‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 186 sur 302 · Garthage, vue de Byrsa · texte numérisé non relu

Garthage, vue de Byrsa

Du sommet de Byrsa l'œil embrasse les ruines de Carthage, qui sont plus nombreuses qu'on ne le pense généralement : elles ressemblent à ceHes c?<^ Sparte, n'ayant rien de bien conservé, mais occui,. nt un espace considérable. Je les vis au mois de février ; les figuiers, les oliviers et les caroubiers domi.uent déjà leurs premières feuilles ; de grandes angéliques et des acanthes formaient des touffes de verci-ire parmi les débris de marbre de toutes couleurs. \ i loin, je promenais mes regards sur l'isthme, sur ul double mer, sur des îles lointaines, sur une campagne riante, sur des lacs bleuâtres, sur des montagnes azurées ; je découvrais des forêts, des vaisseaux, des aqueducs, des villages maures, de? ermitages mahométans, des minarets et les maison* blanches de Tunis. Des millions de sansonnets, réunis en bataillons et ressemblant à des nuages, volaient au-dessus de ma tête. Environné des plus grands; at des plus touchants souvenirs, je pensais à Didon, à Sophonisbe, à la noble épouse d'Asdrubal' ; je contemplais les vastes plaines où sont ensevelies les légions d'Annibal, de Scipion et de César ; mes yeux

' Au haut de la colline de Byrsa s'élevait la citadelle de Carthage : sur cette coUiae a été construite, ea 1842, une chapelle consacrée à saint Louis, et, en 1878, un couvent des missionnaires d'Alger, où se trouvent réunis dans un musée les objets antiques découverts à Carthage.

^ Didon est cette Tyrienne qui, d'après la légende, fonda (880 avant J.-C.) la ville de Carthage. — Sophonisbe élait la fille d'Asdrubal, fi's de Giscon; mariée d'abord à Syphax, roi de Numidie, puis à Masiiiissa, elle s'empoisonna pour ne point servir d'ornement au triomphe des Romains. — La femme d'Asdrubal, le défenseur de Carthage, indij^née que son mari se rendît aux Romains, se jeta au milieu des flammes avec ses enfanU.

voulaient reconnaître remplacement d'Utique ; hélas ! les débris des palais de Tibère existent encore à Caprée, etl'on cherche en vain àUtiquela place delà maison de Caton'l Enfin, les terribles Vandales, les légers Maures passaient tour à tour devant ma mémoire, qui m'ofTrait pour dernier tableau saint Louis expirant sur les ruines de Carthage.

1 Caton avait rallié en Afrique les débris de l'armée pompéienne; retiré à Utique, il y apprit la défaite des républicains à Thapsui et»e perça de son épée (46).

Les Aventures du dernier Abencerage parurent dans l'édition qu'en 1826 Chateaubriand publia de ses œuvres complètes. Mais elles étaient composées depuis près d'une vingtaine d'années. Si l'auteur les garda si longtemps en portefeuille, ce fut d'abord la faute des événemenis d'Espagne : il pouvait y avoir danger sous le régime impérial à exalter un peuple qui seul osait tenir tête à Bonaparte. Vint 1814 et la restauration des Bourbons; Chateaubriand, tout entier à ses ambitions et aux luttes des partis, oublia le petit roman d'amour et de chevalerie que lui avaient inspiré son voyage d'Espagne et sa visite à l'Alhambra.

Aussi, lorsqu'il la publia, l'œuvre fit-elle peu de bruit; dans le prodigieux éclat des premières œuvres romantiques, elle devait forcément paraître pâle de couleur, d"mn romanesque faux, d'un luxe de style souvent puéril.

Analyse. — Pris du désir de voir Grenade, la patrie de ses pères, le dernier rejeton de la famille des Abencerages, Aben-Hamet, quitte l'Afrique et s'en vient aborder en Espagne. Il arrive à Grenade, il y rencontre Dona Blanca de Bivar, la fille du duc de Santa-Fé. Il l'aime, il est aimé d'elle. En vain Don Carlos, le frère de Dona Blanca veut faire épousera sa sœur le comte de Lautrec, son ami ; en Tain il provoque Aben-Hamet. Les deux amants se gardent leur amour. Mais Aben-Hamet découvre que Dona Blanca est la fille de ces Bivar qui vainquirent les Abencerages et s'emparèrent de leurs dépouilles. Il ne peut abjurer sa

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foi et les haines de sa famille. Sans prononcer une parole, il se sépare de Blanca et retourne en A.frique.

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