
Avec quel dévouement, quels soins, quelle douceur!...
OCTAVE
Assez! assez!
THÉRÈSE
Comment, assez? Que je me taise, Quand c’est pour la vanter que je parle !
OCTAVE.'
Oui, Thérèse l
THÉRÈSE
Vous m’arrêtez, au lieu de me dire merci!
OCTAVE
C’est étrange, il est vrai, mais pourtant c’est ainsi.
Il est, il est des jours où l’on ne peut entendre Louer ceux qu’on chérit d’affection trop tendre;
Et ces jours-là, tu vas ouvrir de bien grands yeux, Thérèse, sont les jours qu’on les aime le mieux.
THÉRÈSE
Mais cependant...
OCTAVE, apercevant Maurice qui est descendu en scène.
Silence! Eh! monsieur de Verdière, Qu’à Baden, cet automne, a rencontré mon père!
MAURICE
Et qui vous prie ici, monsieur, du fond du cœur, D’achever l’entretien commencé.
OCTAVE
Sur ma sœur?
Vous la connaissez donc?
MAURICE
Un peu ! Puis j’ai de môme Une sœur de seize ans, et que j’aime!... que j’aime Autant que vous aimez la vôtre ! de façon Que je ne puis jamais entendre ce doux nom,
Sans que devant mes yeux soudain paraisse et brille Tout ce que représente au sein d’une famille En grâce, en poésie, en vertus, en bonheur,
Cet être ravissant qu’on appelle une sœur.
A votre tour, monsieur, continuez !
MAURICE
Son frère
Est>-il plus jeune qu’elle? elle est presque sa mère !
La nature autrement en a-t-elle ordonné ?
Elle est presque sa fille, alors qu’il est l’aîné!
Oui, tandis qu’animé d’une vertu nouvelle,
Comme elle il devient pur, dès qu’il veille sur elle;
A son tour, elle aussi, lui servant de soutien,
L’excite vers le beau, le guide vers le bien,
Le pousse a prendre rang parmi ceux qu’on renomme... Pour sa sœur, un jeune homme est touj ours un grand homme I
OCTAVE
Mais vous devinez donc nos plans, nos entretiens?