‹ Lectures choisies d'économie politique [microform];Chapitre 62 sur 69 · IMPOTS SUR LES OBJETS DE NÉCESSITÉ ET DE LUXE · texte numérisé non relu

IMPOTS SUR LES OBJETS DE NÉCESSITÉ ET DE LUXE

tous les objets manufacturés, et par conséquent à en diminuer la vente et la consommation. Les impôts sur les choses de luxe sont payés en définitive par les consommateurs de la chose imposée, sans aucune répétition de leur part. Ils tombent indistinctement sur toutes espèces de revenus, salaires de travail, profits de capitaux et rentes de terre. Les impôts sur les choses de nécessité, pour ce qui porte sur la classe pauvre et ouvrière, sont payés en définitive, partie par les propriétaires dans le déchet que souffrent leurs revenus fonciers, et partie par y

les riches consommateurs, propriétaires et autres, dans le surhaussement de prix des choses manufacturées, et toujours ils sont payés avec une surcharge considérable. L’élévation du prix de ces choses manufacturées, qui sont de véritables choses de nécessité, et qui sont destinées à la consommation du pauvre, des grosses étoffes de laine par exemple, doit nécessairement être compensée chez le pauvre par l’élévation de son salaire. Si les classes supérieures et moyennes entendaient bien leur intérêt, elles devraient toujours s’opposer à tous impôts sur les choses nécessaires à la vie, tout comme aux impôts directs sur les salaires du travail. Le payement définitif des uns aussi bien que des autres retombe en entier sur elles, et toujours avec une surcharge considérable. Il retombe avec plus de poids surtout sur le propriétaire, qui paye toujours doublement ou à deux différents litres ; comme propriétaire, par la réduction de son revenu, et comme riche consommateur, par l’augmentation de sa dépense. L’observation faite par sir Matthieu Decker, qu’il y a des impôts qui sont quelquefois répétés et accumulés cinq ou six fois dans le prix de certaines marchandises, est parfaitement juste à l’égard des impôts sur les choses nécessaires à la vie. Par exemple, dans le prix du cuir, il faut que vous payiez non seulement l’impôt sur le cuir des souliers que vous portez, mais -encore une partie de cet

impôt sur les souliers que portent le cordonnier et le tanneur (1). Il faut que vous payiez de plus pour l’impôt sur le sel, sur le savon et sur les chandelles que consomment ces ouvriers pendant le temps qu’ils emploient à travailler pour vous, et puis encore pour l’impôt sur le cuir qu’usent le faiseur de sel, le faiseur de savon et le faiseur de chandelles, pendant qu’ils travaillent pour ces mêmes ouvriers.

Dans la Grande-Bretagne, les principaux impôts sur les choses de nécessité sont ceux sur les quatre denrées que je viens de nommer : le sel, le cuir, le savon et la chandelle.

Le sel est un objet d’imposition très ancien et très universel. Il était imposé chez les Romains, et il l’est actuellement, je crois, dans tous les endroits de l'Europe. La quantité annuellement consommée par un individu est si petite et peut s’acheter si aisément à mesure du besoin, qu’on a pensé, à ce qu’il semble, qu’un impôt, même assez lourd sur cette denrée, ne serait girère sensible pour personne. Il est imposé, en Angleterre, à 3 shillings 4 deniers le boisseau, environ trois fois le prix originaire de cette denrée (2). En quelques autres pays, l’impôt est encore plus fort (3). Le cuir est vraiment une chose de

(1) Il est certain que la taxe sur une marchandise élèvera le prix de tous les articles dans la confection desquels elle entre. Une taxe sur le charbon et les chandelles, par exemple, fera hausser le prix des marchandises dans la production desquelles on en consomme. Mais on ne voit pas pourquoi, quand une taxe est mise sur le cuir, le consommateur payerait la part du cordonnier. Ceux qui font le commerce d’une marchandise imposée avancent d’abord le montant de cette taxe, qui leur rentre quand la marchandise est vendue. Mais la portion qu’ils consomment eux-mêmes reste naturellement à leur charge, car la circonstance qu’ils font le commerce de cette marchandise ne peut pas les placer dans une position exceptionnelle. (Note d’un. commentateur).

(2) En 1198, le droit a été porté à 5 sh. par boisseau. M. Pitt évaluait à un demi-boisseau la consommation annuelle d'une famille pauvre.

(3) L’opinion d’Ad. Smith sur le caractère inoffensif d’un impôt même

fort sur le sel a été vivement contestée. B.)

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