‹ Lectures a l'AcademieChapitre 18 sur 200 · SCÈNE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE QUATRIÈME

Gagné dans le négoce une fortune honnête ;

C’est bien, c’est honorable, et j’incline la tête.

Mais Dufournelle! mais tous ces vieux de trente ans,

Qui se croient en tous lieux des hommes importants Pour s’habiller de noir ainsi que des notaires,

Et mettre le matin, en personnes austères,

Une cravate blanche à déjeuner ! ces gens Qui, personnels, tranchants, insolents, intrigants, Usurpent vingt emplois dont ils sont incapables,

Sous prétexte qu’on doit ses jours à ses semblables ;

Qui vendent leur denrée à quatre cent pour cent,

Et veulent que l’État leur soit reconnaissant ;

Qui, gagnant en dix mois de quoi doter deux filles, Nomment cela nourrir trois cents braves familles I...

Monsieur!

DUBREUIL

MAURICE

Je me défends ! Il m’a discrédité !

Qui, trafiquant de tout, même de piété,

Prennent, dans leur ferveur hypocrite et savante,* Des airs de marguillier qui poussent à la vente ;

Et qui, n’ayant au cœur d’autre amour diligent Que gagner de l’argent, entasser de l’argent, Déshonorent du nom de têtes sans cervelles Des gens... qui ne sont pas sans doute des modèles, Mais qui, vrai Dieu! du moins ont quelque chose làl Alors je me redresse, et je dis : Halte-là !

Il gagne des écus? Eh bienl moi, j’en dépense,

Que diable 1 c’est utile aussi cela, je pense!

Et si j’étais un père, et si j’avais l’honneur D’avoir à prononcer pour l’enfant de mon cœur.

Et que je rencontrasse en ce temps mercantile Quelque jeune homme, à qui son savoir, inutile Par hasard, par dédain, ou par infirmité Si vous voulez, jamais n’aurait rien rapporté :

Ouvrant mes bras tout grands afin de les lui tendre, Viens, lui dirais-je, viens, sois mon fils, sois mon gendre! Toi qui, sous le veau d’or refusant de fléchir,

As vécu pour aimer et non pour t’enrichir!

DUBREUIL

Oh I que c’est éloquent ! C’est du parlementaire !

Fai tes- vous orateur... c’est le moment!

MAURICE

Un père...

DUBREUIL

J’entends, je crois, ma fille, allez et dites-lui Votre désir...

MAURICE

Eh quoi! vous voudriez?...

Oui ! oui !

Vous verrez sa réponse !

MAURICE

Ah! monsieur! moi? lui dire...

DUBREUIL

Je la préparerai!

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