Voyage en Bohême
UNE CHAMBRE d'aUBERGE A WALDMÏJNCUEN
Sachez donc, arrière-neveux, que cette chambre était une chambre à l'italienne, murs nus, badigeonnés en blanc, sans boiseries ni tapisserie aucune, large plinthe ou baudiau coloré au bas, {)l;iroiid avec un cercle à trois lilots, corniche peinte en rDsaces bleues avec lue guirlande de feuilles de laurier chocolat, et
' Voyez Génie du ChrisHanismc, I . Les Rogniions, p. 238.
* « La iH' cli.iiiie li.ibilude du papier et de IViicn- faii qu'on ne peulb'empr-clier de griHoiiner. J'ai pris la pluiiif, lifiioiani ce que j'allais écrire, el j'ai barbuiiiilc celle dc.-criplin ,, nop longue au moins d'un liers: si j'ai le toinp-, je l'abrés^erai. - N. de C.
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au-dessous de la cornicho, surlo mur, des rincîaux à dessins rouges sur un fond vert américain. Çà et là, de petites gravures françaises cl anglaises encadrées. Deux fenêtres avec rideaux de colon blanc. Entre les fenêtres un miroir. Au milieu de la cliambre une table de douze couverts au moins, garnie de sa toile cirée à fond élevé, imprimé de roses et de fleurs diverses. Six chaises avec leurs coussins recouverts d'une toile rouge à carreaux écossais. Une commode, trois couchetles autour de la chambre; dans un angle, auprès de la porte, un poêle de faïence vernissée noir, et dont les faces présentent en relief les armes de Bavière ; il est surmonté d'un récipient en iorme de couronne gothique. La porte est munie d'une machine de fer compliquée, capable de clore les huis dune geôle et de déjouer les rossignols des amants et des voleurs.
SPECTACLE A WALDMUNCHEN
Tousles jours il y a, ut mos, spectacle à Waldmùnchen, et j'y assistais à la première place. A six heures du matin, un vieux berger, grand et maigre, parcourt le village à différentes stations ; il sonne d'une trompe droite, longue de six pieds, qu'on prendrait de loin pour un porte-voix ou une houlette. Il en tire d'abord trois sons métaUiques assez harmonieux, puis il fait entendre l'air précipité d'une espèce de galop et de ranz des vaches, imitant des mugissemi^nts de bœufs et des rires de pourceaux. La fanfare finit par une note soutenue et montante en fausset.
Soudain débouchent de toutes les portes des vaches, des génisses, des veaux, des taureaux ; ils envahissent en beuglant la place du village ; ils moulent ou descendent de toutes les rues circonvoisines, et, s'étant formés en colonne, ils prennent le
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chemin accoutumé pour aller paître. Suit en caracolant Tescadron des porcs qui ressemblent à des sangliers et qui grognent. Les moutons et les agneaux placés à la queue font en bêlant la troisième partie du concert; les oies composent la réserve : en un quart d'heure tout a disparu.
Le soir, à sept heures, on entend de nouveau la trompe ; c'est la rentrée des troupeaux. L'ordre de la troupe est changé : les porcs font l'avanl-garde. toujours avec la môme musique ; quelques-uns, détachés en éclaireurs, courent au hasard ou s'arrêtent à ton? les coins. Les moutons délilent; les '^aches, avec leurs fils, leurs filles et leurs mari"^, ferment la marche ; les oies dandinent sur les flancs. Tous ces animaux regagnent leurs toits, aucun ne se trompe de porte; mais il y a des cosaques qui vont à la maraude, des étourdis qui jouent et ne veulent pas rentrer, de jeunes taureaux qui s'obstinent à rester avec une compagne qui n'est pas de leur crèche. Alors viennent les femmes et les enfants avec leurs petites gaules; ils obligent les traînards à rejoindre .le corps, et les réfractaires à se soumettre à la règle. Je me réjouissais de ce spectacle, comme jadis Henri IV àChauny s'amusait du vacher nommé Tout-le-Monde qui rassemblait ses troupeaux au son de la trompette.