‹ Lectures a l'AcademieChapitre 56 sur 200 · CL A R Y · texte numérisé non relu

CL A R Y

Puis en le regardant il est doux de penser Qu'il ne sait pas encor ce que c’est qu’offenser,

Que jamais rien de faux ni d’impur ne se cache Sous ce regard limpide et sous ce front sans tache :

Ah ! tout enfant d’un an est un enfant Jésus I

ELLYS

Yous avez bien raison, et leurs cœurs ingénus,

Leurs cœurs tout ignorants de la vie et des choses,

Ont la virginité de leurs petits pieds roses,

Qui, n’ayant pas marché, sont frais comme une fleur... Yoit-on l’affection déjà poindre en son cœur?

CLARY

Oui, dès qu’elle aperçoit des larmes sur ma joue,

Elle accourt vite avec une petite moue

Et vient baiser mes yeux... Pauvre ange nouveau-né

Qui ne sait même pas le mot d’infortuné,

Et qui comprend que Dieu créa dans nos misères Les baisers des enfants pour les larmes des mères !

ELLYS

Quand a-t-elle souri pour la première fois ?

CLARY

Ce fut, je m’en souviens, le jour qu’elle eut cinq mois; Voici comment : un soir je prends une lumière.

Je vais à son berceau pour baiser sa paupière,

Et je la regardais doucement sommeiller,

Ma main sur le flambeau, de peur de l’éveiller : .

DEUX MÈRES

Soudain sans qu’aucun pli, sans que nul penser vague, Eût glissé sur son front comme l’air sur la vague,

Sans qu’elle remuât, sans que son œil s’ouvrît,

Sa bouche s’étendit faiblement... et sourit!

Et la nourrice, à Dieu promettant un beau cierge,

Me dit : « Cela s’appelle un sourire à la Vierge. »

ELLYS

C’est charmant!... Voyez donc! elle sourit encor;

On dirait qu’elle entend. Dans tous vos rêves d’or Vous la figuriez-vous comme elle est?

CL ARY

Pas si belle!

ELLYS

Quand je pense, ô mon Dieu, qu’à la saison nouvelle Je serai mère aussi! D’ici là, chaque soir,

Je veux passer, Clary, toute une heure à la voir! Dehors, quand j’aperçois un bel enfant qui passe.

Je m’arrête, je prends sa tête, je l’embrasse,

Je roule dans mes doigts ses longs cheveux soyeux.

De toutes ses beautés je me remplis les yeux,

Comme si je pouvais lui ravir sa figure,

Et la faire passer, délicieuse et pure,

De mes yeux à mon sein, do mon sein à mon fils ; Était-ce ainsi pour vous?

CLARY

Sans doute; et vous, Ellys, Le soir, près du foyer, lorsque la flamme est morte, Posez-vous vos deux mains sur le sein qui le porte, Pour le sentir frémir tout à votre aise?

ELLYS

Et vous,

Quand soudain s’arrêtaient ses mouvements plus doux.

DEUX MERES

Dans votre cœur alors ne sentiez-vous pas naître Cette horrible pensée « Il expire, peut-être? »

CLARV.

Taisez-vous! taisez-vous! car encor maintenant Je ne peux pas quitter ma fille un seul moment Sans rester au retour sur le seuil de la porte, Tremblante et me disant : « Si je la trouvais morte! » Ne parlons pas de mort et fions-nous à Dieu.

EL LYS, «près un moment d’hésitation.

Avez-vous bien souffert?

C L A R V, souriant.

Vous avez peur?

E L Lï S.

Un peu.

OLARV.

Ellys, ma chère Ellys, si depuis votre enfance Vous pleuriez votre père exilé de la France,

Et qu'on vous dit : « Ton père est au fond du jardin I » Et que, jetant un cri, vous courussiez soudain;

Et qu’il se rencontrât une branche au passage,

Qui vînt vous déchirer le front et le visage,

La sentiriez-vous?

ELLYS

Non.

CLARY

L’on ne souffre donc pas !

ELLYS

Causons encor, causons.

CLARY

Toujours, mais parlons bas...

L’enfant dort !

DEUX MÈRES

EL LYS

Dites-moi, quand faible, évanouie.

Vous avez entendu ce premier cri de vie Qu’on reconnalt.wbicn qu’on ne le connaisse pas. Avez-vous... *

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