‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 104 sur 302 · ÉPILOGUE. — MORT DE CÉLUTA · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE. — MORT DE CÉLUTA

Un soir, lorsque les bannis- prenaient leur repas k la porte de leurs tentes, Céluta sortit de la sienne. Elle était vêtue d'une robe de peaux d'oiseaux et de quadrupèdes cousues ensemble, ouvrage ingénieux de Mila ; ses cheveux blancs flottaient en boucles sur sa jeune tête, ornée d'une couronne de ronces à fleurs bleues ; elle portait dans ses bras la fille de René, et Mila suivait sa compagne. Les bannis, étonnés et charmés de les voir, se levèrent, les comblèrent de bénédictions et leur formèrent un cortège. Ils arrivèrent ainsi au bord dune cataracte dont on entendait au loin les mugissements. Cette cataracte, qu'aucun voyageur n'avait visitée, tombait entre deux montagnes dans un abîme. Céluta donna un baiser à sa fille, la déposa sur le gazon, mit sur les genoux de l'enfant le Manitou d'or^ et l'urne où le sang s'était desséché '*. Mila et Céluta, se tenant par la main, s'approchèrent du bord de la cataracte comme pour

qu'en créant René, Chateaubriand n'a fait que se peindre lui-même ou le Chateaubriand qu'il avait rêvé, d'être. ' IP partie.

2 Les Nnlchez, forcés par la vengeance des Français d'abandonner leur territoire.

3 « Les deux amis échangèrent les manitous de l'amitié. Outougamiz donna à René le bois d'un élan qui, tombant chaque année, chnque année se relève avec une branche de plus, comme l'amitié qui doit ^'accroître en vieillissant. René fit présent à Outougamiz d'une chaîne d'or. » Nalchez, l' partie, L. 111.

* « Oulougamiz s'assit auprès des restes inanimés du guerrier blanc. D'un air de mystère, il approcha l'œil d'une des blessures de son ami, comme peur voir dans le sein de René. Joignant lea mains avec admiration, l'insensé dit quelques mots d'une tendresse passionnée. Il prit ensuite un petit vase de pierre sur une table, recueillit du sang de René qu'il réchaulTa avec le sien, après s'être ouveit une veine. Il trempa le Manitou d'or dans le philtre de l'amitié, et il remit la chaîne à son cou. » Natchez, 1I« partie.

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regarder au fond, et, plus rapides que la chute uu fleuve, elles accomplirent leur destinée. Céluta s"étail souvenue que René, dans sa lettre, avait regretté de ne s'être pas précipité dans les ondes écumantcs.

Les femmes prirent dans leurs bras la fille de René laissée sur la rive ; elles la portèrent au plus vieux sachem, qui en confia le soin à une matrone renommée. Cette matrone suspendit au cou de l'enfant le Manitou d'or comme une parure. Le nom français d'Amélie étant ignoré des sauvages, les sachems en imposèrent un autre à l'orpheline, qui vit ainsi périr jusqu'à son nom.

Lorsque la fille de Céluta eut atteint sa seizième année, on lui raconta l'histoire de sa famille. Elle parut triste le reste de sa vie, qui fut courte. Elle eut elle-même, d'un mariage sans amour, une fille plus malheureuse encore que sa mère. Les Indiens chez lesquels les Natchez s'étaient retirés périrent presque tous dans une guerre contre les Iroquois, et les derniers enfants de la nation du soleil se vinrent perdre dans un second exil au milieu des forêts de Niagara.

Il y a des familles que la destinée semble persécuter : n'accusons pas la Providence. René porta le double châtiment de ses passions coupables. On ne fait pas sortir les autres de l'ordre sans avoir en soi quelque principe de désordre ; et celui qui, même involontairement, est la cause de quelque crime n'est jamais innocent aux yeux de Dieu K

Puisse mon récit avoir coulé comme tes flots, ô Meschacebé !

' C'est la leçon qui se dégage de René et des Natchez, Ainsi l'CBUvre, qui sans cette conclu^■ion serait triste jusqu'à en être désenchaulante, se relève et prend une haute portée morale.

Atata ou les Amours de deux sauvages dans le désert parut au printemps de I80i. Tout d'abord, Chateaubriand avait conçu Atala comme un e'pisode des Natchez : au moment de publier le Génie du Christianisme, il voulut en faire le couronnement du chapitre qui s'intitule : « Les Harmonies de la reli,:;ion chrétienne avec les scènes de la nature et les passions du cœur humain. « Mais la publication du Génie souffrant de quelques lenteurs, il se décida pour préparer l'opinion à Ismcer Atala. Le succès de cette simple histoire d'amour fut considérable.

Analyse : Chactas, fils d'Outalissi, Natchez, raconte au Français René, son fils adoptif, une aventure de sajeunessc.

A dix-sept ans, il perd Outalissi, tué dans un combat contre les Muscogulges : il est entraîné par les fuyards à Saint-Augustin, et recueilli par un Espnpnol du nom de Lopez. Mais un jour, pris du regret de la vie indienne, il repart pour le désert. Il y est pris par un parti de Muscogulges et de Siminoles : d'après la coutume indienne, il est emmené au grand village pour y être brûlé.

Pendant la route, une jeune fille de la troupe, Atala, s'éprend d'amour pour Chactas. La nuit qui précède le supplice, elle détache ses liens et fuit avec lui vers le nord.

Vingt-sept jours, ils marchent, se nourrissant des fruits des arbres et de la chair des oiseaux que tuent les flèches de Chactas. Épuisés de fatigue, un orage les surprend. Au moment où Atala va, toute troublée d'amour et d'émotion; se donner à Chactas, la foudre brise un arbre à

leurs pieds... Ils fuient éperdus. Un missionnaire qui les renconlre, le père Aubry les conduit à sa grotte. I.e lendemain, Chactas et le père Aubry trouvent Alala mourante. Pour être sûre de ne point violer le vœu que lui a impesé sa mère de garder sa virginité, Atala, ii;norant qu'elle pouvait être relevée de sa promesse, s'est empoisonnée. C'est en vain que les deux hommes essaient de la ramener à la vie : elle meurt entre leurs bras. Chactas confie à la terre la dépouille d" Atala et, plein de tristesse, il se sépare du missionnaire.

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