ACTE
ORPHÉE
Qui? Créuse?
J ASON
Oui, Créuse et sa jeune candeur,
Créuse et sa beauté, Créuse et sa douceur !
De ce transport nouveau l’impétueux caprice T’indigne; mais quand donc, froid amant d’Eurydice, Quand donc comprendras-tu qu’un même emportement Fait bondir en nos seins le héros et l'amant;
Que c’est le même sang, chargé des mêmes flammes,
Qui bouillonnne en nos cœurs pour la guerre et les femmes? Crois-tu que je pourrais terrasser les géants,
Combler dans les marais les abîmes béants,
Poursuivre les lions à coups de javeline,
Si je ne portais là, dans ma large poitrine,
Un cœur aussi terrible en ses rébellions
Que les torrents, les mers, la foudre et les lions !
Oui, pour te posséder, ô ma jeune maîtresse !
De larmes et de sang j’inonderais la Grèce.
Seul j’irais affronter mille serpents Pythons...
C’est la loi, nous aimons comme nous combattons 1
ORPHEE, Bvec amertume.
Tu dis vrai!... vous aimez, vous, les vierges vermeilles, Comme l’ours montagnard les ruches des abeilles,
Comme le léopard les troupeaux bien nourris,
Ou comme le lorrertt aime les bords fleuris,
Pour souiller leurs trésors en sa course orageuse.
Et les rouler, fangeux, dans son onde fangeuse...
Mais Jupiter m’envoie, et j’accours..
jason. ,
• Toi!
MÉDÉE
ORPHÉE
J’accours
Pour arracher Créuse à les folles amours !
Pour découvrir aux yeux de la fille et du père L’ablme où les conduit ton hymen adultère!
J A SON
Va donc! mais quand près d’eux ta voix m’accusera, Par un exploit nouveau mon bras te répondra I,
Ce matin est venu fondre sur cette plage Le terrible Antestor! Je cours sur son passage, J’entoure le géant du cercle de mes bras,
Je l’étouffe, et, demain, lorsque lu me verras Apparaître aux regards d’Éphvre épouvantée,
Chargé du corps sanglant de ce nouvel Antée,
Il faudra bien enfin qu’au silence réduit,
De mes hardis travaux tu me laisses le fruit!
Eh bien !...
ORPIIÉE.
On entend une musique douce, et Créuse paraît sur la colline, suivie de jeunes filles qui portent des couronnes et des offrandes.
Quels sont ces chants ?
JASON
Guidant les canéphores, Créuse vient au bruit des cithares sonores,
De l’austère Diane implorer son pardon Et le droit de passer sous les lois de Junon 1
ORPIIÉE.
Suis-moi près de Créon !
• JASON
Antestor me réclamo !
Je pars pour mériter Créuse ! Allons, mon âme !