‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 177 sur 302 · Les marins grecs · texte numérisé non relu

Les marins grecs

C'est véritablement une chose surprenante que de voir naviguer des Grecs. Le pilote est assis les jambes croisées, la pipe à la bouche; il tient la barre du gouvernail, laquelle, pour être do niveau avec la main qui la dirige, rase le plancher do la poupe. Devant ce pilolti à demi-couché, et qui n'a, par conséquent, aucune force, est une boussole, qu'il ne connaît point et qu'il ne regarde pas. A la moindre apparence de danger, on déploie sur le pont des cartes françaises et italiennes; tout l'équipage se couche à plat ventre, le capitaine à la tête; on examine la carte, on en suit les dessins avec le doigt; on tâche de reconnaître l'endroit où l'on est; chacun donne son avis : on finil par ne plus rien entendre à tout ce grimoire des Francs; on reploie la carte, on amène les voiles ou l'on fait vent arrière : alors on reprend la pipe et le chapelet; on se recommande à la Providence, et l'on attend l'événement. Il y a tel bâtiment qui parcourt ainsi deux ou trois cents lieues hors do sa route, et qui aborde en Afrique au lieu d'arriver en Syrie; mais tout cela n'empêche pas l'équipage de danser au premier rayon de soleil. Les anciens Grecs n'étaient, sous plusieurs rapports, que des onfants aimables et crédules, qui passaient de la tristesse à la joie avec une extrême mobilité; les Grecs modernes ont conservé une partie de ce caractère : heureux du moins de trouver dans leur légèreté une ressource contre leurs misères! ^

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ITINÉRAIHE DE PAlilS A JÉRUSALEM 389

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