PASCAL
Il y avait un homme, qui à douze ans avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques-; qui à seize ans avait fait le plus savant traité des coniques qu'on eût vu depuis l'antiquité; qui, à dix-neuf réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l'entendement^ ; qui à vingt-trois ans démontra les
* Voy. A/émoiVes: o Quand je transportai cette description dans le Génie du ChriRlianisme, mes ppn&ées étaient analogues à la scène: mai;, quand j'assistai au brillant ^peclacle, le vieil liomme était encore tout entier au fond du jeune homme. Etait-ce Dieu seul que je contemplais sur les flots?... Non. Je voyais une femme elles miracles de son sourire ». Ecrit en ISS/i.
2 Dp lui-même, avec des définitions qu'il s'éfail faites, il trouva jusqu'à In trente-deuxième proposition d'Euclide : • Les trois an»lp> «run triangle équivalent à deux angles droits ». Cf. La Vie de filnisc. l'ascol pav M"" Péiier, sa sœur.
' l'a-cal a à \ âgf de dix-huit ans inventa cette machine d'arithmétique [)ar laquelle on tait non-seulement toutes séries de suppu- (atioiir- sans plumes et sans jctonr-, mais on les fait nn^ne sanssavoij' aucuii»^ \-pii\e d'arithmétique et avec une sûreté infailli hle ». Vie de Biaise l'ascal, par M"' Périer. Au Conservatoire des Arts e«
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phénomènes de la pesanteur de Tair, et détruisit une des grandes erreurs de l'ancienne physique ' ; qui à cet âge où les autres hommes commencent à peine de naître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines, s'aperçut de leur néant, et tourna ses pensées vers la religion ; qui depuis ce moment jusqu'à sa mort, arrivée dans sa trente-neuvième année, toujours infirme et souffrant, fixa la langue que parlèrent Bossuet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie comme du raisonnement le plus fort; enûn, qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut, par abstraction un des plus hauts problèmes de géométrie- et jeta sur le papier despensées qui tiennent autant du dieu que de l'homme : cet effrayant génie se nommait Biaise Pascal.
Il est difficile de ne pas rester confondu d'étonnement lorsqu'en ouvrant les Pensées du philosophe chrétien on tombe sur les six chapitres où il traite de la nature de l'homme. Les sentiments de Pascal sont remarquables surtout par la profondeur de leur tristesse et par je ne sais quelle immensité : on est suspendu au milieu de ces sentiments comme dans l'infini. Les métaphysiciens parlent de cette pensée
Métiers se conserve un modèle de la machine arithmétique avec cette inscription ; Eslo probati instrumenli signaculum hoc, Blasius Pascal, Arvernus, 163^.
1 C'est de 1645 à 1648 qu'il fit ou fit faire sur le Puy-de-Dome et répéta à Rouen, puis à Paris sur la tour Sainl-.lacques-la- Boucherie les expériences barométiiques qui contirnièrenl les découvertes de Galilée, de Torriceili, de De cartes
2 « Le renouvellement de ses mnux commença par un mal de dente qui lui ùla absolumer.t le sommeil. Dans seb grandes veilles îl lui vint une nuit dans l'esprit, sans dessein, quelques pensées sur la propooilinn de la roulette. Cette pensée étant suivie d'une autre et celle-ci d'une autre, eniin une multitude de peiiï-éeb qui se succédèrent les unes aux autres lui découvrirent comme malgré lui la démonstration de toutes ces clisses, doul il l'ut lui-même surpris. » Vie de Biaise Pasc-i'l, par M""* Périer.
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abstraite qui n'a aucune propriété de la matière, qui touche tout sans se déplacer, qui vit d'elle-inT^me, qui ne peut périr parce quelle est invisible, et qui prouve péremptoirement l'immortalité de Tâme : celte définition de la pensée semble avoir été sugjjérée aux métaphysiciens par les écrits de Pascal.