Entrée à Athènes
Enfin le grand jour de notre entrée à Athènes se leva. A trois heures du matin, nous étions tous à cheval ; nous commençâmes à défder en silence par la voie sacrée * : je puis assurer que l'initié le plus dévot .'i Cérès n'a jamais éprouvé un transport aussi vif que lo
' Montagne située prèà de Mégare.
- C'élail la route que suivaient les processions en riioiineur <ie
Cérè-.
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mien. Nous avions mis nos beauxhabits pourlafête; îe janissaire avait retourné son turban, et, par extraordinaire, on avait frotté et pansé les chevaux.
La première chose qui frappa mes yeux, ce fut la citadelle éclairée du soleil levant : elle était juste en face de moi, de l'autre côté de la plaine, et semblait appuyée sur le mont Hymette. qui faisait le fond du tableau. Elle présentait, dans un assemblage confus, les chapiteaux des Propylées, les colonnes du Parthénon et du temple d'Erechthée*, les embrasures d'une muraille chargée de canons, les débris gothiques des chrétiens et les masures des musulmans. Deux petites collines, l'Anchesme et le Musée, s'élevaient au nord et au midi de l'AcropoIis. Entre ces deux collines, et au pied de l'AcropoIis, Athènes se montrait à moi : ses toits aplatis, entremêlés de minarets, de cyprès, de ruines, de colonnes isolées, les dômes de ses mosquées couronné? par de gros nids de cigognes, faisaient un effet agréable aux rayons du soleil. Mais si l'on reconnaissait encore Athènes à ses débris, on voyait aussi à l'ensemble de son architecture et au caractère général des monuments, que la ville de Minerve n'était plus habitée par son peuple.
Une enceinte de montagnes, qui se termine àlamer, forme la plaine ou le bassin d'Athènes. Du point où je voyais cette plaine au mont Pcccile, elle paraissait divisée on trois bandes ou régions, courant dans une direction parallèle du nord au midi. La première de-ces régions, et la plus voisine de moi était inculte et cou-
* Les> Propylées, vestibule de l'Acropole d'Athènes, étaient formés d'un ensemble de constructions, doit la principale était au cenlve un portiqno de six colonnes doriques avec entablement et fronton. — Le Parthénon, le plus beau des temples grecs qui nouait éli'' conservé, était consacré à Athèna Parlhénos (vierge. — L'Ereclilhéiun, silué sur l'Acropole, conicnait deux sanctuaires,, dédiés Tun à AlUi na Poliade, l'autre à Poséidon Erechlhée.
verte de bruyères ; la seconde offrait un terrain labouré où Ion venait de faire la moisson ; la troisième présentait un long bois d'oliviers, qui s'étendait un peu circulairement depuis les sources de l'Ilissus \ en passant au pied de TAnchesme, jusque vers le port de Phalére-. Le Cépliise coule dans cette forêt, qui, par sa vieillesse, semble descendre de l'olivier que Minerve fit sortir de la terre. L'IIissus a son lit desséché de l'autre côté d'Athènes, entre le mont Hymette et la ville. La plaine n'est pas parfaitement unie : une petite chaîne de collines détachéedumont Hymette en surmonte le niveau et forme les différentes hauteurs sur lesquelles Athènes plaça peu à peu ses monuments.
Ce n'est pas dans le premier moment d'une émotion très-vive que Ion jouit le plus de ses sentiments. Je m'avançais vers Athènes avec une espèce de plaisir qui m'ôtiitle pouvoir de la réflexion; non que j'éprouvasse quelque chose de semblable à ce que j 'avais senti à la vue de Lacédémone. Sparte et Athènes ont conservé jusque dans leurs ruines leurs différents caractères : celles de la première sont tristes, graves et solitaires; celles de la seconde sont riantes, légères, habitées.
Des trois bandes ou régions qui divisaient devant nous la plaine d'Athènes, nous traversâmes rapidement les deux premières, la région inculte et la région cultivée. Nous entrâmes dans le bois d'oliviers. iNous distinguâmes bientôt le lit du Céphise entre les troncs des oliviers qui le bordaient comme de vieux saules : je mis pied à terre pour saluer le fleuve et pour boire de son eau ; j'en trouvai tout juste ce qu'il m'en fal-
> L'IIissus prenait sa source au mont HymeUe, longeait Aliicnes vers le S.-E. et se jetait dans le golfe d'tgine ; le Cépliise coulait eu nord de la ville et avait son emboucliui-c au pori de Phalère.
* Athèue» avait trois ports : Munychie, Phalère et le Pirée.
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lait dans un creux sous la rive ; le reste avait été détourné plus haut pour arroser les plantations d'oliviers.
En sortant du bois d'oliviers, nous trouvâmes un jardin environné de murs, et qui occupe à peu près la place du Céramique extérieur* . Nous mîmes unedemiheure pour nous rendre à Athènes, àtravers un chaume de froment. Un mur moderne nouvellement réparc et ressemblant à un mur de jardin renferme la ville. Nous en franchîmes la porte, et nous pénétrâmes dans de petites rues champêtres, fraîches et assez propres : chaque maison a son jardin planté d'orangers et de figuiers. Le peuple me parut gai et curieux, et n'avait point l'air abattu des Moraïtes^.