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Caractère de Chateaubriand

En aucun temps il ne m'a été possible de surmonter cet esprit de retenue et de solitude intérieure qui m'empêche de causer de ce qui me touche. Personne ne saurait affirmer sans mentir que j'aie raconté ce que la plupart des gens racontent dans un moment de peine, de plaisir ou de vanité. Un nom, une confes-

> Cruel est ce jugement que porte Chateaubriand sur Thiers : à l'ennemi d'un régime, il ne faut pas demander d'apprécier avec justice ceux qui en sont les auteurs responsables. Le piqunnt, c'est que Thiers a été pour la Monarchie de Juillet ce que Chateaubriand avait été pour la Restauration, l'ami dangereux qui ébranle et ruine après avoir élevé et longtemps soutenu.

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sion de quelque gravité, ne sort point ou ne sort que rarement de ma bouche. Je nentretiens jamais les passants de mes intérêts, de mes desseins, de mes travaux, de mes idées, de mes attachements, de mes joies, de mes chagrins, persuadé de l'ennui profond que Ton cause aux autres en leur parlant de soi. Sincère et véridiqae, je manque d'ouverture de cœur : mon âme tend incessamment à se fermer; je ne dis point une chose entière et je n'ai laissé passer ma vie complète que dans ces Mémoires. Si j'essaye de commencer un récit, soudain l'idée de sa longueur m'épouvante; au bout de quatre paroles, le son de ma voix me devient insupportable et je me tais. Comme je ne crois à rien, excepté en religion, je me défie de tout : la malveillance et le dénigrement sont les deux caractères de l'esprit français; la moquerie et la calomnie, le résultat certain dune confidence.

Mais qu'ai-je gagné à ma nature réservée? d'être devenu, parce que j'étais* impénétrable, un je ne sais quoi de fantaisie, qui n'a aucun rapport avec ma réalité. Mes amis mêmes se trompent sur moi, en croyant me faire mieux connaître et en m'embelHssant des illusions de leur attachement. Toutes les médiocrités d'antichambre, de bureaux, de gazettes, de cafés m'ont supposé de l'ambition, et je n'en ai aucune. Froid et sec en matière usuelle, je n'ai rien de l'enthousiaste et du sentimental : ma perception distincte et rapide traverse vite le fait et l'homme, et les dépouille de toute importance. Loin de m'entrainer, d'idéaliser les vérités applicables, mon imagination ravale les plus hauts événements, me déjoue moi-même; le côté petit et ridicule des objets m'apparait tout d'abord ; de grands génies et de grandes choses, il n'en existe guère à mes yeux. Poli, laudatif, administratif pour les suffisances qui se proclament intelligences supérieures, mon mépris caché rit et

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place sur tous ces visd^f^s juTumés d'encens des masques de Callot. En politique, la chaleur de mes opinions n'a jamais excédé la longueur de mon discours ou de ma brochure Dans lexislence intérieure et tiiéorique, je suis l'homme de tous les songes ; dans l'existence extérieure et pratique, l'homme des réalités'. Aventureux et ordonné, passionné et méthodique, il n'y a jamais eu d'être à la fois plus chimérique et plus positif que moi, de plus ardent et de plus glacé; androgyne bizarre, pétri des sangs divers de ma mère et de mon père.

Les portraits qu'on a faits de moi, hors de toute ressemblance, sont principalement dus à la réticence de mes paroles. La foule est trop légère, trop inattentive pour se donner le temps, lorsqu'elle n'est pas avertie, de voir les individus tels qu'ils sont. Quand, pai hasard, j'ai essayé de redresser quelques-uns de ces faux jugements dans mes préfaces, on ne m'a pas cru. En dernier résultat, tout m'étant égal, je n'insistais pas; un comme voits voudrez m'a toujours débarrassé de l'ennui de persuader personne ou de chercher à établir une vérité. Je rentre dans mon for intérieur, comme un lièvre dans son gîte : là je me remets à contempler la feuille qui remue ou le brin d'herbe qui s'incline.

Je ne me tais pas une vertu de ma circonspection mvincible autant qu'involontaire : si elle n'est pas une fausseté, elle en a l'apparence; elle n'est pas en harmonie avec des natures plus heureuses, plus aimables, plus faciles, plus naïves, plus abondantes, plus communicalives que la mienne. Souvent elle m'a nui dans les sentiments et dans les affaires, parce (|ue je

- Ça été la grande coquetterie ne Chateaiibnana de vouloir lu'on rPCfiiinùt non son génie d'écrivain, personne n'en eût 'loulé, mais ses talents d'Iiomiiu pr. lique et soq sens des allaire» et ses aptitudes d homme d'Etal

n'ai jamais pu souffrir les explications, les raccommodements par protestation et éclaircissement, lamentation et peurs, verbiage et reproches, détails et apologie.

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