‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 9 sur 69 · IDE L’EMPLOI DU CAPITAL · texte numérisé non relu

IDE L’EMPLOI DU CAPITAL

(Jean-Baptiste Say)

nolitiàue en France. Avant lui, les économistes du dix-liu

tend les mêmes principes de liberté du travail et du commerce qu'Adam Smith, qu’on peut regarder comme son maître, mais ii procède avec plus de méthode, dégage les prui p des taits*^ et réforme ses prédécesseurs sur plus d’un point. U reconnaît des produits immatérids à côté des produits materLis que Smith admettait seuls. 11 expose le premier avec une clarté complète et avec toutes ses conséquences, la théorie des féZZL Sa tendance est de restreindre extrêmement tes “i aLbulions de l’État. 11 fait d’aiileurs bonne justice des

Ii Lsses théories qui justiBent ies dépenses smpMves ou

excessives soit des gouvernements, soit des particuliers.

' ta critique a pu'coutester quelques vues de l’auteur du Traité d'économie politique, mais une exposition toujouis tumineuse, des vérités qui resteront toujours utiles a rappelai ,

! ne cesseront de recommander le nom de J. -B. Say, comme celui d’un maître.

Pour ne point fatiguer l’esprit du lecteur par des abstractions je commencerai par des exemples, et je les choisirai’dans les faits les plus communs. Les principes généraux en sortiront ensuite d’eux* mêmes, et le ecteur

(1) Cette citation est formée du chapitre x et d une grande partie da chap. Il du Traité d' Economie politique de J. -B. bay, iiv. i.

Baudrillaut.

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plusieurs fois par an. L’argent, les grains, les provisions de tous genres se dissipent en totalité ; mais il le faut, et nulle partie du capital n’est perdue, si le cultivateur, indépendamment des profits qui payent le service productif du terrain (ou le fermage), le service productif du capital lui-même (ou l’intérêt), et le service productif de l’industrie qui les a mis en jeu, est parvenu, au moyen de ses produits de l’année, à rétablir ses approvisionnements en argent, en grains, en bestiaux, fût-ce même en fumier, jusqu’à former une valeur égale à celle avec laquelle il a

commencé l’année d’auparavant.

On voit nue. bien nue presque toutes les parties du ca-

uu uuuivaieur lau lui-meme valoir ses terres, < )utre la valeur de sa terre, il doit posséder un capital, c’esti i-dire une valeur quelconque composée en premier lieu des défrichements et constructions, qu’on peut, si l’on veut, considérer comme faisant partie de la valeur du fonds, mais qui sont cependant des produits de l’industrie humaine, et un accroissement de la valeur du fonds (1), Cette portion (lu capital s’use peu ; quelques réparations faites à mesure i ufflsent pour lui conserver son ancienne valeur. Si ce ( ultivateur trouve chaque année, sur les produits de l’année, de quoi subvenir à ces réparations, cette portion du ( apital se trouve par là perpétuellement maintenue.

Lme seconde partie du capital de ce même cultivateur se

compose d’outils aratoires, d’ustensiles, de bestiaux qui

s usent plus rapidement, mais qui s’entretiennent et, au

besoin, se renouvellent de même aux dépens des produits

annuels de l’entreprise, et conservent ainsi leur valeur eitière.

Enfin, il faut des provisions de plusieurs espèces, des simences, des denrées, des fourrages pour l’entretien des hommes et des animaux, de l’argentpour le salaire des ma-

n ouvriers, etc. Rem arrrilP7. miP POffn !â l

1 été consommée de manière à se reproduire, et qu’une 3iitreprise peut se perpétuer et donner tous les ans de nouveaux produits avec le même capital, quoiqu’il soit consommé sans cesse.

Après avoir suivi les transformations que subit un capital dans l’industrie agricole, on suivra sans peine les -ransformations qu’il subit dans les manufactures et le îommerce.

Dans les manufactures, il y a, comme dans l’agricul- ’.ure, des portions du capital qui durent plusieurs années, ’îomme les bâtiments des usines, les machines et certains outils, tandis que d’autres portions changent totalement de forme ; c’est ainsi que les huiles, la soude, que con- Nomment les savonniers, cessent d’être de l’huile, de la i;oude, pour devenir du savon. C’est ainsi que les drogues ])our la teinture cessent d’être de l’indigo, du bois d’Inde, (lu rocou, et font partie des étoffes qu’elles colorent. Les i alaires et l’entretien des ouvriers sont dans le même cas.

Dans le commerce, la presque totalité des capitaux subit, et souvent plusieurs fois l’année, des transformations ( omplètes. Un négociant, avec des espèces, achète des i toffes et des bijoux : première transformation. Il les eni oie à Buenos-Ayres, où on les vend : seconde transformation. Il donne ordre d’en employer le montant en peaux <l’animaux: troisième transformation. Cette marchandise, arrivée au lieu de sa destination, est vendue à son tour; la valeur en est remise en effets de commerce sur Paris ; ^t ces valeurs, changées en espèces, reproduisent le capital, et probablement avec bénéfice, sous sa première f arme, celle d’une monnaie française.

On voit que les choses faisant office de capital sont inrombrables. Si, dans un moment donné, on voulait conr aître de quoi se compose le capital d’une nation, on trouvsrait qu’il consiste en une multitude d’objets, dedenrées, d e matières dont il serait absolument impossible d’assigner

emploi du capital. 29

avec quelque exactitude la valeur totale, et dont quelquesunes même sont à plusieurs milliers de lieues de ses frontières. On voit en même temps que les denrées les plus fugitives et les plus viles sont non seulement une partie, mais une partie souvent indispensable de ce capital ; quoique perpétuellement consommées et détruites, elles ne supposent point que le capital lui-même soit consommé et détruit, pourvu que sa valeur soit conservée; et que, par conséquent, l’introduction, l’importation quipeutavoir lieudeces denrées viles et fugitives, peut avoir le même avantage que l’introduction des marchandises plus durables et plus précieuses, comme l’or et l’argent; qu’elles en ont vraisemblablement davantage du moment qu’on les préfère ; que les producteurs sont les seuls juges compétents de la transformation, de l’extraction, del’introduction de ces diverses denrées et matières, et que toute autorité qui intervient làdedans, tout système qui veut influer sur la production, ne peut qu’y être nuisible.

Il y a des entreprises où le capital est entièrement rétabli, et recommence de nouveaux produits plusieurs fois par année. Dans les manufactures où trois mois suffisent pour confectionner et vendre un produit complet, le même capital peut remplir le même office quatre fois par an. Le profit qu’il rapporte est ordinairement proportionné au temps qu'il est occupé. On comprend qu’un capital qui rentre au bout de trois mois ne rapporte pas un profit aussi grand que celui qui n’est rétabli qu’au bout d’une année ; si cela était, le profit serait quadruple dans l’année, et attirerait dans cet emploi une masse de capitaux dont la concurrence ferait baisser les profits.

Par la raison contraire, les produits qui exigent plus d’une année de confection, comme les cuirs, doivent, indépendamment du rétablissement de la valeur capitale, rendre les profils de plus d’une année ; autrement, qui voudrait s’en occuper?

Dans le commerce que l’Europe fait avec l’Inde et la Chine^ le capital est occupé pendant deux ou trois années avant de se remontrer. Et dans le commerce, dans les manufactures, comme dans l’entreprise agricole que nous avons choisie pour exemple, il n’est point nécessaire qu’un capital soit réalisé et transformé en numéraire, pour reparaître dans son intégrité : la plupart des négociants et des manufacturiers réalisent en espèces la totalité de leur capital, tout au plus au moment où ils quittent les affaires ; et ils n’en savent pas moins chaque fois qu’ils veulent le savoir, au moyen d’un inventaire de toutes les valeurs qu’ils possèdent, si leur capital est diminué ou s’il est augmenté.

La valeur capitale employée à une production n’est jamais qu’une avance destinée à payer des services productifs, et que rembourse la valeur du produit qui en résulte.

Un mineur tire du minerai du sein de la terre ; un fondeur le lui paie. Voilà sa production terminée et soldée par une avance prise sur le capital du fondeur.

Celui-ci fond le minerai, l’affine, et en fait de l’acier qu’un coutelier lui achète. Le prix de cet acier rembourse au fondeur l’avance qu’il avait faite en achetant la matière, de même que l’avance des frais de la nouvelle façon qu’il y a ajoutée.

A son tour, le coutelier fabrique des rasoirs avec cet acier, et le prix qu’il en tire lui rembourse ses avances et lui paie la nouvelle valeur qu’il a ajoutée au produit.

On voit que la valeur des rasoirs a suffi pour rembourser tous les capitaux employés à leur production, et payer cette production elle-même; ou plutôt, les avances ont payé les services productifs, et le produit a remboursé les avances. C’est comme si la valeur entière du produit, sa valeur brute, avait directement payé les frais de sa production. C’est même ainsi que le fait s’exprime ordinaire-

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ment; mais il est bon d’observer après quelles saccades arrive ce résultat.

On vient de voir comment les capitaux productifs perpétuellement occupés, tourmentés, usés pendant la pro- Lction, s’en tirent, lorsqu’elle est terminée, avec leur valeur entière. Or, comme c’est la valeur de la matière, et non la matière elle-même qui constitue la richesse, on a compris, j’espère, comment le capital productif, quoiqu’il ail plusieurs fois changé de forme matérielle, est cependant toujours le même capital. ^

On comprendra avec la même facilité que, comme c est

la valeur produite qui a remplacé la valeur consommée, cette valeur produite a pu être moindre, égale, ou supérieure à la valeur consommée. Si elle a été égale, le capital a été seulement rétabli et entretenu ; si elle a été moindre, le capital a été entamé ; et si elle a été supérieure, il y a eu augmentation, accroissement de capital. C’est la position où nous avons laissé l’entrepreneur-cultivateur qui nous a servi d’exemple au chapitre précédent. Nous avons supposé qu’après avoir rétabli son capital dans son entière valeur, tellement entière, qu’il pouvait recommencer une autre année avec des moyens égaux, ce cultivateur a eu un excédent de ses produits sur ses consommations pour une valeur quelconque, que nous ferons monter à mille écus,

pour fixer nos idées.

Observons maintenant tous les emplois qu il peut faire de cet excédent de mille écus, et ne méprisons point une observation qui paraît si simple : j’avertis qu’il n'en est point qui exerce une aussi grande influence sur le sort des hommes, et point dont les résultats soient plus méconnus.

Quels que soient les produits qui composent cet excédent, dont nous estimons la valeur mille écus, il peut 1 écbanger contre de la monnaie d’or et d’argent, et l enfouir dans la terre pour la retrouver au besoin. Cet enfouisse-

ment ôte-t-il mille écus à la masse des capitaux de la société ? Non, puisque nous venons de voir que la valeur de son capital a été auparavant rétablie complètement. A-t-il fait tort de cette somme à quelqu’un ? Pas davantage ; car il n’a volé ni dupé personne, et n’a jamais reçu aucune valeur qu’il n’ait donné une valeur égale en échange. On dira peut-être : Il a donné du blé en échange des mille écus enfouis; ce blé n'a pas tardé à être consommé, et les mille écus n'en demeurent pas moins soustraits au capital de la société. Mais le blé vendu ne faisait plus partie du capital de notre cultivateur, puisqu’il n’était plus sa propriété ; c’était l’argent reçu en échange du blé qui en faisait partie. Le blé, devenu la propriété d’une autre personne, peut au surplus faire partie du capital de son nouveau possesseur, si celui-ci le consomme reproductivement ; car on sait que des matières consommables et fugitives peuvent faire partie d un capital aussi bien que les plus durables, aussi

longtemps qu on les consomme de manière à en reproduire la valeur.

Du moment donc que le capital de notre cultivateur a été rétabli dans son ancienne valeur, et qu’il recommence avec les mêmes moyens qu’auparavant, les mille écus d’excédent qu’il a épargnés fussent-ils jetés à la mer, le

capital social ne serait pas moins égal à ce qu’il était auparavant.

Mais continuons toutes les suppositions possibles relativement à l’emploi des mille écus.

Par une nouvelle supposition, ils n’ont pas été enfouis ; le cultivateur s’en est servi pour donner une très belle fête. Cette valeur a été détruite dans une soirée î un festin magnifique, les ornements d’un bal et un feu d’artifice ont absorbé la somme. Cette valeur, ainsi détruite, n est point restée dans la société ; elle n’a plus continué à faire partie de la richesse générale ; car les personnes entre les mains de qui les mille écus en espèces ont passé.

emploi du capital.

ont fourni une valeur équivalente en viandes, en vins, en rafraîchissements, en poudre, et de toute cette valeur il ne reste rien ; mais la masse des capitaux n’a pas été diminuée par cet emploi plus que par le précédent. 11 y avait eu un excédent de valeur produite, cet excédent a été détruit. Les choses sont restées au même point.

Par une troisième supposition, les mille écus ont servi à acheter des meubles, du linge, de l’argenterie. Point encore de diminution dans le capital productif de la na,tion ; mais aussi point d’accroissement. Il n’y a de plus, dans cette supposition, que les jouissances additionnelles que procure au cultivateur et à sa famille le supplément

de mobilier qu’ils ont acquis.

Enfin, par une quatrième supposition, qui est la dernière, le cultivateur ajoute à son capital productif les mille écus qu’il a épargnés, c’est-à-dire les réemploie productivement selon les besoins de sa ferme ; il achète quelques bestiaux, nourrit un plus grand nombre d ouvriers, et il en résulte, au bout de l’année, un produit qui a conservé ou rétabli avec profit 1 entière valeur des mille écus, de manière qu’ils peuvent servir l’année suivante, et perpétuellement, à donner chaque année un nouveau

produit.

C’est alors, et seulement alors, que le capital productif de la société est véritablement augmenté de la valeur de cette somme. L’accumulation qui forme un nouveau capital ne commence qu’après que l’ancien capital est complètement rétabli.

Il est bien essentiel qu’on remarque que, de manière ou d’autre, soit qu’on dépense improductivement une épargne, soit qu’on la dépense productivement, elle est toujours dépensée et consommée ; et ceci détruit une opinion bien fausse, quoique bien généralement répandue, c’est que l’épargne nuit à la consommation. Toute épargne, pourvu qu’on en fasse l’objet d un placement.

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ne diminue en rien la consommation et, au contraire, elle donne lieu à une consommation qui se reproduit et se renouvelle à perpétuité, tandis qu'une consommation improductive ne se répète point. On voit que l’accumulation, présentée sous ses véritables traits, n’a rien qui doive la rendre odieuse. On sentira tout à l'heure, au contraire, lesbons effets dont elle est suivie.

Je prie aussi de remarquer que la forme sous laquelle la valeur épargnée se trouve être épargnée et réemployée ne change rien au fond de la question ; elle l’est avec plus ou moins d’avantage, selon l’intelligence et la position de l’entrepreneur. Rien ne s’oppose à ce que cette portion de capital ait été accumulée sans avoir été un seul instant sous la forme de monnaie d’argent. Un des produits épargnés peut avoir été planté ou semé avant d’avoir subi aucun échange ; le bois, qui aurait inutilement chauffé des appartements superflus, peut se monteren palissades,

s’élever en charpente, et d’une portion de revenu qu’il était au moment de la coupe, devenir un capital après avoir été employé.

i' La nature des besoins de chaque nation, sa position

^ géographique, et le génie de ses habitants, déterminent

• communément la forme sous laquelle s'amassent ses ca- ^

, pitaux. La plus grande partie des accumulations d’une j

' société naissante consiste en constructions, en outils d’a-

griculture, en bestiaux, en amélioration de son fonds de terre ; la plupart de celles d’une nation manufacturière ]

I . consistent en matières brutes, ou qui sont dans un état j

; plus ou moins ouvragé entre les mains de ses fabricants.

Ses capitaux se composent encore des usines et des machines propres à façonner les produits.

Chez une nation principalement commerçante, la plus ' grande partie des capitaux accumulés est en marchandises brutes ou manufacturées que les négociants ont achej tées, et qu’ils se proposent de revendre. Les navires et ^

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