‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 36 sur 69 · DES PROGRÈS SIMULTANÉS DE LA RICHESSE · texte numérisé non relu

DES PROGRÈS SIMULTANÉS DE LA RICHESSE

crédits, dans des pays éloignés, à des personnes dont il ne peut guère bien connaître la situation ni le caractère. Au contraire, le capital qu’un propriétaire a fixé, par des améliorations, au sol même de sa terre, paraît être aussi assuré que peut le comporter la nature des choses humaines. D’ailleurs, la beauté de la campagne, les plaisirs de la vie champêtre, la tranquillité d’esprit dont on espère y jouir, et l’état d’indépendance qu’elle procure réellement, partout où l’injustice des lois ne vient pas s’y opposer, sont autant de charmes plus ou moins séduisants pour tout le monde ; et comme la destination de l’homme, à son origine, fut de cultiver la terre, il semble conserver dans toutes les périodes de sa vie une prédilection pour cette occupation primitive de son espèce.

A la vérité, la culture de la terre, à moins d’entraîner avec soi beaucoup d’incommodités et de continuelles interruptions, ne saurait guère se passer de 1 aide de quelques artisans. Les forgerons, les charpentiers, les faiseurs de charrues et de voitures, les maçons et briquetiers, les tanneurs, les cordonniers et les tailleurs, sont tous gens aux services desquels le fermier a souvent recours. Ces artisans ont aussi, de temps en temps, besoin les uns des autres ; et leur résidence n’étant pas nécessairement attachée, comme celle du fermier, à tel coin de terre plutôt qu’à l’autre, ils s’établissent naturellement dans le voisinage les uns des autres, et forment ainsi une petite ville ou un village. Le boucher, le brasseur, le boulanger viennent bientôt s’y réunir, avec beaucoup d’autres artisans et de détaillants nécessaires ou utiles pour leurs besoins journaliers, et qui contribuent encore d’autant à grossir la ville. Les habitants de la ville et ceux de la campagne sont réciproquement les serviteurs les uns des autres. La ville est une foire ou marché continuel où se rendent les habitants de la campagne pour échanger leur produit brut contre du produit manufacturé. C’est ce

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commerce qui fournit aux habitants de la ville et les matières de leur travail, et les moyens de leur subsistance. La quantité d’ouvrage fait qu’ils vendent aux habitants de la campagne détermine nécessairement la quantité de matières et de vivres qu’ils achètent. Ainsi, ni leur occupation ni leur subsistance ne peuvent se multiplier en raison de la demande que fait la campagne d’ouvrage fait, et cette demande ne peut elle-même se multiplier qu’en raison de l’extension et de l’amélioration de la culture. Si les institutions humaines n’eussent jamais troublé le cours naturel des choses, les progrès des villes en richesses et en population auraient donc, dans toute société politique, marché à la suite et en proportion de la culture et de l’amélioration de la campagne ou du territoire environnant.

Dans nos colonies de l’Amérique septentrionale, où l’on peut encore se procurer des terres à cultiver à des conditions faciles, il ne s’est encore établi, dans aucune de leurs villes, de manufacture pour la vente au loin. Dans ce pays, quand un artisan a amassé un peu plus de fonds qu’il ne lui en faut pour faire aller le commerce avec les gens de la campagne voisine, en fournitures de son métier, il ne cherche pas à monter, avec ce capital, une fabrique pour étendre sa vente plus au loin, mais il l’emploie à acheter de la terre inculte et à la mettre en valeur. D’artisan il devient planteur : ni le haut prix des salaires, ni les moyens que le pays offre aux artisans de se procurer de l’aisance, ne peuvent le décider à travailler pour autrui plutôt que pour lui-même. Il sent qu’un artisan est le serviteur des maîtres qui le font vivre, mais qu’un colon qui cultive sa propre terre, et qui trouve dans le travail de sa famille de quoi satisfaire aux premiers besoins de la vie, est vraiment son maître et vit indépendant du monde entier.

Au contraire, dans les pays où il n’y a pas de terres

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