‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 187 sur 302 · Rencontre d'Aben-Hamet et de Dona Blanca · texte numérisé non relu

Rencontre d'Aben-Hamet et de Dona Blanca

L'Abencerage * s'était égaré : il se trouvait loin du kan, dans un faubourg écarté de la ville. Tout dormait, aucun bruit ne troublait le silence des rues ; les portes et les fenêtres des maisons étaient fermées ; seulement la voix du coq proclamait dans l'habitation du pauvre le retour des peines et des travaux.

Après avoir erré longtemps sans pouvoir retrouver sa route, Aben-Hamet entendit une porte s'ouvrir. Il vit sortir une jeune femme, vêtue à peu près comme ces reines gothiques sculptées sur les monuments de nos anciennes abbaj'es. Son corset n^iir, garni de jais, serrait sa taille élégante; sonJL'jJon court, étroit et sans plis, découvrait une jambe fine et un pied charmant ; une mantille également noire était jetée sur sa tête; elle tenait avec sa main gauche cette mantille croisée et fermée comme une guimpe au-dessous de son menton, de sorte que l'on n'apercevait de tout son visage que ses grands yeux et sa bouche de rose. Une duègne- accompagnait ses pas ; un page portait devant elle un livre d'égiis ■■. ;. c "^ux varlets, parés de ses couleurs, suivaient à q:télqi-.o distance la belle inconnue : elle se rendais t à la prière matinale, que les tinte-

i .' .jè Abencerages formrî.t A une puissante tribu maure du voyaume de Grenade. Boabdii, 3 l'instigation des Zégris, qui accusaient l'abencerage Aben-Hamad d'adultère avec la sultane, en fit dit-on, massacrer un grand nombre. On montre encore à l'Alhambra la salle où ils furent surpris et tués.

2 Duègne, gouvernante attaihé^ à la personne des jeunes filles de grande maison.

ments d'une cloche annonçaient dans un monastère voisin.

Aben-Hamet crut voir l'ange Israfil ou la plus jeune des houris'. L'Espagnole, non moins surprise, regardait TAbencerage, dont le turban, la robe et les armes embellissaient encore la noble figure. Revenue de son premier étonnement, elle fit signe à l'étranger de s'approcher avec une grâce et une liberté particulières aux femmes de ce pays. « Seigneur Maure, lui dit-elle, vous paraissez nouvellement arrivé à Grenade : vous seriez-vous égaré ? »

« Sultane des fleurs, répondit Aben-Hamet, délices des yeux des hommes, û esclave chrétienne, plus belle que les vierges de la Géorgie, tu l'as deviné ! je suis étranger dans cette ville : perdu au milieu de ces palais, je n'ai pu retrouver le kan des Maures. Que Mahomet touche ton cœur et récompense ton hospitalité ! »

« Les Maures sont renommés pour leur galanterie, reprit l'Espagnole avec le plus doux sourire, mais je ne suis ni sultane des fleurs, ni esclave, ni contente d'être recommandée à Mahomet. Suivez-moi, seigneur chevalier, je vais vous reconduire au kan des Maures. »

Elle marcha légèrement devant l'Abencerage, le mena jusqu'à la porte du kan, le lui montra de la main, passa derrière un palais, et disparut

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