d’autres
! « C’est donc avec la valeur de vos produits, transformée
[ V « momentanément en une somme d’argent, que vous « achetez, que tout le monde achète les choses dont cha- ^ « cun a besoin. Autrement, comment ferait-on pour
« acheter maintenant en France, dans une année, six ou ! « huit fois plus de choses qu’on en achetait sous le règne
« misérable de Charles YI? Il est évident que c’est parce « qu’on y produit six ou huit fois plus de choses, et qu’on « achète ces choses les unes avec les autres. »
Lors donc qu’on dit : La vente ne va pas, parce que lar- \ j gent est rare, on prend le moyen pour la cause ; on com-
j met une erreur qui provient de ce que presque tous les
I produits se résolvent en argent avant de s’échanger
II contre d’autres marchandises, et de ce qu’une marchan- ^ dise qui se montre si souvent paraît au vulgaire être la 3^ marchandise par excellence, le terme de toutes les tran-
j sachons dont elle n’est que l’intermédiaire. On ne devrait 4 pas dire : la vente ne va pas, parce que l’argent est rare, Il mais parce que les autres produits le sont. Il y a toujours 1 assez d’argent pour servir à la circulation et à l’échange I réciproque des aulres valeurs, lorsque ces valeurs existent
des gens de loi, des prêtres, etc., et qui de là tirerait cette induction, qu’il y a des débouchés autres que ceux que présentent les personnes qui produisent elles-mêmes ; le producteur, dis-je, qui raisonnerait ainsi, prouverait qu’il s’attache aux apparences, et ne pénètre pas le fond des choses. En effet, un prêtre va chez un marchand pour y acheter une étole ou un surplis. La valeur qu’il y porte est sous la forme d’une somme d’argent : de qui la tientil ? D’un percepteur qui l’avait levée sur un contribuable. De qui le contribuable la tenait-il ? Elle avait été produite par lui. C’est cette valeur produite, changée d’abord contre des écus, puis donnée à un prêtre, qui a permis à celui-ci d'aller faire son achat. Le prêtre a été substitué au producteur, et le producteur, sans cela, aurait pu acheter pour lui-même, avec la valeur de son produit, non pas une étole ou un surplis, mais tout autre produit plus utile. La consommation qui a été faite du produit appelé surplis a eu lieu aux dépens d’une autre consommation. De toute manière, l’achat d’un produit ne peut être fait qu’avec la valeur d’un autre (1).
La première conséquence qu’on peut tirer de cette importante vérité, c’est que, dans tout État, plus les producteurs sont nombreux et les productions multipliées,
réellement. Quand l’argent vient à manquer à la masse des affaires, on y supplée aisément, et la nécessité d’y suppléer est l’indication d’une circonstance bien favorable : elle est une preuve qu’il y a une grande quantité de valeurs produites, avec lesquelles on désire se procurer une grande quantité d’autres valeurs. La marchandise intermédiaire, qui facilite tous les échanges (la monnaie), se remplace aisément dans ce cas-là par des moyens connus des négociants (1), et bientôt la monnaie afflue, par la raison que la monnaie est une marchandise, et que toute espèce de marchandise se rend au lieu où l’on en a besoin. C’est un bon signe quand l’argent manque aux transactions, de même que c’est un bon signe quand les magasins manquent aux marchandises.
Lorsqu’une marchandise surabondante ne trouve point d’acheteurs, c’est si peu le défaut d’argent qui en arrête la vente, que les vendeurs de cette marchandise s’estimeraient heureux d’en recevoir la valeur en ces denrées qui servent à leur consommation, évaluées au cours du jour; ils ne chercheraient point de numéraire, et n’en auraient nul besoin, puisqu’ils ne le souhaitent que pour le transformer en denrées de leur consommation (2).
Le producteur qui croirait que ses consommateurs se composent, outre ceux qui produisent de leur côté, de beaucoup d’autres classes qui ne produisent pas matériellement, comme des fonctionnaires publics, des médecins,
(1) Des effets au porteur, des billets de banque, des crédits ouverts, des compensations de créance, comme à Amsterdam et à Londres.
(2) Par leur consommation j’entends toute celle qu’ils font, de quelque nature qu’elle soit ; aussi bien celle qui est improductive et qui satisfait à leurs besoins et à ceux de leur famille, que celle qui est reproductive et alimente leur industrie. Un fabricant de laine, un fabricant de coton consomment à la fois de la laine et du coton pour leur usage et pour celui de leurs manufactures; mais, quel que soit le but de leur consommation, soit qu’ils consomment pour reproduire, ou que ce soit pour jouir, ils cherchent à acheter ce qu’ils consomment avec ce qu’ils produisent. (Note de J.*B. Say.)
(1) Le capitaliste qui dépense l’intérêt qu’il retire de ses capitaux dépense sa part des produits auxquels ses capitaux ont concouru ; et lorsqu’il dissipe le fonds de ses capitaux eux-mêmes, ce sont toujours des produits à la vérité réservés pour une consommation reproductive, mais très susceptibles d’être dépensés improductivement, comme ils le sont toutes les fois qu’on les dissipe.
Lorsqu’on divise une nation en producteurs et en consommateurs, on fait la plus sotte des distinctions. Tout le monde, sans exception, consomme. A très peu d’exceptions près, tout le monde produit du plus au moins, les uns par leurs travaux personnels, les autres par les travaux de leurs capitaux ou de leurs terres'; et il serait à désirer qu’on produisît encore plus généralement et plus activement : alors on consommerait moins souvent, au lieu de ses propres produits, le fruit des labeurs des autres, qui auraient eux-mêmes à dépenser les valeurs dont on ne les priverait pas. (Note de J. -B. Say.)
et plus les débouchés sont faciles, variés et vastes.
Dans les lieux qui produisent beaucoup, se crée la substance avec laquelle seule on achète : je veux dire la valeu7\ L’argent ne remplit qu’un office passager dans ce double échange; et, les échanges terminés, il se trouve toujours qu’on a payé des produits avec des produits.
Il est bon de remarquer qu’un produit terminé oflre, dès cet instant, un débouché h d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet, lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre, pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n’est pas moins empressé de se défaire de l’argent qui lui procure sa vente, pour que la valeur de l’argent ne chôme pas non plus. Or, on ne peut se défaire de son argent qu’en demandant à acheter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d’un produit ouvre, dès l’instant même, un débouché à d’autres produits.
C’est pour cela qu’une bonne récolte n’est pas seulement favorable aux cultivateurs, et qu’elle l’est en même temps aux marchands de tous les autres produits. On achète davantage toutes les fois qu’on recueille davantage. Une mauvaise récolte, au contraire, nuit à toutes les ventes. Il en est de même des récoltes faites par les arts et le commerce. Une branche de commerce qui prospère fournit de quoi acheter, et procure conséquemment des ventes à tous les autres commerces ; et d’un autre côté, quand une partie des manufactures ou des genres de commerce devient languissante, la plupart des autres en souffrent.
Cela étant ainsi, d’où vient, demandera-t-on, cette quantité de marchandises qui, à certaines époques, encombrent la circulation, sans [pouvoir trouver d’acheteurs? Pourquoi ces marchandises ne s’achètent-elles pas les unes les autres?
Je répondrai que des marchandises qui ne se vendent pas, ou qui se vendent à perte, excèdent la somme des besoins qu’on a de ces marchandises, soit parce qu’on en a produit des quantités trop considérables, soit plutôt parce que d’autres productions ont souffert. Certains produits surabondent, parce que d’autres sont venus à manquer.
En termes plus vulgaires, beaucoup de gens ont moins acheté, parce qu’ils ont moins gagné (1); et ils ont moins gagné, parce qu’ils ont trouvé des difficultés dans l’emploi de leurs moyens de production, ou bien parce que ces moyens leur ont manqué.
Aussi, l’on peut remarquer que les temps où certaines denrées ne se vendent pas bien sont précisément ceux où d’autres denrées montent à des prix excessifs (2) ; et comme ces prix élevés seraient des motifs pour en favoriser la production, il faut que des causes majeures ou des moyens violents, comme des désastres naturels ou politiques, l’avidité ou l’impéritie des gouvernements, maintiennent forcément d’un côté cette pénurie, qui cause un engorgement de l’autre. Cette cause de maladie politique vient-elle à cesser, les moyens de production se portent vers les roules où la production est demeurée eh arrière; en avançant dans ces voies-là, elle favorise l’avancement de la production dans toutes les autres. Un genre de production devancerait rarement les autres, et ses produits seraient rarement avilis,
(1) Les gains se composent, dans tous les états, depuis le plus gros négociant jusqu’au plus simple manœuvre, de la part qu’on obtient dans les valeurs produites. (Note de J. -B. Say.)
(2) 11 est facile à tout lecteur d’appliquer ces observations générales aux pays et aux époques dont il a connaissance. Nous en avons un exemple bien frappant en France, dans les années 1811, 1812 et 1813, où l’on a vu marcher de front le prix exorbitant des denrées coloniales, du blé, et de plusieurs autres produits, avec l’avilissement de beaucoup de detirées qui ne trouvaient que des débouchés désavantageux. (Note de J. -B. Say.)