‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 31 sur 69 · DU COMMERCE · texte numérisé non relu

DU COMMERCE

(«iean- Baptiste !S»ay)

Les entrepreneurs 'des diverses branches d’industrie ont coutume de dire que la difficulté n’est pas de produire, mais de vendre ; qu’on produirait toujours assez de marchandises si l’on pouvait facilement en trouver le débit. Lorsque le placement de leurs produits est lent, pénible, peu avantageux, ils disent que V argent est rare; l’objet de leurs désirs est une consommation active qui multiplie les ventes et soutienne les prix. Mais si on leur demande quelles circonstances, quelles causes sont favorables au placement de leurs produits, on s’aperçoit que le plus grand nombre n’a que des idées confuses sur ces matières, observe mal les faits, et les explique plus mal encore, tient pour constant ce qui est douteux, souhaite ce qui est directement contraire à ses intérêts, et cherche à obtenir de l’autorité une protection féconde en mauvais résultats.

Pour nous former des idées plus sûres et d’une haute application, relativement à ce qui ouvre des débouchés aux produits de l’industrie, poursuivons l’analyse des faits les plus connus, les plus constants ; rapprochons-les de ce que nous avons déjà appris par la même voie, et peutêtre découvrirons-nous des vérités neuves, importantes, propres à éclairer les désirs des hommes industrieux, et de nature à assurer la marche des gouvernements jaloux de les protéger.

(!) Tiré du Traité d'économie politique, liv. I, chap. xv

L’homme dont l’industrie s’applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée que là où d’autres hommes auront les moyens d’en faire l’acquisition. Ces moyens, en quoi consistent-ils? En d’autres valeurs, d’autres produits, fruits de leur industrie, de leurs capitaux, de leurs terres : d’où il résulte, quoiqu’au premier aperçu cela semble un paradoxe, que c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits.

Que si un marchand d’étoffes s’avisait de dire : Ce ne sont pas d'autres produits que je demande en échange des miens, c'est de l'argent, on lui prouverait aisément que son acheteur n’est mis en état de le payer en argent que par des marchandises qu’il vend de son côté. « Tel fermier,

« peut-on lui répondre, achètera vos étoffes si ses récoltes « sont bonnes ; il achètera d’autant plus qu’il aura pro- « duit davantage. Il ne pourra rien acheter s’il ne produit

« rien.

« Vous-même, vous n’êtes mis à même de lui acheter « son froment et ses laines, qu’autant que vous produisez « des étoffes. Vous prétendez que c’est de l’argent qu’il « vous faut I je vous dis, moi, que ce sont d autres pro- « duits. En effet, pourquoi désirez-vous cet argent? N’est- « ce pas dans le but d’acheter des matières premières « pour votre industrie, ou des comestibles pour votre « bouche (1)? Vous voyez bien que ce sont des produits « qu’il vous faut, et non de l’argent. La monnaie d’argent « qui aura servi dans la vente de vos produits, et dans « l’achat que vous aurez fait des produits d’un autre, ira,

(1) Lors même que ce serait pour enfouir la somme, le but ultérieur est toujours d’acheter quelque chose avec la somme. Si ce n’est l’enfouisseur qui achète, c’est son héritier, c’est celui aux mains de qui la somme tombe par quelque accident que ce soit; car de la monnaie, en tant que monnaie, ne peut servir à aucun autre usage.. (Note de J.-B. Say.)

b THÉORIE DES DÉBOUCHÉS ET LIBERTÉ DU COMMERCE. 139

r| « un moment après, servir au même usage entre deux

« autres contractants ; elle servira ensuite à d’autres, et « à d’autres encore, sans fin : de même qu’une voiture « qui, après avoir transporté le produit que vous aurez « vendu, en transportera un autre, puis un autre. Lors- « que vous ne vendez pas facilement vos produils, dites- ^ « vous que c’est parce que les acquéreurs manquent de

« voitures pour les emporter? Eh bien ! l’argent n’est que ? « la voiture de la valeur des produits. Tout son usage a

I j « été de voiturer chez vous la valeur des produits que

I I « l’acheteur avait vendus pour acheter les vôtres ; de

I l « même, il transportera chez celui auquel vous ferez un

. I « achat, la valeur des produits que vous aurez vendus à

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