‹ Lectures a l'AcademieChapitre 98 sur 200 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Tant mieux!

C RÉUSE.

Entendez-vous ce tumulte croissant"?

On leur résiste encor, mais mon père est absent! Mais c’est vous que poursuit leur fureur éperdue! Qu’ils franchissent ce seuil, et vous ôtes perdue! J'accours...

MÉDÉE

Pourquoi?

CREUSE

Pourquoi? pour vous sauver!

MÉDÉE

Vous! vous!

Me sauver!... Me sauver!...

Elle tombe sur un siège près de l’autel, en proie à un violent combat, froissant convulsivement son poignard pendant que Créuse parle.

CREUSE, vivement.

Venez, fuyez leurs coups.

Vous avoir tant coûté d’angoisses et de larmes,

Et vous voir égorger sous nos yeux, par leurs armes. Dans nos propres foyers!... Si ce n’est pas pour vous, Vivez pour nous, Médée... ayez pitié de nous!

M É D E E , après un long silence, avec le plus grand trouble.

Je le sens, et pourtant je ne puis le comprendre.

Je suis ébranlée... oui ! Mais avant de me rendre,

Il faut voir si vos pleurs partent bien, en effet,

D’un cœur noble qu’émeut tout Iq, mal qu’il a fait.

Ou si ce sont regrets de quelque âme hypocrite Qui pleure son forfait, mais pourtant en profite,

Et joint le fruit du crime aux honneurs du remord.

MEDÉE

Quoi...

CREUSE

MEDEE

Pas de mots ! des faits! Mais écoutez d’abord, Car c’est grave... pour vous!

Après un court silence.

Votre bras me protège, Vous voulez me sauver? soit! Après, qu’en ferai-je, De ces jours abhorrés qu'il vous plaît de chérir? Toute ma vie à moi, c’est d’aimer ou haïr!

Et dans votre palais quand vous m’aurez cachée, Quand à vos vils bourreaux vous m’aurez arrachée, Que ferez-vous de moi?... Me rendrez-vous Jason,

En rejetant ses vœux comme une trahison ,

Ou, brisant l’union par les dieux approuvée,

Me tuerez-vous, Créuse, après m'avoir sauvée?

S’attendrissant.

Oh! do grâce, écoutez! je vais faire pour vous Ce que ne fit jamais ce cœur fier et jaloux...

Plus d’imprécations, de haine, de furie!

Je suis à vos genoux... je pleure... je vous prie!... Vous savez, vous savez quels maux, quels attentats M’a coûtés son amour : ne me l’arrachez pas!

Le ciel vous donne tout, le bonheur, la puissance.

Un père... une patrie, hélas! et l’innocence!

Moi! je n’ai rien que lui .. laissez-le moi!

CREUSE, éperdue.

MEDEE

ürands dieux !

Eh bien! vous vous taisez, vous détournez les yeux... Ah! par pitié pour vous t répondez!...

CREUSE

Que vous dire,

Quand tout dans ma pensée est désordre et délire?

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