THIERS
Deutz ' et Judas mis ù part, je reconnais dans
< Deiilz est ce juif converti qui, mêlé à l'aventure de la duchesse de Berry, vendit à M. Thiers le secret de sa rclraite.
MEMOIHES D OUTRE-TOMBE O i i
M. Thiors un esprit souple, prompt, fin, malléable, pout-ètro héritier de l'avenir, comprenant tout, hormis la grandeur qui vient de l'ordre moral; sans jalousiCj sans petitesse et sans préjugé, il se détache sur le fond terne et obscur des médiocrités du temps. Son orgueil excessif n'est pas encore odieux, parce qu'il ne consiste point à mépriser autrui. M. Thiers a des ressources, de la variété, d'heureux dons; il s'embarrasse peu des différences d'opinion, ne garde point rancune, ne craint pas de se compromettre, rend justice à un homme, non pour sa probité ou pour ce qu'il pense, mais pour ce qu'il vaut; ce qui ne l'empêcherait pas de nous faire tous étrangler le cas échéant. M. Thiers n'est pas ce qu'il peut être; les années le modifieront, à moins que l'enflure de l'amour-propre ne s'y oppose. Si sa cervelle tient bon et qu'il ne soit pas emporté par un coup de tête, les affaires révéleront en lui des supériorités inaperçues. 11 doit promptement croître ou décroître ; il y a des chances pour que M. Thiers devienne un grand ministre ou reste un brouillon *.