MADAME DE DURAS
Une forte et vive amitié remplissait alors mon cœur : la duchesse de Duras ' avait de l'imagination, et un peu même dans le visage de l'expression de M""^ de Staël : on a pu juger de son talent d'auteur par Ourika. Rentrée de l'émigration, renfermée pendant plusieurs années dans son château d'Ussé, au bord de la Loire, ce fut dans les beaux jardins de Méré ville que j'en entendis parler pour la première fois, après avoir passé auprès d'elle à Londres sans l'avoir rencontrée. Elle vint à Paris pour l'éducation de ses charmantes fdles, Félicie et Clara. Des rapports de famille, de province, d'opinions littéraires et politiques, m'ouvrirent la porte de sa société. La chaleur de l'âme, la noblesse du caractère, l'élévation de l'esprit, la générosité de sentiments, en faisaient une femme supérieure. Au commencement de la Restauration, elle me prit sous sa protection^; car, malgré
de la Cliambre introuvable, il fut envoyé comme ambassadeur à Dresde. Celait une dissïrâce à peine masquée. Le 22 janvier 1816, parut roidomiance dite d'amnistie : seuls étaient exceptés de l'amnistie ceux des conventionnels qui avaient voté la mort de Louin XVI. Fouché se retira à Trieste : il y mourut en 1820.
1 La duchesse de Duras (1778-1828) était fille de l'amiral de Kersaint: elle épousa le duc de Duras, qui, à la cour de Louis XVL fut premier gentilhomme de la chambre, et sous Louis XVIII, maréchal de camp et pair de France. Elle est célèbre par la « forte et vive amitié » qu'elle inspira à Chateaubriand et par deux romans qu'elle publia ; Ourika, en 1823-, Edouard, en 182j.
2 a Mûi» de Dura- était ambitieuse pour moi : elle seule a connu d'abord ce que je pouvais valoir en politique; elle s'est toujours désolée de l'envie et de l'aveuglement qui ni'écarlaient des conseils du roi; mais elle se désolait encore bien davantage de» obstacles que mon caractère apportait à ma fortune ; elle me grondait, elle
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ce que j'avais fait pour la monarchie légitime et les services que Louis XVIII confessait avoir reçus de moi, j'avais été mis si fort à l'écart que je songeais à mo retirer en Suisse. Peut-être eussé-je bien fait : f dans ces solitudes que Napoléon m'avait destinées ! comme à son ambassadeur aux montagnes ' . n'aurais-je | pas été plus heureux qu'au château des Tuileries?' Quand j'entrai dans ces salons au retour de la légitimité, ils me firent une impression presque aussi pénible que le jour où j'y vis Bonaparte prêt à tuer le duc d'Enghien. M"^ de Duras parla de moi à M. de Blacas^ Il répondit que j'étais bien libre d'aller où je voudrais. M"* de Duras fut si orageuse, elle avait un tel courage pour ses amis, qu'on déterra une ambassade vacante, l'ambassade de Suède. Louis XVIII, déjà fatigué de mon bruit, était heureux de faire présent de moi à son bon frère le roi Bornadotte. Celui-ci ne se figurait-il pas qu'on m'envoyait à Stockholm pour le détrôner? Eh! bon Dieu! princes de la terre, je ne détrône personne ; gardez vos couronnes, si vous pouvez, et surtout ne me les donnez pas, car^e nen veux mie.
M™^ de Duras, femme excellente qui me permettait de l'appeler ma sœur, que j'eus le bonheur de revoir
me voulait corriger de mon insouciance, de ma franchise, de mes naïvetés, et me faire prendre des habitudes de courtisanerie qu'ellemême ne pouvait souffrir Rien peut-être ne porte plus à l'attachement et à la reconnaissance que de se sentir sous le patronage d'une amitié supérieure qui. en vertu de son ascendant sur la société, fait passer vos défauts pour des qualités, vos imperfections pour un charme Un homme vous protège par ce qu'il vaut, une femme par ce que vous valez : voilà pourquoi de ces deu.x empires l'un est si l'dieux, l'.ii i ■:> si dou.x. » — C.
' Chateaubriand venait drii-^ nommé chargé d'aiïaires auprès du Canton du Valais, lorsqu'éclati la nouvelle de l'eAécution du duc d'Enghien.
^ M. de Blacas était alors ministre de la maison du roi et eo grande faveur auprès de Louis XVIII.
MÉMOIKES D OUTRE-TOMBE -ioO
à Paris pendant plusieurs années, est allée mourir a Nice : encore une plaie rouverte. La duchesse de Duras connaissait beaucoup M'"^ de Staël : je ne puis comprendre comment je ne fus pas attiré sur les traces de M""^ Récamier, revenue dltalie en France : j'aurais salué le secours qui venait en aide à ma vie : déjà je n'appartenais plus à ces malins qui se consolent euxmêmes, je louchais à ces heures du soir qui ont besoin d'être consolées.