Louis XVIII accepte l'entrée de Fouché au ministère
A Saint-Denis, un boulanger nous hébergea. Le soir, vers les neuf heures, j'allai faire ma cour au roi. Sa Majesté était logée dans les bâtiments de l'abbaye : on avait toutes les peines du monde à empêcher les petites filles de la Légion d'honneur de crier : Vive
1 II ne fallait rien moins que cette louange donnée au génio d^ Bonaparte, cet aveu de sa grandeur, pour excuser certaines durelés, certaines révoltantes injustices du pamphlet de 1814. Ici, Ciiateaubriand a dépouillé l'homme de parti. Et il juge Bonaparte avec la sérénité calme, la largeur d'esprit d'un véritable historien.
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Napoléon ! J'entrai d'abord dans l'église ; un pan de mur attenant au cloître était tombé : l'antique abbatial n'était éclairé que d'une lampe. Je fis ma prière à l'entrée du caveau où j'avais vu descendre Louis XVI : plein de crainte sur l'avenir, je ne sais si j'ai jamais eu le cœur noyé d'une tristesse plus profonde et plus religieuse. Ensuite je me rendis chez Sa Majesté : introduit dans une des chambres qui précédaic^nt celle du roi, je ne trouvai personne; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup une porte sOuvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par .\l. Fouché'; la vision infernale passe lentement devani moi, pénétre dans le cabinet du roi et disparaît. Kouché venait jurer foi et hommage à son seigneui-; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr; l'évêque apostat fut caution du serment.
Le lendemain, le faubourg Saint-Germain airiva : tout se mêlait de la nomination de Fouché dé à obtenue, la religion comme l'impiété, la vertu comme le vice, le royaliste comme le révolutionnaire, l'èi ranger comme le Français, on criait de toute part : •■ Sans Fouché point de sûreté pour le roi, sans Fouché point de salut pour la France ; lui seul a déjà sauvé la patrie, lui seul peut achever son ouvrage. » La vieille
1 Fouché était oratorien lorsqu'éclata la Révolution. l>éputé de la Loire-Inférieure à la Convention, il vota la mort de 'nuis XVI >ans appel ni sursis, et à Lyon ordonna et dirigea le? nins^acresi|ui suivirent la prise delà ville. Ministre de la police en ju'M.-, |799, il ne fit rien pour empêcher le coup d'État du 18 Brumaire. ÏI en lut;récompen£é par la faveur de Bonaparte. Dis-gracié tu 1810, il ne ioiigea plu» qu'à trnliir l'emperpiir. Et en 1815, no ■ .é après Waterloo président du Gouvernement provisoire, il in*, .•a avec Welliiiglun le retour do Louis XVIII. CV?t ce qui lui \ > ml .l'être ycccplc jiai' la roi commih; mimslrc.
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■Juchesse de Duras était une des nobles dames la plus animées à l'hymne; le bailli de Crussol, survivan de Malte, faisait chorus et déclarait que si sa tète étai,encore sur ses épaules, c'est que M. Fouché l'avait permis. Les peureux avaient eu tant de frayeur d< Bonaparte qu'ils avaient pris le massacreur de Lyon pour un Titus. Pendant plus de trois mois, les salons du faubourg Saint-Germain me regardèrent comme un mécréant, parce que je désapprouvais la nomination de leurs ministres. Ces pauvres gens, ils s'étaient prosternés aux pieds des parvenus ; ils n'en faisaient pas moins grand bruit de leur noblesse, de leur haine contre les révolutionnaires, de leur fidélité à toute épreuve, de l'inflexibilité de leurs principes, et ils adoraient Fouché
Avant de quitter Saint-Denis, je fus reçu par le roi et j'eus avec lui cette conversation :
u Eh bien? me dit Louis XVIII, ouvrant le dialogue par cette exclamation.
— Eh bien, sire, vous prenez le duc d'Otrante?
— 11 l'a bien fallu : depuis mon frère jusqu'au bailli de Crussol (et celui-là n'est pas suspect), tous disaient que nous ne pouvions pas faire autrement ; qu'en pensez-vous?
— Sire, la chose est faite : je demande à Votre Majesté la permission de me taire.
— Non, non, dites : vous savez comme j'ai résisté depuis Gand.
— Sire, je ne fais qu'obéir à vos ordres; pardonnez à ma fidélité : je crois la monarchie finie. »
Le roi garda le silence; je commençais à trembler de ma hardiesse, quand Sa Majesté reprit :
« Eh bien, monsieur de Chateaubriand, je suis de •otre avis '. »
^ouclié ne resta pas longtemps au rninislère. Après l'éleclio»