A la grand'garde de l'isthme
Nous nous enfonçâmes dans les défilés du mont Oneïus, perdant de vue et retrouvant tour à tour la mer Saronique' et Corinthe. Du plus haut de ce mont, qui prend le nom de Macriplaysi, nous descendimes và Dervène, autrement à la grand'garde. Je montrai mon ordre du [)acha. Le commandant minvilaà fumer la pipe cl a boire le café dans sa baraipie. C'était un gros homme d'une figure calme et apathique, ne pou-
t La mer Saronique, qui porte aujourrriiui le nom de golfe tl'Egine ou d'Alliènes, est celte partie de la mer Etrée qui s'enfonce dans les terres enlre le cap Sunium et la pointe de l'ArijoUde.
ITINÉUAIIŒ l)i; l'AIilS A JÉRUSALEM 3Gi
vant faire un mouvement sur sa natte sans soupirer, comme s"il éprouvait une douleur: il examina mes armes, me fit remarquer les siennes, surtout une longue carabine qui portait, disait-il^ fort loin. Les gardes aperçurent un paysan qui gravissait la montagne hors du chemin; ils ïtii crièrent de descendre: celuici n'entendit point la voix. Alors le commandant se leva avec effort, prit sa carabine, ajusta longtemps entre les sapins le paysan, et lui lâcha son coup de fusil. Le Turc revint, après cette expédition, se rasseoir sur sa natte, aussi tranquille, aussi bonhomme qu'auparavant. Le paysan descendit à la garde, blessé en toute apparence, car il pleurait et montrait son sang. On lui donna cinquante coups de bâton pour le guérir.
Je me levai brusquement, et d'autant plus désolé, que l'envie de faire briller devant moi son adresse avait peut-être déterminé ce bourreau à tirer sur le paysan. Joseph ne voulut pas traduire ce que je disais, et peut-être la prudonce était-elle nécessaire dans « e moment, mais je n'écoutais guère la prudence. Je uie fis amener mon cheval, et je partis sans attendre le janissaire, qui criait inutilement après moi. Il me rejoignit avec Joseph lorsfjue j'étais déjà assez avancé sur la croupe du mont Géranien*.