‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 10 sur 69 · EMPLOI DU CAPITAL · texte numérisé non relu

EMPLOI DU CAPITAL

autres bâtiments de commerce, les magasins, les chars, les chevaux, font aussi une partie importante des capitaux d’une telle nation.

Une nation qui cultive à la fois l’industrie agricole, l’industrie manufacturière et l’industrie commerciale, voit son capital composé de produits de toutes ces différentes sortes, de cette masse de provisions de tout genre que nous voyons actuellement entre les mains des peuples policés et qui, employés avec intelligence, sont perpétuellement entretenus, et même augmentés, malpé l’immense consommation qui s’en fait, pourvu que 1 industrie de ces peuples produise plus de valeurs que leur

consommation n’en détruit.

Ce n’est point à dire que chaque nation ait précisément produit et mis en réserve les choses qui composent actuellement son capital ; elle a pu mettre en réserve des valeurs quelconques, qui, par la voie des transmutations, ont pris la forme qui convenait le mieux ; un boisseau deblé épargné peut nourrir également un maçon et un brodeur. Dans le premier cas, le boisseau de blé reparaîtra sous la forme d’une portion de bâtiment, produit durable faisant partie d’un capital ; dans le second cas, il reparaîtra dans un habit brodé qui ne durera qu’un temps.

Tout entrepreneur d’industrie, faisant lui-même travailler son capital, trouve avec facilité les moyens d’occuper productivement ses épargnes. S’il est cultivateur, il achète des portions de terre, ou augmente par des bonilications le pouvoir productif de celles qu’il a. S’il est négociant, il achète et revend une plus grande masse de marchandises. Les capitalistes ont à peu près les mêmes moyens ; ils augmentent de tout le montant de leurs épargnes leur capital déjà placé, ou bien ils cherchent de nouveaux placements, pour eux d’autant plus faciles à trouver, que, connus pour avoir des fonds à placer, ils rjeçoivent plus que d’autres des propositions pour l’em-

ploi de leurs épargnes. Mais les propriétaires de terres ■ ■ I affermées, et les personnes qui vivent de leurs rentes ou ■

îj du salaire de leur main-d’œuvre, n’ont pas la même faci- ■

li lité, et ne peuvent placer utilement un capital qu autant I

ij qu’il se monte à une certaine somme. Beaucoup d’épar- ■

' gnes sont, par cette raison, consommées improductive- ■

ment, qui auraient pu être consommées reproductive- I ment, et grossir les capitaux particuliers, et, par consé- I quent, la somme du capital national. Les caisses et les ■ associations qui se chargent de recevoir, de réunir et de ■

faire valoir les petites épargnes des particuliers, sont en ■

conséquence (toutes les fois qu’elles offrent une sûreté ■ i. ‘ parfaite) très favorables à la multiplication des capitaux. I

L’accroissement des capitaux est lent de sa nature ; car ■ I il n’a jamais lieu que là où il y a des valeurs véritable- 1

' ment produites, et des valeurs ne se créent pas sans I

^ qu’on y mette, outre les autres éléments, du temps et de 1

la peine (1). Et comme les producteurs, tout en créant * ^ des valeurs, sont obligés d’en consommer, ils ne peuvent ; jamais accumuler, c’est-à-dire n’employer reproductive-

1’ ment que la portion des valeurs produites qui excède

leurs besoins ; c’est le montant de cet excédent qui cons- ; titue l’enrichissement des particuliers et des sociétés. Un

pays marche d’autant plus rapidement vers la prospérité,

' que chaque année il s’y trouve plus de valeurs épargnées

, et employées reproductivement. Ses capitaux augmen-

' tent ; la masse d’industrie mise en mouvement devient

' • plus considérable ; et de nouveaux produits pouvant être

J (1) Les épargnes que font un riche traitant, un spoliateur du bien

d’autrui, un favori comblé de privilèges, de pensions et de places, sont bien des accumulations véritables et quelquefois assez faciles. Mais ces valeurs, accumulées par un petit nombre de privilégiés, sont le produit très réel des travaux, des capitaux et des terres d'un grand nombre de producteurs qui auraient pu les épargner et les accumuler eux-mômes h. leur profit, si l’injustice et la force ne les leur avaient ravies. (Note de J.-B. Say.)

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