‹ Lectures a l'AcademieChapitre 104 sur 200 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

ORPHÉE

Ah ! seulement demain ?

J A SON

Elle demande un jour pour choisir son asile.

ORPHÉE

Un seul jour! Et depuis...

J ASON

Elle est calme, tranquille !

Mais toi, peux-tu briser sans un secret effroi L’hymen à qui tu dois ta gloire et tes fils!

I A SON

Moi?

Que mon âme à tes yeux s’ouvre donc tout entière ! Quelle est de tes discours l’éternelle matière?

Les bienfaits de Médée, et mon ingrat oubli...

Non, mon cœur jusque-là ne s’est pas avili,

Et parmi les héros je n’aurais pas pris place.

Si j’avais d’un ingrat l’âme perfide et basse !

Mais puis-je "oublier, moi, que ces affreux bienfaits M’ont poussé, sur ses pas, de forfaits en forfaits;

Que sans elle, aux déserts où l’Hypanis se cache,

Je mourais, j'en conviens, mais je mourais sans tache, Et que si, du trépas sauvé par sa merci.

Mon nom est immortel, ma honte l’est aussi!

Oh! j’ai pu supporter cette union funeste,

J’ai pu subir, braver l’anathème céleste

Tant qu’au fond des déserts, en Colchide, j’errais!

Ce dur climat, ces rocs, ces neiges, ces cyprès,

Tout s’accordait avec notre sombre tendresse.

Mais quand je retrouvai le beau ciel de la Grèce,

MÉDÉE

Quand parmi les (lots bleus de son limpide azur M’apparut cette vierge à l’œil doux, au front pur, Quand ma pensée, auprès de son chaste visage Évoqua la barbare et sa sanglante image,

Alors, saisi de honte et comme de terreur,

Devant ces nœuds maudits je reculai d’horreur,

Et j’appris à haïr cette infernale amie

Qui m’avait tout couvert de gloire et d’infamie!

Malheureux !

ORPHÉE

J ASON

Oh! n’attends ni regrets ni remords !

Tel qu’un homme échappant du noir séjour des morts, Avec ravissement, à travers sa paupière,

Sent tout à coup descendre un rayon de lumière,

Il me semble, en sortant de ce funèbre amour.

Que je remonte aussi vers la vie et le jour!

Et, comme si des dieux la clémence suprême Affranchissait mon cœur du fatal anathème,

Tous les sentiments purs y rentrent à la fois;

Mes fils me sont plus chers, je me plais à ta voix,

Leur sourire me charmo et leur douleur m’attriste;

Je me sens homme, époux, ami, père : j’existe!

ORPHÉE

Un jour change souvent la joie en désespoir.

JASON

Vénus veille sur moi! Nieras-tu son pouvoir,

Toi qui dis que l’amour est une aile de flamme

Que pour monter vers eux les dieux donnent à l’ème?...

ORPHÉE

L’amour qui nous emporte aux célestes sommets Ne vit que dans les cœurs qui ne changent jamais !

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