ET LES CAMPAGNES
(Adam Simitli)
Le grand commerce de toute société civilisée est celui qui s’établit entre les habitants de la ville et ceux de la campagne.
Il consiste dans l’échange du produit brut contre le produit manufacturé, échange qui se fait soit immédiatement, soit par l’intervention de l’argent ou de quelque espèce de papier qui représente l’argent. La campagne fournit à la ville des moyens de subsistance et des matières pour ses manufactures. La ville rembourse ces avances en renvoyant aux habitants de la campagne une partie du produit manufacturé. La ville, dans laquelle il n’y a ni ne peut y avoir aucune reproduction de subsistances, gagne, à proprement parler, toute sa subsistance et ses richesses sur la campagne. Il ne faut pourtant pas s’imaginer pour cela que la ville fasse ce gain aux dépens de la campagne. Les gains sont réciproques pour l’une et pour l’autre, et en ceci, comme en toute autre chose, la division du travail tourne à l’avantage de chacune des différentes personnes employées aux tâches particulières dans lesquelles le travail se subdivise. Les habitants de la campagne achètent de la ville une plus grande quantité de denrées manufacturées avec le produit d’une bien moindre quantité de leur propre travail^ qu’ils n’auraient été obligés
(l) Smith explique comment s’établirent les échanges réciproques entre les villes et les campagnes, puis les développements sucessifs de l’agriculture, des manufactures et du commerce.
d’en employer s’ils avaient essaye ne tes prepaiei cuamêmes. La ville fournit un marché au surplus du produit de la campagne, c’est-à-dire à ce qui excède la subsistance des cultivateurs, et c’est là que les habitants de la campagne échangent ce surplus contre quelque autre chose qui est en demande chez eux. Plus les habitants de la ville sont nombreux et plus ils ont de revenu, plus est étendu le marché qu’ils fournissent à ceux de la campagne; et plus ce marché est étendu, plus il est toujours avantageux pour le grand nombre. Le blé qui croît à un mille de la ville s’y vend au même prix que celui qui vient d’une distance de vingt milles. Or, le prix de celui-ci en général doit non seulement payer la dépense de le faire croître et de l’amener au marché, mais rapporter encore au fermier les profits ordinaires de la culture. Ainsi les propriétaires et cultivateurs qui demeurent dans le voisinage de la ville gagnent, dans le prix de ce qu’ils vendent, outre les profits ordinaires de la culture, toute la valeur du transport de pareil produit qui est apporté d’endroits plus éloignés, et ils épargnent de plus toute la valeur d un pareil transport sur le prix de ce qu’ils achètent. Comnarez la culture des terres situées dans le voisinage d’une
16(j LECTURES CHOISIES D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
qui fournit la subsistance, doivent nécessairement être antérieures aux progrès de la ville, qui ne fournit que les choses de luxe et de commodité. G est seulement le surplus du produit de la campagne, c’est-à-dire l’excédent le la subsistance des cultivateurs, qui constitue la subiistance de la ville, laquelle par conséquent ne peut se )eupler qu’autant que ce surplus de produit vient à {grossir. A la vérité, il se peut bien que la ville ne tire pas oujours la totalité de ses subsistances de la campagne qui ] avoisine, ni même du territoire auquel elle appartient, mais qu’elle les lire de campagnes fort éloignées ; et cette circonstance, sans faire exception à la règle générale, a iiéanmoins fait varier considérablement, chez différents
]>euples et dans différents siècles, la marche des progrès le l’opulence.
Cet ordre de choses, qui est en général établi par la I écessité, quoique certains pays puissent faire exception, s 3 trouve, en tout pays, fortifié par le penchant naturel de l’homme. Si ce penchant naturel n’eût jamais été cont -arié par les institutions humaines, nulle part les villes ne se seraient accrues au delà de la population que pouviit soutenir l’état de culture et d’amélioration du territoire dans lequel elles étaient situées, au moins jusqu’à Ci que la totalité de ce territoire eût été pleinement cultivée et améliorée. A égalité de profits, ou à peu de différ(!uce près, la plupart des hommes aimereront mieux emp oyer leurs capitaux à la culture et à l’amélioration de la terre, que de les placer dans des manufactures ou dans le commerce étranger. Une personne qui fait valoir son cap tal sur une terre l’a bien plus sous les yeux et à son commandement, et sa fortune est bien moins exposée aux accidents que celle du commerçant; celui-ci est souvent obligé de confier la sienne, non seulement aux vents et aux flots, mais à des éléments encore plus perfides, la folie et rinjustice des hommes, quand il accorde de grands