ÉDUCATION DE CYMODOCÉE
Démodocus, ayant consacré sa fille aux Muses, l'instruisait de tous les usages des sacrifices ; illui montrait à choisir la génisse sans tache, à couper le poil sur le front des taureaux,àle.jeter dans le feu, à répandre l'orge sacrée; il lui apprenaitsurtoutà toucher la lyre, charme des infortunés mortels.Souvent assis avec cette fille chérie sur un rocher élevé, au bord de la mer, ils chantaient quelques morceaux choisis de Vlliode et de VUdyssée : la tendresse d'Andromaque, la sagesse de Pénélope, la
1 Toute la péiiode, màns quelques mots, se reti'ouve dans i'/linéraire: i^ vallée du Jourdain.
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modestie de Nausicaa; ils disaient les maux qui sont le partage des enfants de la terre : Agamemnon sacrifié par son épouse ; Ulysse demandant Taumûne à la porte de son palais ; ils s'attendrissaient sur le sort de celui qui meurt loin de sa patrie, sans avoir revu la fumée de ses foyers paternels; et vous aussi, jeunes hommes, ils vous plaignaient, vous qui gardiez les troupeaux des rois vos pères, et qu'une occupation si innocente ne put sauver des terribles mains d'Achille M
Nourrie des plus beaux souvenirs de l'antiquité dans la docte familiarité des Muses, Cymodocée développait chaque jour de nouveaux charmes. Démodocus, consommé dans la sagesse, cherchait à tempérer cette éducation toute divine en inspirant à sa fille le goût d'une aimable simplicité. Il aimait à la voir quitter son luth pour aller remplir une urne à la fontaine, ou laver les voiles du temple au courant d'un fleuve. Pendant les jours de l'hiver, lorsque, adossée contre une colonne, elle tournait ses fuseaux à la lueur d'une flamme éclatante*, il lui disait :
« Cymodocée, j'ai cherché dés ton enfance à t'enrichir de vertus et de tous les dons des Muses, car il faut traiter notre âme, à son arrivée dans notre corps, comme un céleste étranger que l'on reçoit avec des parfums et des couronnes. Mais, ô fille d'Épicharis, craignons l'exagération, qui détruit lo bon sens; prions Minerve de nous accorder la raison, qui produit; dans notre naturel cette modération, sœur de la vérité, sans laquelle tout est mensonge. »
Ainsi de belles images et de sages propos charmaient et instruisaient Cymodocée. Quelque chose des Muses
1 « Cesl Ulysi-e qui ref^relle de mourir avant d'avoir revu la fumée qui s'élève de tes foyers; ce sont les frères d'Andromaque qui furent tués par Achille lorsqu'ils îrardaienl le» troupeaux, m N. de C.
* Cf. Homère, Odj/.'sJc, V 1 , 305.
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auxquelles elle était consacrée avait passé sur son visage, dans sa voix et dans son cœur. Quand elle baissait ses long-ues paupières, dont l'ombre se dessinait sur la blancheur de ses joues, on eût cru voir la sérieuse Molpoméne ; mais quand elle levait les yeux, vous l'eussiez prise pour la riante Thalie '. Ses cheveux noirs ressemblaient à la fleur d'hyacinthe, et sa taille au palmier de [)élos. Un jour, elle était allée au loin cueillir le dictame avec son père. Pour découvrir cette plante précieuse, ils avaient suivi une biche blessée par un archer d'OEchalie ; on les aperçut sur le sommet des montagnes: le bruit se répandit aussitôt que Nestor et la plus jeune de ses filles, la belle Polycaste', étaient apparus à des chasseurs dans les bois de Tlra^.