ACTE I
CREUSE
0 grands dieux !
MÉDÉE
Ma douleur
Les lassera!... L’enfant a besoin de bonheur,
De joie!... Il n’est pas fait pour vivre dans les larmes, Pour suivre et pour aimer les fronts chargés d'alarmes Et les cœurs irrités par d’éternels combats...
Le malheur aigrit!
CREUSE
Mais...
MÉDÉE
' Et puis je ne suis pas
Une fille des Grecs, je suis une barbare!
Ma tendresse elle-même est fougueuse, et s’égare En transports dont l’ardeur effraye un cœur d’enfant... Souvent je leur fais peur, môme en les embrassant!
CRÉUSE
Quel blasphème ! des fils avoir peur de leur mère !
MEDEE) (l'une voix sombre.
Oh! c’est mon châtiment! La céleste colère Pour me frapper à mort en eux me frappera,
Et voilà les vengeurs qu’Érinnys choisira!
Érinnys!
M E D É E , avec agitation.
N’ai-je point parlé des Euménides,
D’amours poussant au crime, et sur mes traits livides N’avez-vous donc pas vu ce signe de l’enfer Qu’au front du meurtrier imprime Jupiter?
O ciel !
CRÉUSE
MÉDF.E.
MÉDÉE
Vous frémissez... Enfant!... Eh! que serait-ce Si je vous révélais la terreur qui m’oppresse?
Faut-il parler?... Eh bien!... je le sens, je le vois,
Je ne suis pas au bout!... une secrète voix,
Quand j’ai franchi ces murs, m’a dit : Tremble, coupable! Tremble! en ces lieux t’attend l’Euménide implacable!
Je sens courir dans l’air son soulfle tout-puissant.
Et l’on respire ici comme une odeur do sang!
CREUSE
Où vous égarez-vous? Quelle crainte insensée?... MÉDÉE.
Ah! c’est qu’un doute horrible, une atroce pensée Dans mon cœur, malgré moi, comme un éclair a lui.
CREUSE
Comment?
MÉDÉE
Connaissez-vous la jalousie ?
CRÉUSE
Oh! oui!
MÉDEE, souriant tristement.
Vous, jalouse!... De quoi?
CREUSE
Du passé.
MÉDÉ E.
Dans votro âme
Mon secret peut descendre alors... vous êtes femme! Eh bien, parfois un vague et douleureux soupçon Me dit : Si son absence était un abandon?
Si, pendant qu’éperdue et mourant de détresse,