Fatalité des nombres
Cependant la fatale destinée qui poursuivait le prince reparaissait de temps en temps comme pour conserver ses droits et empêcher la prescription. M'"^ la duchesse de Berry accoucha le 13 juillet 1817 d'une fille qui ne vécut point.
Le 13 septembre 1818, la princesse accoucha de nouveau d'un garçon, qui mourut au bout de deux heures. M^' le duc de Berry, frappé le 13 février 1820 d'un coup mortel, remarqua le retour de cette date; il n'aurait pas soutfert que l'on comptât pour un jour fatal le 13 avril 1814, jour qui le rendit à la France.
Lorsque Henri IV fut assassiné, on fit aussi des calculs sur le nombre 14*. On remarqua que Henri était
' Le 18 février 1820, Chateaubriand écrivait dans le Conservateur : « La main qui a porté !e coup n'est pas la plus coupable. Ceux qui ont assassiné Ms^ le duc de Berry sont ceux qui, depuis quatre ans, établiscent dans la monarchie des lois démocratiques; ceux qui ont banni la religion de ces lois; ceux qui ont cru devoir rappeler les meurtriers de Louis XVI ; ceux qui ont entendu agiter avec indillérence à la tribune la question du régicide ; ceux qui ont laissé prêcher dans les journaux la souveraineté du peuple, Tiusurrection et le meurtre sans faire usage des lois dont ils étaient armés pour réprimer le« délits de la presse ; ceux qui ont favorisé toutes les fausses doctrines; ceux qui ont récompensé la trahison et puni la fidélité ; ceux qui ont livré les emplois aux ennemis des Bourbons et aux créatures de Buonapartc ; ceux qui, pressés par la clameur publique, ont promis de changer une loi funeste, et qui ont ensuite laissé trois mois s'écouler, comme pour donner le temps aux révolutionnaires de se reconnaître et d'aiguiser leurs poignards : voilà les véritables meurtriers de M*' le duc de Berry. » M. Decazes ne se releva pas de cette directe et violente attaque : deux jours après, en dépit de l'affection du roi, il se voyait forcé de quitter le ministère (20 février 1820).
3 Journal de I.'Esioile.
€04 CHATEAUBIUAND
né 14 siècles, 14 décades et 14 ans après la nativité de Notre-Seigneur; qu'il vit le jour un 14 décembre, et mourut un 14 mai; qu'il y avait 14 lettres dans son nom; qu'il avait vécu quatre fois 14 ans, quatre fois 14 jours et 14 semaines; qu'il avait été roi, tant de France que de Navarre, 14 triétérides ; qu'il avait été blessé par Jean Chatel 14 jours après le 14 décembre, en Tannée 1594, entre lequel temps et celui de sa mort il n'y a que 14 ans, 14 mois et 14 fois cinq jours; qu'il avaitgagné la bataille d'Ivry lel4mars; que le dauphin était né 14 jours après le 14 septembre ; qu'il avait été baptisé le 14 août ; que le roi avait été tué le 14 mai, 14 siècles 14 olympiades après l'Incarnation; que l'assassinat eut lieu deux fois 14 heures après que la reine était entrée en pompe dans l'église de Saint- Denis, pour y être couronnée ; que Ravaillac avait été exécuté 14 jours après la mort du roi, en l'année 1610, laquelle se divise justement par 14, car 115 fois 14 font
M^' le duc de Berry, dernier prince des Bourbons, dans la ligne directe, fut tué d'un coup de couteau comme le premier roi Bourbon. Il expira le 14 février 1820, comme son aïeul le 14 mai 1610 : le premier Coudé avait été assassiné d'un coup de pistolet : le dernier Condé a été fusillé. Presque tous les ducs de Berry (y compris Louis XVI, qui porta ce nom) ont eu une lin malheureuse. L'histoire, dans tous les siècles, a fait de ' pareils rapprochements qui ne prouvent rien, sinon la ressemblance des adversités parmi les hommes'.