‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 119 sur 302 · LES FIANÇAILLES · texte numérisé non relu

LES FIANÇAILLES

Dans nos campagnes, les fiançailles se montraient encore avec leurs grâces antiques. Par une belle matinée du mois d'août, un jeune paysan venait chercher sa prétendue à la ferme de son futur beau- père. Deux ménétriers, rappelant nos anciens minstrels ouvraient la pompe en jouant sur leurs violons des romances du temps de la chevalerie ou des cantiques des pèlerins. Les siècles, sortis de leurs tombeiiux gothiques, semblaient accompagner cette jeunesse avec leura vieilles mœurs et leurs vieux souvenirs. L'épousée recevait du curé la bénédiction des fiançailles, et déposait sur l'autel une quenouille entourée de rubans. On retournait ensuite à la ferme ; la dame et le seigneur du lieu, le curé et le juge du village s'asseyaient avec les futurs époux, les laboureurs et les matrones, autour d'une table où étaipnt servis le verrat d'Eumée^ et le veau gras des patriarches. La fête se terminait par une ronde dans la grange voisine ; la demoiselle du château dansait, au son de la

' Eumée : le porcher d'Ulysse (Homère, Odyssée),

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musette, une ballade avec le fiancé, tandis que les spectateurs étaient assis sur la gerbe nouvelle, avec les souvenirs des filles de Jélhro ', des moissonneurs de Booz^ et dos fiançailles de Jacob et de Rachel'

LA FÉTL UfcS ROIS

Les cœurs simples ne se rappellent point sans attendrissement ces heures d'épanchement où les familles se rassemblaient autour des gâteaux qui retraçaient les présents des Mages. L'aïeul, retiré pendant le reste de l'année au fond de son appartement, reparaissait dans ce jour comme la divinité du foyer paternol. Ses petits-enfants, qui depuis longtemps ne rêvaient que la fête attendue, entouraient ses genoux et le rajeunissaient de leur jeunesse. Les fronts respiraient lagaieté, les cœurs étaient épanouis ; la salle du festin était merveilleusement décorée, et chacun prenait un vêtement nouveau. Au choc des verres, aux éclats de la joie, on tirait au sort ces royautés qui ne coûtaient ni soupirs ni larmes ; on se passait ces sceptres qui ne pesaient point dans la main de celui qui les portait. Souvent une fraude, qui redoublait l'allégresse des sujets et n'excitait que les plaintes de la souveraine, faisait tomber la fortune à la fille du lieu et au fils du voisin dernièrement arrivé de l'armée. Les jeunes gens rougissaient, embarrassés qu'ils étaient de leur couronne ', les

< Jélhro, prince et prêtre du pays de Madian, recueillit Moïse, exilé d'Egypte, le garda quarante ans auprès de lui. et lui donn.-» en muiage sa fille Séphora.

2 Voyez 1^1 légende du Livre de Rulh et les deux poèmes qui en f-ont inspirés : le Rulh de Florian et l'admirable Booz- endormi d'Hugo {Légende des SièclcSj.

3 Jacob, pour obtenir sa cousine Rachel, s'était enfiagc à servir Laban pendant sept années : trompé par celui-ci, il dut, avant d'épouser R ichel, servir Laban sept nouvelles années.

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mères souriaient, et l'aïeul vidait sa coupe à la nouvelle reine.

Or, le curé présent à la fête recevait, pour la distribuer avec d'autres secours, cette première part appelée la part des pauvres. Des jeux de Tancien temps, un bal dont quelque vieux serviteur était le premier musicien, prolongeaient les plaisirs, et la maison entière, nourrices, enfants, fermiers, domestiques et maîtres dansaient ensemble la ronde antique.

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