ACTE II
GUËRREltO.
Mais qu'on nous les dispute,
Ne mettrez-vous donc point mon devoir en oubli?
ISABELLE
Pourquoi vous ai-je aimé? pour ce devoir rempli.
GUEBRERO.
Mais si j’étais forcé par le destin contraire...
De marcher..., j’en frémis..., jusque sur votre frère... Pourrez-vous bien ne pas m’accuser de ces coups?
Je ne l’accusais pas lorsqu’il marchait sur vous.
GUERRERO, avec émotion.
Ce n’est pas tout.
D. LO PE Z, regardant Alméra.
Son frère est bien pâle!..
GUERRERO, avec émotion lui montrant In muraille.
Isabelle,
Ce lieu vous donne encore une leçon cruelle :
Voyez comme il est nu, pauvre..., eh bien! de vos jours Telle est l’austère image, ô noble enfant des cours!
C’est plus que le besoin,- c’est plus que la misère,
C’est la proscription avec sa suite amère,
L’exil, la mort peut-être... Ah! sondez votre coeur :
S’il faiblit un moment, dites-le-moi sans peur.
Vous perdre ici serait une douleifr extrême,
Mais voir vos pleurs demain, ce serait la mort même.
ISABELLE, souriant.
Signez.
GUERRERO, avec exaltation.
Noble!... Mais non... oh! non! si jeune encor!
304 ' GUERRE RO
Le front encor paré du diadème d’or...
Elle détacho son bandeau et le jette.
Je ne... Que faites-vous ?
ISABELLE, souriant.
J’anéantis vos craintes.
Hésitez-vous encore, et sont-elles éteintes?...
Osez-vous apposer votre nom près du mien ?
Voyez, de la duchesse il ne reste plus rien;
Je ne vois plus qu’un fils..., une fille..., leurs pères,
Avec affection et regardant Alméra.
Leurs pères..., et deux cœurs confiants et sincères...
Qui promettent au Dieu des célestes amours D’ètre tout l’un pour l’autre, en tous lieux et toujours.
DAVALOS, prenant le contrat avec élan.
Je signe...
Guerrero signe à son tour, Alméra les suit des yeux. D. LOPEZ, regardant Alméra, & part.
Quel courroux dans ses yeux je vois luire!
ISABELLE
O mon frère, à l’autel 1...
ALMÉRA, éclatant avec violence.
L’autel ? Nous, t’y conduire !
Nous, rendre grâce à Dieu de ce fatal hymen 1 Non! Le prince exigea l’abandon de ta main,
Nous avons en sujets subi notre sentence,
Mais nos cœurs tout au moins sont hors de sa puissance... Et c’est au nom d’un père armé de tous ses droits,
Au nom do tous les tiens, qui parlent par ma voix.
Que, vengeant, comme chef, l’honneur de ma famille,
Ma voix te répudient pour sœur et pour fille !