‹ Lectures a l'AcademieChapitre 57 sur 200 · CL A R Y · texte numérisé non relu

CL A R Y

Non, ce ne fut pas là mon premier sentiment :

J’étais triste plutôt; mon corps languissamment S’affaissait sur mon lit. Ma tète était lassée,

Une douce faiblesse émoussait ma pensée Comme le lendemain d'une grande douleur;

Et pourtant j’entendais tout au fond de mon cœur Je ne sais quelle voix touchante et chaleureuse Qui me disait tout bas que j’étais bien heureuse.

La porte tout à coup s’entrouvre, oh ciel!... celait... C’était elle, ma fdle, elle qu’on m’apportait,

Elie, ma ravissante et frêle créature :

Ellvs, ma chère Ellvs, devant Dieu je le jure,

Lorsque des bras d’une autre on la posa dormant Sur mes deux bras vers elle étendus ardemment,

Quand elle me toucha, quand sur elle penchée Dans mon lit, avec moi, tout près, je l’eus couchée; Quand, la pressant longtemps avec de doux transports,

Je sentis la chaleur de son cher petit corps,

Tout mon cœur se fondit en larmes, en prière,

En désirs de tomber à genoux sur la pierre,

De m’écrier : « Mon Dieu ! combien vous êtes bon ! »

DEUX MÈRES

Et pourtant, de son cœur en comptant chaque bond.

Je regrettais (de l’âme expliquez le problème)

De ne plus la porter en mes entrailles même :

Elle était plus à moi, quand elle était en moi !

ELLYS

Clary, je voudrais bien oser vous dire... toi !

Quel bien vous m’avez fait! vos mots, l’un après l’autre. M’apprenaient mon bonheur en racontant le vôtre,

Et je devenais mère,... amie, en t’écoutant! »

Tout à coup un cri part des lèvres de l’enfant!

C’est le cri du réveil. Alors ces jeunes femmes,

Abaissant leur visage aussi pur que leurs âmes Sur cet ange au berceau qui s’éveillait vermeil ,...

Car un enfant devient tout rose en son sommeil,

Dans cet être charmant baisèrent en silence,

L’une tout son bonheur, l’autre son espérance;

Puis après ce baiser bien longuement cueilli,

Comme elles relevaient leur beau front recueilli,

Se rencontrant alors sous leurs longs cils de soie,

Leurs yeux brillants de pleurs, et tout noyés de joie,

Se fondirent longtemps en un même regard !

Puis, sans se dire un mot et comme par hasard,

Autour de leurs deux cous leurs deux bras s’enlacèrent. Leurs bouches tendrement devant Dieu se pressèrent.

Car, en un seul instant réunissant leurs cœurs,

Leur amour maternel en avait fait deux sœurs 1

LA MORT D’OPHELIE

Au bord d’un torrent, Ophélie Cueillait, tout en suivant le bord.

Dans sa douce et tendre folio,

Des pervenches, des boutons-d’or, Des iris aux couleurs d’opale.

Et de ces fleurs d’un rose pâle Qu’on appelle des doigts de mort.

Puis élevant sur ses mains blanches Ces riants trésors du matin,

Elle les suspendait aux branches, Aux branches d’un saule voisin ; Mais, trop faible, le rameau plie.

Se brise, et la pauvre Ophélie Tombe, sa guirlande à la main.

130 v LA MORT D’OPHÉLIE.

Quelques instants sa robe enflée La tint encor sur le courant,

Et comme une voile gonflée,

Elle flottait, toujours, chantant, Chantant quelque vieille ballade, Chantant ainsi qu’une Naïade Née au milieu de ce torrent.

Mais cette étrange mélodie Passa rapide comme un son ;

Par les flots la robe alourdie Bientôt dans l’abîme profond Entraîna la pauvre insensée, Laissant à peine commencée Sa mélodieuse chanson.

LES PLEUREUSES

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