‹ Lectures a l'AcademieChapitre 44 sur 200 · SCÈNE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DIX-HUITIÈME

O toi, vers qui mon cœur do si loin est venu,

Ne me repousse pas après m'avoir connu !

VALENTINE, travaillant toujours.

Oh ! j’écoute, j’écoute.

MAURICE , toujours derrière le fauteuil de Valentine.

Il est vrai, ma tendresse Ne pourra t’apporter ni gloire ni richesse ;

Mais qui serait pour toi ce que, moi, je serai,

Puisqu’à toi-même, enfant, je te révélerai ?

Je nourrirai ton cœur des fruits de la science Que tu parfumeras, toi, de ton innocence, lit, tous les deux ainsi nous servant de soutien,

Je serai ton ouvrage et tu seras le mien.

VALENTINE, qui pendant ce couplet a montré sur son visage de la surprise, de l’émotion, et a laissé tomber son ouvrage, se lève vivement au dernier vers et passe de l’autre côté du théâtre.

Faites, faites, mon Dieu ! que mon cœur se rappelle Qu’Octave fut sauvé par monsieur Dufournelle !

MAURICE, se rapprochant d’elle avec une émotion sérieuse et croissante.

Ce n’est pas tout encore. Oh ! j’aimais à rêver Un bonheur plus austère... un devoir!... Élever,

Élever avec elle un être aimé comme elle,

Vivre tous deux penchés sur cette âme immortelle, Deviner chaque instinct pour le purifier,

Épier chaque élan pour le fortifier,

Nous agrandir nous-môme en cette sainte tâche,

A lui servir d’exemple asjurer sans relâche,

Et, nous affermissant ensemble au droit chemin,

Vers Dieu monter tous trois en nous donnant la main!

VALRNTINE, s’éloignant encore d’un pas, et comme si ello

disait use prière. »

Mon frère fut sauvé par monsieur Dufournelle?

Mon frère fut sauvé...

MAURICE, la suivant, et avec exaltation.

4 Dites, mademoiselle,

Contre un pareil lien quel pouvoir prévaudrait 1 De tout ce qui détruit il se fortifierait!

Oui, le bien qu’aura fait la noble jeune femme, Conservant son visage aussi bien que son âme...

Le temps même, le temps, à sa pare beauté

Aura, ce semble, autant apporté qu’emporté.

D’une voix qui s’affaiblit.

Et lorsque enfin viendra le moment qui séparo...

Le pieux souvenir d’une union si rare...

L'inébranlable foi dans l’immortalité...

Que donne un sentiment... que tout a respecté... L’extase... que répand... dans les cœurs sans reproche La terre .. qui s’éloigne... et Dieu qui se rapproche... Tous... les... Ah! je me meurs!

Il s’appuie en chancelant sur un siège.

VALENTINE

Dieu ! sur vos traits descend Une pâleur mortelle! Ah! qu’avez-vous?...

Voyant du sang sur la main de Maurice.

Du sang !

MAURICE, d’une voix faible.

Une atteinte légère au bras... rien! je vous jure!

VALENTINE

Ciel ! une blessure I

Page 1