ACTE I
Mon œil flotte au hasard : une âpre inquiétude Me tourmente... mon corps fléchit de lassitude...
Je souffre!... Mais il parle!... et bientôt... et soudain Un torrent de bonheur coule à flots dans mon sein ! Comme si quelque dieu m’eût jetée en délire,
Je sentais, malgré moi, ma bouche lui sourire,
Et, les yeux ardemment attachés à ses traits, J’écoutais! j’aspirais! je regardais!... j’aimais!...
Malheureuse!
CRÉ CSE.
MÉD ÉE
Dès lors, je n’eus qu’une pensée,
Son salut! Pour armer sa valeur insensée,
Il fallait dépouiller mon père... je le fis!
Trahir notre cité, nos dieux... je les trahis!
Mais que devins-je, hélas! quand, après sa victoire,
Il me dit tout en pleurs : Viens, je te dois ma gloire, Viens! je t’aime! fuyons!
CREUSE
Fuir le doux sol natal!
MÉDÉE
Va-t’en, disais-je, va ! Notre amour est fatal !
Viens! me répondait-il, ou bien je meurs! Dans l’ombre Je m’élance à travers le palais vaste et sombre,
Mais avec désespoir il s’attachait à moi,
Me répétant : Je meurs si je repars sans toi !
O nuit! terrible nuit! nuit d’adieux et d’alarmes!
Je les parcourais tous, en les baignant de larmes,
Ces lieux, ces lieux aimés, où pendant dix-sept ans Mes jours avaient coulé comme un jour de printemps; Je m’attachais aux murs, aux meubles de famille,
MÉDÉE
Je baisais à genoux mon lit de jeune fille,
Sanglotant et criant... Àh! pourquoi donc, pourquoi Les dieux, héros fatal, t’onGils conduit vers moi?
Mais, hélas! quel surcroît d’angoisse et de misère,
Quand j’entrai dans la chambre où reposait ma mère!
Que je m’agenouillai, sans bruit, à ce chevet Où près d’elle souvent mon sommeil s’achevait,
Et que tout à côté de sa tète si chère Déposant mes cheveux en offrande... O ma mère!
Patrie!... amis!... parents!... être chers et sacrés,
Voyez, voyez mon sort, et vous pardonnerez!
Elle cache en pleurant sa tète dans scs mains.
Créuse cherche ce qu’elle peut faire pour calmer Médée, et, apercevant les enfants, elle les ramène près de leur mère ; les enfants l’embrassent tendrement. .
CRÉUSE
Dans leur amour pour vous cherchez votre courage! Voyez ! vous écartant les deux mains du visage,
Leur bouche va baiser la trace de vos pleurs.
MEDEE, les regardant.
C’est vrai! je suté ingrate!... Ah! chers consolateurs!
Ils comprennent qu’un dieu créa dans nos misères Les baisers des enfants pour les larmes des mères"!
les embrassant.
Je me sens plus tranquille ! Allez, allez, amis,
Déposez ces rameaux au temple d’Artémis!
LYC AON<
Oui, nous allons pour toi supplier la déesse.
EUe les embrasse de nouveau avec tendresse, et les enfants se dirigent vers le temple, où ils entrent.
MÉDÉE, les regardant s’éloigner.
Hélas!... ce dernier bien, leurs baisers, leur tendresse,
Je les perdrai peut-être I