SCÈNE DEUXIÈME
MAURICE
Je ne devine pas, monsieur, je me souviens!
Je me souviens qu’elle est la douce messagère Entre les torts du fils et les rigueurs du père!
Qui de nous, dans ces jours d’ardente déraison,
Où l’on veut tout quitter, et famille et maison,
N’a senti tout à coup une main chère et tendre Le saisir, l’entraîner doucement, et le rendre A ces bras qui, toujours prêts à nous secourir,
Ne se ferment jamais que pour se mieux rouvrir?
Bravo!
THÉRÈSE, au food.
MAURICE
Qu’on perde enfin ses parents : c’est près d’elle Qu’on les retrouve encore, et ce témoin fidèle,
Évoquant à nos yeux un moment consolés Les êtres disparus et les jours envolés,
11 semblé, en l’embrassant, qu’entre ses bras l’on presse Et son père, et sa mère, et toute sa jeunesse!
OCTAVE
Il n’est qu'une réponse à cet élan de cœur!
Je donnerais mon sang pour voir unir ma sœur A qui parle des sœurs comme vous !
MAURICE, virement.
Quoi! vous dites?...
Eh bien ! venez en aide à mes faibles mérites,
Car je viens demander sa main !
OCTAVE
En vérité?
MAURICE
Votre père, une fois, déjà m’a rebuté;
Mais j’ai récrit.
octave .
Pourquoi son refus?
MAURICE
Il préfère
Un monsieur Dufournelle.
OCTAVE
Un instant ! Cette affaire
N’est pas conclue encor.
Thérèse entre chez M. DuhreuiL
MAURICE
J’ai de plus à ses yeux, Il faut bien vous le dire, un tort très-sérieux.
OCTAVE
Sérieux? Rien qui touche à l'honneur, j’imagine?
Mouvement de Maurice.
Qu’importe alors? Voyons, aimez-vous Valentine Comme il faut l’aimer?... Trop?
MAURICE
Plus que trop!
OCTAVE
Ça suffit 1
Mais ditos-moi comment la rencontre se fit ?
MAURICE
A son insu, le ciel un jour me l’a montrée Dans un cadre béni. De pauvres entourée,
Elle donnait à tous du linge, un vêtement,
Voire aussi des conseils ; et rien de plus charmant