LES CATACOMBES
Un jour, j'étais allé visiter la fontaine Egérie*. La nuit me surprit. Pour regagner la voie Appienne, je me dirigeai sur le tombeau de Cécilia Métella, chefd'œuvre de grandeur et d'élégance. En traversant des champs abandonnés, j'aperçus plusieurs personnes qui se glissaient dans l'ombre, et qui toutes, s'arrêtant au même endroit, disparaissaient subitement. Poussé par la curiosité, je m'avance, et j'entre hardiment dans la caverne où s'étaient plongés les mystérieux fantômes : je vis s'allonger devant moi des galeries souterraines, qu'à peine éclairaient, de loin en loin, quelques lampes suspendues. Les murs des corridors funèbres étaient bordés d'un triple rang de cercueils
1 Melpomène est la Muse de la tragédie, Thalie, la muse de la comédie ei des fet^lins joyeux.
2 Cf. Homère. Odijssée, III. C'est Polycasie qui conduit Télémaqiie au baiti loi>que celui-ci est Thôte de ton père Nestor.
3 11 y avait en Mes;^ériie uno ville, une montagne et une rivière du nom d'Irn.
♦ C'est Eudore qui parle.
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placés Ipsuns :iii 'Inssus des autres. La InmiiMP luirubre des lampHs. r;Mii|>anl sur les parois (l<- v.iùirs ft se raouvanl avrc liiiieur le long des sépiil- »•>, i(''i);indait une mobililf filiayante sur ces ob,ris iiTiutlIctnent immobiles. \.i\ v.ijii, prêtant une oieilu' .iiifiiiive, je cherche à saisii- nnclques sons pour im- >lirij:('r à travers unabiun'Mi- silence, je n'entends i|in' If balleinent démon cœur d.ms le repos absolu dr < es lieux. Je voulus relouiiH r en arriére, mais il néhiii plus temps: je pris une lansse route, et, au lieu de s(»rl ii- du dédale, je m'y enfonçai. I>e nouvelles avenues. <|ui s'ouvrent et se croisent de toutes parts, augnienienl à chaque instant mes peiplexités. Plus je m'ellojce de trouver un chemin, plus je m'égare; tantôt je m avance avec lenteur, tantôt je passe avec vitesse : alors par un effet des échos, (jui répétaient le bruit de mes pas, je crois entendre marcher précipitamment deniére moi*. Il y avait dé|à longtemps que j'errais ainsi : mes forces commençaient à s'épuiser: je m'assis à un carrefour solitaire de la cité des morts .le regardais avec inquiétude la lumière des lampes presque consumées qui menaçaient de s'éteindre. Tout à coup une harmonie semblable au chœur lointain des esprits célestes sort du fond de ces demeures sépidcrales : ces divins accents expiraient et renaissaient tour à tour; ils semblaient s'adoucir encore en s'égarant dans tes routes tortueuses du souterrain. Je me lève, et je m'avance vers les lieux d'où s'échappent ces magiques concerts : je découvre une salle illuminée. Sur un tombeau paré de tleurs, Marcellin' célébrait le mystère des
' Déjà dans son poème de V Imagination (ch. vi), Delille avait décrit les ('aiacumties dâ Rome et l'anpois^se du leune peintre qui s'y était éjraré. Hubert Robert lui-même avait peint les Catacombes et 8*y était représenté abattu par la fatigue et par le dé- Bespoir.
* L'évêque de Rume.
chrétiens ; des jeunes filles couvertes de voiles blancs chantaient au pied de l'autel ; une nombreuse assemblée assistait au sacrifice. Je reconnais les catacombes' ! Un mélange de honte, de repentir, de ravissement s'empare de mon âme.